Google se réinvente… et menace des milliers d'entreprises

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Google se réinvente… et menace des milliers d'entreprises
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MOBILEGEDDON - À chaque mise à jour majeure du moteur de recherche, dont celle de mardi, de nombreux sites risquent de voir leur activité couler.

Google se réinvente mardi. Le moteur de recherche opère un changement d'algorithme majeur pour s'adapter aux comportements des internautes sur mobiles et tablettes. Le principe : favoriser le référencement des sites qui s'adaptent à la lecture sur ces supports. Et comme à chaque grande mise à jour de Google, de nombreux sites risquent de voir leurs activités couler. Peut-on empêcher un "Mobilegeddon" (mobile+Armageddon), pour reprendre l'expression du magazine The Economist ? Décryptage.

L'hécatombe Panda et Pingouin. À chaque fois que Google se réinvente, le web est bouleversé. Les deux dernières mises à jour majeures du géant américain, baptisées "Panda" (2011) et Pingouin (2012), ont fait des ravages chez certaines start-up.

"Ce sont des entreprises qui ont fait appel à un SEO, une société qui connaît le système de référencement de Google, pour améliorer leur référencement. Si les règles changent, ces entreprises perdent en référencement. Et si vous vous retrouvez en page deux ou trois de Google, vous perdez vos visites", décrypte pour Europe 1 Ronan Hardouin avocat spécialisé en droit des technologies de l’information et de la communication. Certaines sociétés "peuvent voir leur chiffre d'affaires diminuer de moitié en l'espace d'une heure parce qu'elles n'ont pas été notifiées, ne se sont pas préparées et ne savais pas à quoi s'attendre", déplore aussi une source proche du dossier à Bercy. "Petite pensée aux sites sacrifiés qui ont perdu 80% de leur trafic. Ce sont Twenga ou Ciao chez les comparateurs ou eHow, Ezinearticles et Wikio chez les agrégateurs de contenu", écrivait ainsi La Tribuneen octobre 2012, après la sortie de Pingouin.

À l'époque de Panda et Pingouin, le but de Google était en apparence louable : se débarrasser de tous les sites qui publiaient des pages sans contenus mais bardées de publicité, qui étaient très bien référencés grâce à leur utilisation des mots clés. Mais il y a eu des naufrages inexpliqués. "Il y a eu des ratés, quand Google Pingouin a sanctionné certains sites. Retenons [le gestionnaire de contenu américain] WPMU.org, pénalisé alors qu'il n'y avait eu aucune malveillance de sa part", écrit La Tribune.

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© PHILIPPE HUGUEN / AFP

Les pouvoirs publics peinent à se mobiliser. Le hic, c'est que les détails de ces changements de règles "sont secrets. Il est difficile de les connaître, à part peut-être pour certains initiés", selon Me Ronan Hardouin. Google pénalise-t-il arbitrairement les sites qui font de l'ombre à son moteur de recherche, à sa messagerie en ligne maison (Gmail), son comparateur de prix (Google Shopping), son logiciel de cartographie (Maps), sa plateforme de vidéos (YouTube) ou encore à son magasin d'applications pour smartphones (Google Play pour Android) ?

La Commission européenne a ouvert une enquête sur le géant américain la semaine dernière, et cette question sera évoquée. En septembre, un rapport du Conseil d'Etat préconisait également d'obliger les "plateformes" (Google mais aussi Facebook ou encore Apple, dont les mises à jour peuvent aussi affecter les sites ou applications qui se servent de leurs algorithmes) à plus de transparence. L'idée de la Haute juridiction : demander à ces plateformes de communiquer et expliquer clairement le changement de règles à l'avance. Et surtout les obliger à s'y tenir, à ne pas changer les règles en cours de route. C'est le principe de la "loyauté de plateforme".

"C'est dans l'air du temps. Mais pour l'instant, ce n'est qu'une discussion franco-française. Il n'y a aucune contrainte", assure pour sa part l'avocat. "On avance. On sent que ça bouge à Bruxelles", nuance une source proche du dossier à Bercy, un peu plus optimiste.

Google améliore déjà ses pratiques. Mardi, avec le nouveau changement d'algorithme de Google, jusqu'à 40% des sites les plus importants du monde risquent de voir leur référencement chuter, parmi lesquels le site de l'Union européenne ou Mail Online, le plus important site anglophone d'actualités, selon The Economist, qui cite une entreprise spécialisée dans les études de marché sur les nouvelles technologies.

Mais en attendant que les pouvoirs publics se mobilisent, Google a de lui-même décidé de jouer la carte de la transparence pour la mise à jour de mardi. Le géant américain a annoncé ce changement dès le mois de février dernier dans un billet de blog. Et surtout, Google a lancé un guide pour permettre aux sites de devenir Mobile friendly. Seule incertitude : Google se tiendra-t-il aux règles qu'il a lui-même annoncées ? Pour l'heure, rien ne l'oblige à être "loyal".

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