Etats-Unis : le trio qui veut se payer la BNP

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Etats-Unis : le trio qui veut se payer la BNP
De gauche à droite : Benjamin Lawsky, Eric Holder et Cyrus Vance.@ Reuters
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PORTRAITS - Au sein de l’administration américaine, plusieurs figures ont grand intérêt à faire tomber la banque française.

L’INFO. Ils s’appellent Benjamin Lawsky, Eric Holder et Cyrus Vance, et chacun à leur niveau, ils sont en charge du dossier BNP Paribas. La banque française est poursuivie outre-Atlantique pour avoir utilisé des dollars dans des échanges internationaux avec des pays sous embargo américain entre 2002 et 2009. Elle risque une amende de dix milliards de dollars et le retrait de sa licence d’exploitation sur le sol américain, l’équivalent d’une “peine de mort à Wall Street”, selon le New York Times. Le gouvernement français s’est engagé politiquement aider la banque française. Le problème, c’est que les trois protagonistes américains ont de nombreuses raisons politiques de faire condamner la BNP et risquent de ne rien lâcher.

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Benjamin Lawsky, l’arbitre. Le régulateur bancaire de l'Etat de New York est la principale personne qui fait trembler la BNP Paribas. A 44 ans, cet ancien procureur ambitieux peut se targuer d'avoir déjà fait plier plusieurs grandes banques mondiales. "Loup solitaire" et franc-tireur pour les uns, courageux et fougueux pour les autres, ses méthodes “à la hussarde” sont parfois décriées.

En 2011, quand l'Etat de New York fusionne les régulateurs du secteur bancaire et de l'assurance et crée le Department of Financial Services (DFS). Benjamin Lawsky est propulsé à la tête de l’organisme. Il dispose ainsi quasiment d'un pouvoir de vie et de mort (octroi et retrait de licence) sur 4.400 banques et assureurs basés à New York.

L’homme se fait une réputation en août 2012 lorsqu’il accuse la banque Standard Chartered de violation d’embargos américains et la menace de lui retirer sa licence bancaire. Il crée la surprise en lançant des accusations circonstanciées contre cet honorable établissement britannique, alors que les enquêteurs fédéraux piétinent depuis plusieurs mois. Une dizaine de jours plus tard, Standard Chartered passe un accord à l'amiable et garde sa licence, après avoir accepté de verser 340 millions de dollars.

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"Il écrit ses propres règles de jeu", confie un ancien collègue. "Il n'a pas peur de s'attaquer aux grosses banques là où les enquêteurs fédéraux soupèsent les conséquences politiques ou économiques et l'impact pour leur carrière", note pour sa part Michael Greenberger, ancien responsable du régulateur des marchés de matières premières. Les pressions de la France dans le dossier BNP-Paribas semblent le laisser de marbre. "Il représente un Etat fédéré et non les Etats-Unis, ce qui le rend peu sensible aux pressions internationales", explique un collègue.

D'aucuns lui prêtent des ambitions politiques. On le voit succéder à son mentor, Andrew Cuomo, un démocrate pourfendeur de la corruption, au poste de gouverneur de New York.

Dans cette perspective, accrocher BNP Paribas à sa liste de trophées serait un fait d'arme retentissant. "Les Américains veulent que les banques paient pour tout ce qu'elles ont fait pendant la crise. S'il y arrive, nul doute que sa carrière politique est toute tracée", dit Michael Greenberger.

Eric Holder, le ministre. Premier Afro-américain à obtenir le poste d’Attorney General, l’équivalent du ministre de la Justice français, Eric Holder fait partie des cinq personnes à être restées le plus longtemps à ce poste de l’histoire américaine. Depuis 2009, cet ancien collaborateur de Janet Reno, la ministre de la Justice de Bill Clinton, n’a quasiment fait aucune faute.

L’une des seules qu’il a commise date du 6 mars 2013 et elle est de taille. Interrogé par un sénateur républicain de l’Iowa sur la recherche de coupables dans l’effondrement du système financier international de 2008, le ministre se tire une balle dans le pied. “Je crains que la taille de certains de ces établissements ne soit devenue si importante qu’il est devenu difficile de les poursuivre en justice”, lâche-t-il dans un terrible aveu.

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En une phrase, l’Attorney General donnait corps à un nouveau concept qui allait le poursuivre : le “to big to jail” (littéralement “trop gros pour être emprisonné”). L’idée fait scandale outre-Atlantique. A l’époque, ces propos “avaient été universellement interprétés comme voulant dire que le ministère américain de la Justice ne faisait pas le poids face aux milieux d’affaires”, commente Paul Jorion, grand spécialiste de l’économie américaine, sur son blog.

Le problème, c’est que malgré cette bourde Eric Holder voudrait bien rester au Departement of Justice encore quelques temps. Début mars 2014, conscient de son erreur stratégique face au sénateur républicain, le ministre a voulu se racheter et lâchait un tonitruant “‘too big to jail’, ça n’existe pas !”. Dans ce contexte, BNP Paribas serait la victime expiatoire idéale. Difficile donc d’imaginer l’Attorney General quitter son poste sans avoir puni la banque française.

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Cyrus Vance, le procureur. En voilà un qui n’est pas un inconnu en France. En poste de 2009, le procureur du district de Manhattan, Cyrus Vance, avait la charge de prouver la culpabilité de Dominique Strauss-Kahn lors du procès qui opposait l’ancien patron du FMI à Nafissatou Diallo. Le système judiciaire américain reposant sur une procédure accusatoire, c’est encore une fois au magistrat qu’incombe la tâche d’enquêter sur les agissements de la BNP entre 2002 et 2009.

Fils d’un ancien ministre de Jimmy Carter, le procureur du district qui héberge la finance new-yorkaise est réputé pour son intelligence, sa force de travail et son sens de l’éthique. Il occupe surtout un poste qui l’oblige à être visible, puisque tous les quatre ans, il joue sa place lors d’une élection. En 2009, il avait été élu avec 91% des voix. Fin 2013, il est réélu au poste de district attorney.

Pendant l’affaire DSK, le magistrat avait néanmoins été critiqué dans les premiers temps pour la façon dont il avait utilisé médiatiquement le procès pour se poser en combattant des riches au côté des pauvres. Cette image, il aura l’occasion de la remettre au goût du jour lors des négociations avec la BNP concernant l’amende que devra payer la banque.

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