Gattaz : "Le chef, c'est moi"

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Gattaz : "Le chef, c'est moi"
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INTERVIEW E1 - Pierre Gattaz sera le prochain patron du Medef.

 Le suspense sur l’identité du successeur de Laurence Parisot a pris fin. Jeudi, deux des principaux candidats à la présidence du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux et Patrick Bernasconi, ont en effet décidé de se retirer de la course pour se rallier à la candidature du troisième favori Pierre Gattaz, "très content". Ce dernier, invité vendredi matin d’Europe 1, s’est donc exprimé sur l’avenir du syndicat des patrons. Mais pas seulement. 

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Le pourquoi du triumvirat. Surtout ne lui parlez pas d’une équipe de direction tricéphale. Au Medef, le 3 juillet prochain, jour de l’élection, il n’y aura qu’un seul capitaine à la barre. "Non ce n'est pas un triumvirat ! Il y aura un chef de file, un président, moi-même, et deux vice-présidents délégués. Ce qui est très important, c'est la complémentarité que nous allons incarner", a-t-il insisté, répétant un peu plus loin, comme pour marquer son territoire : "le chef, c’est moi."

Europe 1 a révélé il  y a quelques jours l’existence d’un "pacte de la Porte Maillot" passé lors d'un dîner entre Patrick Bernasconi, Geoffroy Roux de Bézieuxet lui-même. Objectifs affichés : éliminer Laurence Parisot et se rallier le plus tôt possible au plus populaire. C’est fait. "Mais il n'y avait pas de pacte exactement... Ce qui s'est passé, ce n'était pas éliminer Laurence Parisot (…) Il y a eu des tas de dîners. Le problème, c'est l'entreprise, le MEDEF, l'économie...", a-t-il esquivé.



Gattaz : "Le chef c'est moi mais il faut être...par Europe1fr

"Il faut que Richard" reste à la tête d’Orange. Quand un grand patron est sur le banc des accusés, il peut compter sur le soutien du (futur) patron des patrons. Mis en examen pour "escroquerie en bande organisée" dans le cadre de l'enquête sur l'arbitrage ayant mis fin au litige entre le Crédit Lyonnais et Bernard Tapie en 2008, Stéphane Richard est, jusqu’ici "innocent jusqu'à la clôture de l'affaire." "C'est très important de ne pas déstabiliser l'entreprise. Je pense que oui, il faut qu'il reste. Parce qu'il y a présomption d'innocence avant tout", a-t-il rappelé.

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Quant aux risques encourus par l’entreprise Orange, pointés du doigt par certains politiques, jeudi, Pierre Gattaz s’appuie encore et toujours sur la présomption d’innocence. Et, de toute façon, « gérer une entreprise, c'est prendre des risques toute la journée. Il y aura d'autres affaires comme ça. Ce qui est important, c'est de ne pas déstabiliser l'entreprise et le chef d'entreprise."

Gerhard Schröder, un brun persistant

© MAXPPP

Schröder, ce modèle. "Nous voulons que la France réussisse, que la France gagne", assure Pierre Gattaz. Et pour cela, le (futur) président du Medef est prêt à marcher dans les pas du gouvernement socialiste. A une condition, tout de même : imiter le modèle allemand du début du siècle. "Je crois qu'on voit bien le talent de Schröder (photo) : toutes les mesures et les lois prises ont été faites à l'aune de l'emploi et de la compétitivité, nous souhaitons que le gouvernement actuel fasse comme Schröder pour sortir la France de l'ornière économique."

Sur le sujet de la réforme des retraites, Pierre Gattaz se refuse à défier François Hollande, quand les Français, eux, sont deux tiers à ne pas faire confiance au président dans ce dossier. "Il faut faire les négociations. Il y a deux paramètres sur lesquels nous devons jouer : l'âge légal à déporter (lapsus), la durée de cotisation à augmenter. Il ne faut surtout pas toucher aux prélèvements obligatoires et aux cotisations des entreprises." En clair, ne faire porter le poids de la réforme que sur les épaules des salariés. Et l'égalité public-privé ? "Bien sûr ! C'est une question d'égalité tout simplement, il faut faire converger les régimes."

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L’anecdote. Le président du Medef a toujours eu une image libérale. Alors quand on demande à Pierre Gattaz quel penseur l’a influencé, on s’attend à Locke, Hayek, Smith ou Popper. Et là, surprise : "Mao Zedong ! Si vous donnez un poisson à quelqu'un, vous le nourrissez une journée, si vous lui apprenez à pêcher, vous le nourrissez toute sa vie. C'est ça l'entreprise : apprendre des métiers et des compétences."