L'Europe bataille sur le sort de la Grèce

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L'Europe bataille sur le sort de la Grèce
Le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro à Bruxelles.@ JOHN MACDOUGALL / AFP
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Les dirigeants de la zone euro s'efforçaient de trouver un compromis pour maintenir la Grèce dans l'euro tôt lundi matin. 

L'ESSENTIEL

Les négociations s'éternisent. Lundi à une heure du matin, les chefs d'Etat de la zone euro n'étaient pas encore parvenus à s'entendre sur un accord autour de la Grèce. Le sommet risque de durer jusqu'à tard dans la nuit. 


Mise à jour le 13 juillet à 6h. Après près de treize heures de discussions, et de nombreuses interruptions de séance, un projet de compromis a été mis sur la table par la chancelière allemande Angela Merkel, le président français François Hollande, le Premier ministre grec Alexis Tsipras et le président du Conseil européen, Donald Tusk, a indiqué une source proche des discussions.

Après deux jours de discussions difficiles, les ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) avaient, quelques heures avant, transmis à leurs responsables un document commun. Le texte donne à la Grèce jusqu'à mercredi pour faire voter des lois et des réformes, condition préalable à l'ouverture de réelles négociations sur un nouveau plan d'aide. Le texte envisage également une sortie temporaire de la Grèce de la zone euro, même si ce scénario ne reste qu'une "option". Il chiffre en outre à plus de 80 milliards les besoins de financement de la Grèce, dont 7 milliards avant le 20 juillet et 20 milliards d'ici la fin de l'été.

Le texte est désormais entre les mains des chefs d'Etat de la zone euro, qui débattent depuis dimanche 16 heures, à Bruxelles. Et les tensions sont encore nombreuses. 

Les principales informations à retenir :

- Le sommet des chefs d'Etat de la zone euro n'était pas terminé à 1h

- L'Eurogroupe, qui a précédé le sommet, a envisagé un "Grexit"

- L'Allemagne et la France affichent leurs divergences

Après deux jours de discussion, l'Eurogroupe envisage un "Grexit". Les débats de l'Eurogoupe ont été "d'un rare degré d'intensité, de vérité", selon un responsable européen. Les ministres des Finances de la zone euro, qui se sont réunis tous le weekend à Bruxelles, ont finalement présenté dimanche vers 15h un texte portant sur les conditions du troisième plan d'aide à la Grèce. C'est ce texte qui était encore débattu par les chefs d'Etat lundi vers 1h. La sortie temporaire de la Grèce de la zone euro est bien une option, selon le document. "En cas d'échec à trouver un accord, la Grèce se verrait proposer de négocier rapidement une sortie temporaire de la zone euro, avec la possiblité de restructurer sa dette", selon une copie que l'AFP s'est procurée. Ce passage figure entre crochets pour signifier qu'il n'a pas emporté l'adhésion de tous les ministres et qu'il revient aux chefs d'Etat de trancher.

Le texte chiffre par ailleurs les besoins de financement de la Grèce entre 82 à 86 milliards d'euros, dont 7 milliards avant le 20 juillet et 20 milliards d'ici la fin de l'été. Il exclut également toute réduction de la dette grecque, élevée pour l'heure à 320 milliards d'euros. En outre, le texte prévoit que la Grèce fasse adopter par son parlement, dès mercredi, des mesures ambitieuses de réduction budgétaire : hausse de la TVA dans les îles et la restauration, suppression des régimes de pré-retraites, hausse de l'impôt sur les sociétés etc. Ces réformes, voulues par les créanciers, ont été acceptées par Alexis Tsipras, mais sans calendrier précis pour le moment.

Dans son ensemble, le texte présenté par l'Eurogoupe a été jugé "très mauvais" par Athènes, selon une source gouvernementales grecque. La Grèce tente "de trouver des solutions" et ne peut pas attendre pour commencer à négocier un plan de secours, a fait savoir cette source. Or, le texte de l'Eurogroupe propose d'attendre mercredi et un éventuel vote du parlement grec avant de reprendre les négociations. 

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Le ministre français des Finances Michel Sapin en compagnie de son homologue allemand Wolfgang Schäuble © AFP/JOHN MACDOUGALL



C'est désormais aux chefs d'Etat de trancher. Alors que la réunion de l'Eurogroupe a pris fin dimanche après-midi, un sommet avec les dirigeants des pays de la zone euro a débuté dans la foulée, à 16 heures. Il n'était pas encore terminé lundi à 1h. Le sommet a pris d'entrée l'allure d'un pugilat au plus haut niveau, l'Allemagne, inflexible, et la France, qui prône une ligne plus souple, affichant la fracture qui les sépare autour du maintien ou non de la Grèce dans l'euro. "La France va tout faire pour trouver un accord permettant à la Grèce de rester dans la zone euro", a déclaré François Hollande, excluant l'option, avancée par l'Allemagne, d'une "Grexit provisoire" pour le maillon faible de la zone euro.

La chancelière allemande a pour sa part montré plus de fermeté envers la Grèce. Angela Merkel a affirmé qu'"il n'y aura pas d'accord à n'importe quel prix" pour sauver la Grèce, en arrivant dimanche au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro à Bruxelles. "La valeur la plus importante, à savoir la confiance et la fiabilité, a été perdue" avec Athènes, a ajouté la chancelière qui a promis des "négociations ardues". L'Allemagne fait désormais figurer dans les options celle d'une sortie temporaire de la Grèce de la monnaie unique, d'une durée de cinq ans, si le pays n'améliore pas ses propositions de réformes. 

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Alexis Tsipras, le Premier ministre grec estime, lui, qu'un accord entre la Grèce et ses partenaires européens est possible dimanche "si toutes les parties le veulent". Et d'ajouter : "Je suis ici pour parvenir à un compromis honnête, nous devons cela au peuple européen".

Des blocages au Nord. "Il y a plusieurs pays qui bloquent" et ne veulent pas d'un troisième plan d'aide, a résumé une source européenne, alors qu'Allemagne et Finlande, deux faucons vis-à-vis d'Athènes, semblent près de dire ouvertement qu'ils ne veulent plus de la Grèce dans la zone euro. "Certains pays, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec les réformes et le programme, ne veulent pas d'un accord", a indiqué une autre source. "La mauvaise foi a changé de camp", souligne encore un observateur. Allemagne et Finlande ne sont toutefois pas les seuls écueils à un éventuel accord, tellement la défiance vis-à-vis d'Athènes semble grande. "Largement plus de la moitié des pays membres pensent que les propositions grecques (pour obtenir un troisième plan d'aide) ne vont pas assez loin", a déclaré une source diplomatique.

Dimanche à minuit, il n'y avait donc pas d'unité, ni avec la Grèce ni au sein même de la zone euro. Et certains pays, à commencer par la puissante Allemagne, semblent prêts à éjecter Athènes de la monnaie unique.