Crise des éleveurs : les abatteurs pointés du doigt

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Crise des éleveurs : les abatteurs pointés du doigt
@ Justin Sullivan / Getty Images North America / Getty Images
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Le rapport du médiateur sur les prix agricoles a rendu son verdict : les abatteurs n'ont pas totalement joué le jeu de la hausse.

Les éleveurs veulent que les coupables paient. Si beaucoup d'entre-eux manifesteront encore jeudi, c'est en partie pour faire pression sur ceux qui refusent encore de leur payer leurs produits au juste prix, défini dans un accord entre les différents acteurs du monde agricole le 17 juin. Distributeur, industriel… qui ne joue pas le jeu ?

Les abatteurs mis en cause. Le médiateur des prix agricoles, qui a remis un rapport au ministre, a rendu ses conclusions publiques mercredi, concernant la viande bovine (dans le secteur porcin, l'accord sur les prix est plutôt respecté, et le secteur volailler n'est pas en crise). Verdict : ce sont les abatteurs qui sont pointés du doigt. Les abatteurs ont "augmenté leurs prix" payés aux éleveurs mais sans aller jusqu'aux 5 centimes par kilo et par semaine prévus. Le tout en se concentrant "sur les seules races à viande" au détriment des vaches laitières, explique le médiateur dans son rapport. 

Chacun a fait "selon ses intérêts". Le médiateur pointe également la trop grande influence des abatteurs : tout repose sur eux. En raison de la grande complexité des achats dans la viande bovine, la hausse des prix payés aux éleveurs "repose sur un unique acteur de la filière", l'abatteur-découpeur, explique le rapport. Or, durant les trois premières semaines après l'accord, les différents acteurs (éleveurs, abatteurs, distributeurs) n'avaient pas "d'orientation commune" sur le type d'animaux concernés, souligne le document.

Chacun a donc eu tendance à adopter "la lecture des engagements pris par la filière la plus favorable à ses intérêts propres". Dans les abattoirs, les hausses se sont faites dans "des proportions variables selon les régions d'abattage et les catégories d'animaux abattus", explique le médiateur.

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© JEFF PACHOUD/AFP


Grande distribution : peut mieux faire. De son côté, la grande distribution semble avoir globalement joué le jeu: le médiateur "n'a pas connaissance à ce jour de refus" de l'une des enseignes d'acheter la viande plus cher. Mais, si "les distributeurs ne se sont pas frontalement opposés à la hausse", ils "n'ont pas forcément joué un rôle dynamique en ce sens", nuance le médiateur.

Sur certains types de morceaux, "de nombreux distributeurs se seraient ainsi fournis auprès d'abatteurs-découpeurs ayant remporté les marchés en 'cassant' les prix par des approvisionnements auprès d'éleveurs contraints de brader leurs bêtes". "Le fait qu'une partie seulement de la carcasse soit achetée par la grande distribution conduit les industriels à devoir passer des hausses proportionnellement plus importantes sur ces produits", relève-t-il.

Les éleveurs veulent "régler leur cas" aux coupables. La réaction des éleveurs ne s'est pas faite attendre. Le président de la Fédération nationale bovine (FNB) Jean-Pierre Fleury a prévenu mercredi que les éleveurs "régleraient leur cas en direct" à ceux qui ne respecteraient pas l'accord. "Le médiateur les connait, on les connait aussi", prévient-il au micro d'Europe 1. Il y a deux façons de faire, soit ces entreprises là sont déréférencées par la grande distribution et seront obligées de se remettre de la ligne de l'accord, soit on réglera leur cas en direct avec les éleveurs", a-t-il prévenu. Des actions devant les usines ? "Je crains que ce soit plus dur que cela, on n'est plus dans la convivialité", prévient-il. Pour Jean-Pierre Fleury, le temps est venu pour "les vrais moments d'explication" avec ces abattoirs qui "jouent un jeu dangereux".