Grâce aux Etats-Unis, les prix du pétrole resteront au plus bas en 2016

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Grâce aux Etats-Unis, les prix du pétrole resteront au plus bas en 2016
@ HAIDAR MOHAMMED ALI / AFP
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ENERGIES - Depuis vendredi, les producteurs américains peuvent à nouveau exporter du pétrole américain. Une première depuis 40 ans qui va changer la donne, notamment à la pompe.

2015 fut un bon cru pour les automobilistes : les prix à la pompe ont sensiblement reculé au cours de l’année, le Sans-Plomb 98 reculant de 2,45% et le Gazole chutant de presque 12%, selon les chiffres relevés par Carbeo. Et ce n’est probablement pas fini : la récente décision des Etats-Unis d’exporter à nouveau du pétrole va probablement rallonger cette période de prix bas. Si bien que les prix des hydrocarbures pourraient rester modérés jusqu’en 2020, pour le plus grand bonheur des automobilistes et de ceux qui se chauffent au fioul.

C’est historique, le pétrole américain n’est plus réservé aux Etats-Unis. Pour la première fois depuis 1975, les Etats-Unis ont exporté du pétrole : le 31 décembre 2015, un tanker affrété par la compagnie pétrolière ConocoPhillips a quitté la côte texane pour rallier l’Europe d’ici mi-janvier. Ce voyage constitue un véritable évènement : jusqu’à présent, la loi américaine interdisait toute exportation de pétrole afin que les Etats-Unis disposent d’un stock conséquent de pétrole, au cas où. Mais depuis l’essor du gaz et du pétrole de schiste, l’Amérique regorge de pétrole et ne sait plus quoi en faire : mi-juin, les Etats-Unis redevenaient le premier producteur mondial. Le 18 décembre, le Congrès a donc abrogé cette loi datant de la guerre froide et rouvert les vannes à l’exportation.

Un marché du pétrole déjà saturé. Si ce retour des hydrocarbures étatsuniens est si remarqué, c’est parce qu’il intervient dans un contexte particulier de prix déjà très bas. En effet, les principaux producteurs de pétrole tournent tous à plein régime et rien n’indique que ces dernières vont réduire le débit.

Premier producteur mondial en 2014, l’Arabie Saoudite a en effet décidé d’ouvrir ses vannes au maximum depuis près d’un an pour casser les prix. Et ce n’est pas fini : fin décembre, le ministre saoudien du Pétrole annonçait que le royaume ne comptait pas ralentir sa production. Une politique de prix bradés qui poursuit un double objectif : rendre le pétrole de schiste américain non-rentable - pour limiter l’essor de ce secteur -  et affaiblir l’Iran.

Car Téhéran devrait faire en janvier son grand retour sur les marchés internationaux. Les sanctions internationales dont il faisait l’objet vont être progressivement levées, et notamment la limitation de ses exportations d’hydrocarbures, première source de devises pour le pays. L’Iran a donc prévu d’augmenter ses exportations d'un demi-million de barils par jour d’ici mi-2016, ce qui représente une hausse d’un tiers. Et le régime compte ouvrir d’autant les vannes au cours de la deuxième moitié de l’année. Le pétrole va donc couler à flot en 2016, d’autant que la Russie, deuxième producteur mondial, et le Venezuela, dixième producteur mondial, ont eux aussi l’intention d’en exporter le plus possible pour faire rentrer de l’argent frais.

Des prix bas en 2016… et jusqu’en 2020 ? Si l’offre est de plus en plus abondante, la demande redémarre bien plus lentement depuis la crise de 2008, si bien que le retour du pétrole américain sur les marchés internationaux devrait tirer les prix un peu plus vers le bas en 2016. Car le cours du baril est déjà très bas, comme le montre cette infographie :

Dans ce contexte, la plupart des analystes considèrent que le baril devrait rester sous les 50 dollars tout au long de l’année. Une parenthèse qui pourrait même durer un peu plus longtemps : fin décembre, le représentant iranien à l'Opep affirmait que le cours du baril ne dépassera pas 60 dollars le baril avant 2020. Bien que l’Agence internationale de l'énergie (AIE) ait nuancé cette estimation mi-novembre, tablant alors sur un baril à 80 dollars en 2020, la tendance est claire : les prix du pétrole n’atteindront pas de nouveaux sommets au cours des prochaines années. Une bonne nouvelle pour les automobilistes, à moins que la fiscalité sur les carburants n’évolue d’ici là, comme c’est le cas depuis le 1er janvier et l’instauration de la contribution climat-énergie.