Crise grecque : Athènes attend l'aval du Parlement pour négocier

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Crise grecque : Athènes attend l'aval du Parlement pour négocier
@ ALAIN JOCARD / AFP
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Athènes devait présenter jeudi ses propositions en échange d'un troisième plan d'aide. Le gouvernement grec a finalement affirmé attendre le feu vert du Parlement pour négocier les propositions de réforme soumise à l'Eurogroupe.

L'ESSENTIEL

Argent frais contre réformes, J-4. C'est en effet dimanche que le dossier grec devrait trouver une issue. Un Eurogroupe samedi et un sommet européen dimanche vont éplucher les propositions de réformes grecques que doit présenter Athènes jeudi. À la clé ? Un troisième plan d'aide pour venir en aide à une Grèce exsangue ou une sortie de la zone euro. Cette dernière hypothèse est désormais sur la table. "Je n'exclus aucune hypothèse", a affirmé mardi le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. "Nous avons préparé un scénario de 'Grexit' à la Commission européenne, tout comme d'aide humanitaire". Le FMI, de son côté, a envoyé un signal positif à Athènes en avançant l'idée d'une restructuration de la dette, longtemps réclamée par l'État hellène.

Les principales informations à retenir :

  • La Grèce a fait officiellement sa demande d'un troisième plan d'aide mercredi.

  • Elle est censé transmettre sa liste détaillée de propositions avant minuit, même si Jean-Claude Juncker a évoqué la date-butoir de vendredi 10h30.

  • L'Eurogroupe de samedi et le sommet européen de dimanche décideront du versement ou non de l'aide.

  • Le FMI n'exclut plus une restructuration de la dette grecque.

  • Les banques grecques ont assez de liquidités pour tenir jusqu'à lundi.

Quelles propositions de la part d'Athènes ? C'est officiel, la Grèce a fait la demande mercredi d'un troisième plan d'aide auprès du MES (mécanisme européen de stabilité). Mais en échange, il lui faut préparer un programme de réformes, destinés à faire faire des économies à l'Etat hellène. Ces mesures doivent être dévoilées vendredi matin au plus tard, a précisé le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker, sauf nouveau coup de théâtre. À voter en partie dès la semaine prochaine, les réformes concerneraient les retraites et la fiscalité. Le ministre de la Fonction publique grec, interwievé lundi sur Europe 1, a avancé un durcissement de la fiscalité des plus riches, notamment de ceux ayant déposé leur argent en Suisse. Mais jeudi soir, rien n'avait encore transpiré puisque le gouvernement grec a annoncé attendre le feu vert du Parlement pour dévoiler ses propositions et commencer à négocier. 

Si l'on en croit le quotidien grec Kathimerini, le plan que va proposer Athènes a des chances de séduire ses créanciers (FMI, BCE et zone euro), sur la forme tout du moins. Selon ses informations, l'ensemble de réformes prévues constituerait une économie de 12 milliards d'euros sur les deux prochaines années, soit plus que tout ce qui a pu être proposé jusqu'à aujourd'hui. C'est que la Grèce, selon le journal, va devoir endurer, à cause du contrôle des capitaux instauré il y a deux semaines, à une récession en 2015. Elle serait de 3% au lieu des 0,5% de croissance prévue initialement. 

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Que vont devenir ces propositions ? Le plan d'Athènes va être épluché, calculette en main, par les créanciers de la Grèce. C'est samedi que l'acte I devrait se jouer lors d'un énième Eurogroupe qui réunira les ministres des Finances de la zone euro, dont le tout nouveau représentant grec, Euclide Tsakalotos. Puis, une fois ce premier cap validé, les propositions grecques seront ré-examinées dimanche lors d'un sommet européen. Si dimanche soir, aucun accord n'est en vue, la Grèce court le risque d'être boutée en-dehors de la zone euro. Le 20 juillet, elle doit en effet rembourser 3,5 milliards d'euros à la BCE... une somme dont elle ne dispose pas. Sans accord aussi, la BCE, même si jusque là elle s'est montrée conciliante, pourrait couper le robinet de son aide d'urgence aux banques hellènes. Un coup de grâce pour le pays qui a annoncé jeudi que ses établissements bancaires ne disposaient de liquidités que jusqu'à lundi, malgré la limitation de retraits à 60 euros par jour et par Grec. 

La BCE, en tout cas, a clairement parlé d'un "Grexit" jeudi. "Nous sommes de plus en plus obligés de prendre en compte cette éventualité car la probabilité d'une telle hypothèse s'est malheureusement développée avec le temps", s'est justifié Ardo Hansson, membre du Conseil des gouverneurs de la BCE. Ce haut responsable a aussi expliqué que la BCE était prête à utiliser des mesures non conventionnelles dans la cas où la Grèce quittait l'eurozone.

Alexis Tsipras a redemandé une restructuration de la dette. Le Premier ministre grec, lors de son grand oral devant le Parlement européen mercredi, l'a redemandé : son gouvernement veut une restructuration de la dette. Pas pour la faire peser fiscalement sur les autres peuples de la zone euro mais plutôt pour sortir d'une crise de la dette qui "s'autoalimente", a-t-il expliqué. La demande n'est pas nouvelle. Réitérée de très nombreuses fois depuis l'arrivée au pouvoir de Syriza fin janvier, elle a été la pierre achoppement des négociations entre Athènes et ses créanciers. Ces derniers n'ont jamais voulu jusqu'à aujourd'hui envisager une telle mesure.

Les lignes pourraient-elles bouger ? Mercredi, Christine Lagarde, présidente du FMI, a évoqué une possible restructuration, sans apporter toutefois de précisions. Mais le FMI ne prêche que pour sa paroisse. Mercredi, différentes sources émanant de la zone euro prévenaient : si la question de l'annulation ou de la restructuration immédiate se posait d'ici dimanche, les négociations seraient immédiatement closes. Un message réitéré jeudi par Angela Merkel, qui a écarté toute décote "classique" et rappelé qu'en "2012, nous avons traité le problème de la viabilité de la dette. Nous avons allongé les maturités, nous avons repoussé les échéances de remboursement des prêts du FESF".