Dette grecque : pourquoi une nouvelle crise peut surgir

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Dette grecque : pourquoi une nouvelle crise peut surgir
Le sort de la Grèce d'Alexis Tsipras est suspendu au résultat de la querelle FMI/Allemagne sur le déblocage du plan d'aide.@ Angelos Tzortzinis / AFP
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Athènes doit obtenir un nouveau plan d'aide pour ne pas faire défaut sur ses remboursements estivaux. Mais le FMI et l'Allemagne se disputent sur les termes de l'accord, mettant en péril le déblocage des sommes nécessaires.

La crise de la dette grecque menace de revenir sur le devant de la scène après être restée des mois dans l'ombre. Athènes, dont la dette publique est la plus élevée des 19 pays de la zone euro, a mis en oeuvre une batterie de réformes économiques depuis juillet 2015, date à laquelle elle a obtenu un troisième plan d'aide.

Mais ses créanciers, zone euro, avec l'Allemagne en tête, et FMI, s'écharpent sur les remèdes à lui procurer, rendant les marchés de plus en plus nerveux. Quelles sont les raisons d'un possible nouveau psychodrame grec ?

Le Fonds Monétaire International menace de ne pas prendre part au plan d'aide. Le FMI a joué un rôle central lors des deux premiers plans de sauvetage de la Grèce, en 2010 et 2012. Mais il traîne des pieds pour participer au troisième plan d'aide qui prévoit l'octroi de crédits de 86 milliards d'euros à Athènes entre 2015 et 2018, en échange de la mise en oeuvre de réformes censées améliorer la compétitivité de l'économie grecque. 

Le FMI joue un rôle de conseiller technique dans ce troisième plan, mais il refuse jusqu'ici d'y participer financièrement. Il estime en effet que les objectifs économiques fixés par les Européens à la Grèce sont irréalistes.

Le FMI veut alléger la dette grecque, pas l'Allemagne. Ces derniers pensent qu'Athènes est au moins capable de dégager un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) de 3,5% du Produit Intérieur Brut (PIB) en 2018 et les années suivantes, alors que le FMI table sur 1,5%. Par ailleurs, jugeant la dette grecque "explosive" - près de 180% du PIB en 2016 -, le FMI souhaiterait des allègements significatifs, ce que l'Allemagne, premier créancier d'Athènes, refuse.

Selon ses règles internes, le Fonds ne peut accorder un prêt à un Etat que s'il juge sa dette soutenable. Une exception concoctée en 2010 pour aider la Grèce a été supprimée en 2016 sous la pression notamment des Etats-Unis.

Et si le parlement allemand ne votait pas le déblocage de l'aide aux Grecs ? L'Allemagne, première économie de la zone euro, est partisane d'une ligne stricte quant à la mise en oeuvre de réformes par Athènes. Berlin souhaite que le FMI participe pleinement au troisième plan d'aide (par conséquent financièrement), car il considère que le Fonds est le garant d'une rigueur budgétaire.

Pour chaque déboursement de nouvelle tranche de prêts européens accordés à la Grèce, le Bundestag (la chambre basse du Parlement allemand), doit donner son feu vert, sous forme de l'avis d'une commission. Jusqu'à présent, il a toujours donné son aval, mais ces votes ont révélé des tensions politiques, notamment au sein du parti conservateur d'Angela Merkel. Enfin, l'Allemagne ne souhaite pas de nouvelles mesures d'allègement de la dette grecque avant la fin du plan d'aide.

La Grèce attend le résultat de la querelle FMI/Allemagne. Prise entre ces deux fronts, la Grèce est sous pression : elle doit de nouveau honorer en juillet des créances de plus de sept milliards d'euros et ne peut le faire que si elle bénéficie d'un nouveau déboursement issu du troisième plan d'aide. Or cette nouvelle tranche de crédit ne sera versée qu'après la conclusion de la "seconde revue" du programme d'aide à la Grèce, sorte de point d'étape des réformes mises en oeuvre.

Pour sortir de l'impasse, le FMI a proposé que la Grèce adopte préventivement des mesures d'austérité qui ne seraient déclenchées que si Athènes manquait l'objectif d'excédent budgétaire primaire de 3,5% en 2018, à l'issue du plan d'aide et les années suivantes.

Tsipras pourrait de nouveau céder aux volontés de réformes des créanciers. Le gouvernement de gauche d'Alexis Tsipras a tout d'abord rejeté cette idée, estimant que sa faible majorité au Parlement grec ne lui permettrait pas de faire adopter ce nouveau tour de vis. En début de semaine, des médias grecs affirmaient cependant que le gouvernement serait prêt à céder partiellement aux demandes des créanciers en échange de contreparties.