Quelles solutions pour sauver la SNCM ?

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Quelles solutions pour sauver la SNCM ?
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TRANSPORT - Direction, syndicats et actionnaires de la SNCM se retrouvent mardi pour une réunion de la dernière chance.

Victime de la concurrence, de décisions politiques, des renoncements de ses propriétaires, mais aussi de ses propres errements, la SNCM est en train de prendre l’eau. Et cela fait des années que cela dure, malgré d’éternelles négociations qui ont viré au dialogue de sourd et provoqué des grèves à répétition. Un médiateur a donc été chargé d’organiser mardi la réunion de la dernière chance, avec pour mission de réussir à restaurer le dialogue entre direction, syndicats et actionnaires. En attendant une hypothétique sortie de crise, Europe 1 passe en revue les différents scénarios envisagés pour sauver la SNCM.

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Rendez-vous le 18 novembre. Mardi, la direction, les syndicats et les actionnaires de la SNCM se sont séparés sur un constat de désaccord. Cependant, un nouveau rendez-vous de médiation a été fixé au 18 novembre prochain. L'avenir de la compagnie, qui semble de plus en plus menacée de redressement judiciaire. Transdev, qui détient la compagnie maritime à 66%, a toutefois prévenu qu'il ne se sentait "en aucun cas lié par la prolongation de la médiation au-delà du 31 octobre", et souhaite qu'un redressement judiciaire intervienne au plus vite.

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Le plan de la direction : un redressement judiciaire pour renaitre. Lors de la précédente réunion, le 8 septembre dernier, la direction de la SNCM a remis sur la table la solution préconisée par l’actionnaire majoritaire, Transdev (ex Veolia), et l’Etat : un redressement judiciaire. "Pour la SNCM, pour ceux qui veulent sauver quelque chose, il n'y a qu'une seule solution : c'est de mettre la part des activités viables dans une nouvelle société et d'arrêter les activités non viables avec les amendes qui vont dessus", a argumenté le patron de Veolia Environnement, actionnaire à 33% de la compagnie de transport.

Un redressement judiciaire, que la direction de la SNCM appelle de ses vœux, permettrait selon elle un nouveau "schéma d'exploitation" : le maintien de 800 à 1.000 emplois sur un total de 2.000, dont 1.508 emplois CDI. Soit un emploi sur deux supprimé, pour ensuite tenter de vendre la SNCM. A ce jour, un seul candidat est déclaré, Baja Ferries, et il n’envisage aucune reprise sans redressement judiciaire. Pour ensuite renommer l’entreprise et abandonner les lignes non rentables, au départ de Nice et Toulon.

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Le plan des syndicats : une remise à flot et un nouvel actionnaire pour rebondir. Autant dire que le plan de la direction s’apparente à un "démantèlement" de la SNCM aux yeux des syndicats. "Il y a un préalable, il faut écarter tout de suite le redressement judiciaire, la liquidation et la discontinuité de l'entreprise", prévenait cet été Frédéric Alpozzo, secrétaire des marins CGT.

Les syndicats ont, eux, une autre vision : le départ de l’actuel actionnaire principal, qui n’a pas développé l’entreprise, au profit d’un nouvel actionnaire qui serait prêt à investir. Tout en rappelant à l’Etat ses promesses, ce dernier ayant un temps promis de financer l’achat de quatre nouveaux bateaux. Des navires moins voraces en carburants et plus efficaces qui permettraient de regagner en compétitivité et faciliterait la réorganisation de la SNCM. Sauf que cet hypothétique actionnaire, doté de moyens et d’une vraie stratégie, ne s’est jamais manifesté. Et l’Etat se montre discret.

Les autres alternatives : la SCOP, "corsiser" l’entreprise ou la nationaliser. Si les acteurs autour de la table privilégient les deux pistes précédentes, cela n’empêche pas d’envisager d’autres possibilités.

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• La première, une société coopérative et participative (Scop), a été évoquée par certains employés, le regard probablement tourné vers ce qu’il s’est passé à Calais. La compagnie maritime SeaFrance, liquidée en novembre 2011, a changé de statut et est devenue My Ferry Link. Elle appartient désormais à ses salariés et loue trois de ses anciens navires à son actionnaire Eurotunnel. Ce scenario suppose donc l’arrivée d’un acteur assez fortuné pour pouvoir acheter des bateaux et ensuite les affecter à l’entreprise. Et sur le front de l’emploi, le résultat n’est pas sensiblement différent au plan de la direction : chez My Ferry Link, il n’y a plus que 400 employés, contre 880 auparavant.

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• L’autre piste est à aller chercher du côté de l’ile de Beauté, où certains prônent la création d’une nouvelle société 100% corse sur la dépouille de la SNCM. En décembre 2013, le Syndicat des travailleurs corses (STC) bloquait un navire de la compagnie et tenait le message suivant : "Nous occupons le Pascal-Paoli pour une durée illimitée tant que la Collectivité territoriale de Corse ne s'est pas engagée par écrit à reprendre quatre navires de la SNCM en cas de dépôt de bilan, en vue de la création d'une compagnie régionale". Une revendication qu’on retrouve dans le communiqué du FLNC, lorsque l'organisation indépendantiste corse a renoncé à la lutte armée : "une compagnie maritime régionale" fait partie "des enjeux majeurs pour le futur de notre peuple". Le hic : cette feuille de route est difficilement acceptable pour tous les continentaux qui travaillent actuellement pour la SNCM.
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• Dernière sortie de crise possible : la nationalisation, que préconise le parti communiste. "Seule la nationalisation, sans indemnités des actionnaires, de la SNCM et de toutes les entreprises de transports maritimes, aériens, ferroviaires, permettra une gestion démocratique des entreprises répondant aux besoins de tous", soulignait en juillet le journal Communistes. Car, à ses yeux, un redressement judiciaire de la SNCM lui ferait perdre sa spécificité : la délégation de service public attribué par l’Etat, synonyme d'une enveloppe de 104 millions d’euros par an. Ce qui favoriserait la concurrence, accusée de pratiques low cost, y compris avec ses salariés. Mais une telle feuille de route n’est visiblement pas à l’ordre du jour du gouvernement.