Croissance : que change ce rebond de 0,5% ?

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Croissance : que change ce rebond de 0,5% ?
La France est sortie de récession au deuxième trimestre avec un rebond d'une ampleur inattendue de son produit intérieur brut de 0,5%.@ Reuters
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La France a connu un rebond inattendu de son PIB au 2e trimestre mercredi.

Le rebond. "Ce chiffre, supérieur aux prévisions disponibles, confirme la sortie de récession de l'économie française. Il amplifie les signes encourageants de reprise", s'est réjoui mercredi matin le ministre de l'Economie Pierre Moscovici, quelques minutes après la publication par l'Insee des données sur la croissance au deuxième trimestre 2013. Le "chiffre" dont il s'agit ? La hausse inattendue de 0,5% du PIB français. Alors que les économistes prévoyaient un sautillement de 0,1% tout au plus, la France sort de la récession la tête plus haute que prévue. Il s'agit même du meilleur trimestre depuis le premier de 2011.

>>> Mais est-ce vraiment le signe d'une reprise durable ? Peut-on parler de bonne nouvelle, ou d'un chiffre qui masque une réalité plus morose ? Le marché de l'emploi et les finances publiques vont-ils réellement en profiter ? En clair, à quoi peut bien nous servir ce rebond ?

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© Maxppp

Peut-il servir à redresser le pays ? "C'est un rebond important, nous allons dans le bon sens", répond l'économiste Jean-Paul Betbèze au micro d'Europe1. "La consommation des ménages repart. L'export se stabilise. Les stocks remontent et les investissements sont moins bas qu'avant. On a déjà 0,1% de croissance assurée même en cas de stagnation lors des deux prochains trimestres. Et avec un petit effort, on peut faire mieux", s'enthousiasme-t-il. En effet, selon l'Insee, l'acquis de croissance annuelle à mi-année est de 0,1%, c'est-à-dire que si la croissance devait être nulle aux troisième et quatrième trimestres, le PIB augmenterait quoi qu'il arrive de 0,1% en 2013. "C'est une vraie bonne nouvelle. La comptabilité nationale arrête de se dégrader et personne ne s'attendait à un rebond aussi fort", renchérit Éric Heyer, directeur adjoint à l'OFCE, interrogé par Europe1f.r. Mais ce dernier doute toutefois du caractère durable d'une telle reprise.

"Le rebond est dû essentiellement à la consommation intérieure (0,3 points sur 0,5). Or, le pouvoir d'achat a baissé. Cela veut donc dire que les ménages ont puisé dans leur épargne. Et cela ne peut pas durer infiniment", s'inquiète le spécialiste. Et de poursuivre : "les entreprises sont toujours en surcapacité de production. Elles ne peuvent pas encore prendre le relai pour préserver une reprise aux prochains trimestre". "0,5%, quel beau trucage ! Plus dure sera la correction baissière", a également lancé, encore plus radical, l'économiste Marc Touati sur Twitter.



Peut-il servir à renverser la courbe du chômage ? La tâche paraît compliquée, surtout si aucune reprise durable n'est véritablement amorcée. Pour que la courbe du chômage se stabilise, c'est-à-dire que l'économie cesse de détruire plus d'emplois qu'elle n'en crée, il faut en effet une croissance annuelle de 1%. Et pour qu'elle s'inverse, c'est-à-dire que le marché du travail puisse répondre au besoin de tous ceux qui y rentrent, la croissance doit être de 1,5%. "De toute manière, il y a un écart de trois trimestres entre les chiffres de la croissance et les retombées sur le marché de l'emploi. Dans trois trimestres, on pourra espérer des retombées positives", analyse Eric Heyer. "Mais les entreprises sont en sureffectifs aujourd'hui, de 300.000 personnes environ. Ce rebond de croissance servira plutôt à éviter qu'elles ne suppriment des postes", poursuit-il.
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Peut-il servir à renflouer les comptes publics ? 0,1% de croissance sur un an correspond approximativement à un milliards d'euros de plus dans les caisses publiques. Avec 0,5%, on peut calculer (grossièrement) que le deuxième trimestre a apporté 1,25 milliards à lui seul, ce qui est déjà une bonne nouvelle. Mais surtout, "cela veut dire que le gouvernement va probablement tenir sa prévision de croissance pour 2013 (+0,1%). Il ne va donc pas devoir procéder à des ajustements surprises". Pas de hausses d'impôts ou de tour de vis supplémentaires en perspective donc... Outre les 20 milliards d'euros d'économies déjà prévues pour arriver à un déficit de 3% du PIB en 2014.