Esther Duflo : "Être pauvre aux Etats-Unis, ce n'est pas une bonne idée"

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Esther Duflo : "Être pauvre aux Etats-Unis, ce n'est pas une bonne idée"
@ Capture d'écran Europe 1
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L’économiste française, conseillère de Barack Obama et spécialiste du développement, explique les différentes formes de pauvreté et leurs conséquences selon les pays du monde.

"Être pauvre aux Etats-Unis, c’est bien pire qu’en France". On peut habiter dans la première puissance économique mondiale et vivre dans la misère. C'est tout ce paradoxe qu'Esther Duflo a tenté de souligner lors du Grand Rendez-Vous d'Europe 1-i-Télé-Le Monde, dimanche. L'économiste, conseillère de Barack Obama sur les questions sociales insiste sur ce point et compare les situations française et américaine. 

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Esther Duflo n’a pas hésité à prendre position sur "la responsabilité de l’Etat", qui, selon elle, doit intervenir pour combattre la pauvreté. Un point sur lequel elle loue le modèle français, qu’elle compare à celui qu’elle connaît bien pour avoir contribué à le réformer aux côtés de Barack Obama, le système de protection sociale américain. "Etre pauvre aux Etats-Unis, c’est bien pire qu’en France,  ce n’est pas une bonne idée, il n’y a pas de filet", résume l’économiste.

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Être pauvre aux Etats-Unis, c’est bien pire qu...par Europe1fr

"La seule grande réussite de l’administration Obama c’est l’Obamacare", se félicite-t-elle, avant de nuancer : "mais si on la compare à ce qu’on a en France, c’est ridicule". Elle assure que "le président Obama aurait aimé faire plus. Mais il n’a pas pu, parce que certains Américains vivent dans une illusion de l’autonomie, de la nécessité de toujours tout faire tout seul, dans le rejet de la redistribution, l’idée de l’assurance n’est pas acceptée."

Pour autant, Esther Duflo ne brosse pas un portrait idyllique de la France et de sa politique envers les plus démunis, puisqu'elle pointe du doigt "l'accélération" de la paupérisation en France "depuis la crise de 2008". Une accélération due, selon elle, à la situation économique, mais aussi "aux décisions politiques prises depuis". Mais elle tempère en rappelant que, toute proportions gardées, "un Français pauvre est un gâté qui ne s’ignore pas, il y a une conscience des niveaux d’aides qui sont donnés." 

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 La pauvreté existe différemment selon les pays

"Un pauvre", voilà une expression, une catégorie, une idée préconçue qui charrie avec elle des clichés et des présupposés qu’Esther Duflo s’est fait fort de décortiquer  l’affirme d’emblée, la pauvreté se conçoit différemment selon le pays dans lequel on vit.

Distinguant pauvreté "absolue" et "relative", elle explique qu’être pauvre dans un pays pauvre, "c’est avoir une chance non négligeable de mourir dans sa première année, une chance d’être mal nourri pendant la grossesse et le tout début de la vie, ça veut dire ne pas vivre très longtemps, avoir des chances de mourir du sida", phénomènes absents en France.

"Dans un pays pauvre, on peut manquer de nourriture riche en vitamines", renchérit-elle, avant de conclure : "dans un pays riche, quelqu’un donnera de la nourriture trop sucré et les enfants seront obèses. D’un côté on a des enfants trop maigres, de l’autre trop gros, mais le problème est le même."

Elle explique que la pauvreté se ressent en fait de la même façon dans le monde entier : non pas comme un simple manque d’argent, mais surtout comme "un manque de tout au-delà de l’argent. On a moins l’accès à l’éducation, à la santé, aux droits politiques, à l’information,  à l’emprunt. Tous ces moins se combinent pour créer une aliénation qui va bien au-delà de la question de la pauvreté."

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 L'économie sans idéologie 

"Lutter contre l'idéologie, l'ignorance et l'inertie". Si elle ne se prive pas de critiquer la conduite de la politique sociale française, Esther Duflo tient à sortir des débats partisans. Pour elle, l'économie n'est pas conduite par une vision politique, mais par la réalité : "Il n'y a jamais de solution miracle dans mes recherches, il faut en fait trouver le bon levier sur lequel s’appuyer pour sortir d'une situation de pauvreté." C'est pourquoi elle s'efforce "de lutter contre l’ignorance, l’idéologie et l’inertie".

Esther Duflo a insisté sur un point assez méconnu : l'aide au développement reste un apport minime pour les pays en développement, contrairement aux discours qui affirment que plusieurs pays vivent exclusivement sous perfusion internationale : "L’aide au développement, c’est tout petit, il ne faut pas en attendre des miracles de toute façon. Par rapport aux budgets des Etats en développement, c’est très faible. Par exemple, en Afrique elle représente 13% des budgets des Etats aidés.

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La question environnementale. Le développement des pays les plus pauvres, c'est aussi une question globale. Une question qui nécessite de se pencher sur les enjeux environnementaux, le réchauffement climatique et la pollution. Pour Esther Duflo, "si l’Europe et les Etats-Unis voulaient faire un effort sérieux sur le climat, il pourrait y avoir une solution, mais ils (les Etats-Unis, NDLR) ne font rien !", déplore-t-elle. Et encore, Obama est considéré comme un radical, mais les Américains font des excès sur tout ; les voitures, l’air conditionné..."

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L’Inde, en revanche  est dans une position paradoxale puisque, comme le rappelle Esther Duflo, qui vit dans le pays, "l'Inde refuse de réformer tant que les pays développés ne l’auront pas fait, mais c’est l’Inde la première victime du réchauffement climatique, c’est en Inde que les gens meurent de la chaleur". La solution pour l'économiste ? Elle est simple : "il faudrait que les négociations sur le climat ne soient pas laissées aux diplomates".