Consommations : ces circuits parallèles qui permettent aux agriculteurs de gagner leur vie

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© DANIEL JANIN / AFP
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Anne-Laure Jumet, édité par R.Da. , modifié à
Alors que le projet de loi issu des Etats généraux de l'alimentation est présenté mercredi en Conseil des ministres, de nombreux producteurs n'ont pas attendu le gouvernement pour pouvoir s'assurer une marge décente sur le prix des produits vendus.
L'ENQUÊTE DU 8H

C'est peut-être la loi de la dernière chance pour l'agriculture. Le projet de loi issu des Etats généraux de l'alimentation est présenté mercredi matin en Conseil des ministres. L'objectif est de mieux rémunérer les agriculteurs, avec des mesures imposées à la distribution, comme l'encadrement des promotions ou encore une limitation du prix en dessous duquel on ne peut vendre un produit. Mais sans attendre une nouvelle législation, des circuits se sont déjà organisés pour offrir de meilleurs prix aux paysans. On ne parle plus d'initiatives isolées, mais de véritables modèles qui sont en train de se structurer.

Aller chercher le client. Ces modèles copient les codes de la grande distribution pour pouvoir toucher plus de clients possibles. Ainsi, des agriculteurs ont racheté un magasin Lidl à Colmar, dans le Haut-Rhin. Ils y vendent leurs viandes, fruits et légumes à des prix qu'ils ont eux-mêmes fixés. Des agriculteurs de l'Aveyron ont également ouvert leurs propres supermarchés en région parisienne : 400 éleveurs y vendent leur production. Un tel débouché n'aurait pas été possible près de chez eux, explique Jean-Claude Virenque, éleveur et président d'Unicor, la coopérative qui gère ces magasins . "À Paris, il y a bien plus de consommateurs que de producteurs. Chez nous, c'est tout à fait l'inverse. Nous nous sommes déplacés en zone de consommation, ce qui nous permet aussi de présenter le monde agricole aux citadins", explique-t-il à Europe 1. "Les Halles de l’Aveyron" vont continuer à se développer. Une nouvelle ouverture est prévue cette année. Les responsables planchent également sur un site de e-commerce pour livrer Paris intra-muros. 

Des consommateurs qui fixent le prix. Dans les rayons de la grande distribution aussi, certains modèles ont réussi à faire bouger les lignes. Par exemple, la marque "C'est qui le patron", née en pleine crise laitière, permet au consommateur de fixer les règles. En quelques clics sur Internet, le client choisit les caractéristiques du produit : origine France, sans OGM, etc. À l'arrivée, un produit de qualité, et un prix garanti pour l'agriculteur, puisque sur une brique de lait vendue 99 centimes d'euros, l'éleveur va toucher 39 centimes, contre 32 centimes environ dans les circuits habituels.

Le succès a été au rendez-vous, ce qui pousse la gamme à s'élargir : steaks hachés, compote, pizza, etc. Une quinzaine de nouveaux produits sont prévus pour cette année dans quasiment toutes les enseignes. Dans les rayons d'un supermarché Casino à Paris, Laurent Pasquier, co-fondateur de "C'est qui le patron", s'empare d'une plaquette de beurre pour faire valoir sa marque. "On a un beurre bio, demi-sel, le doux existe aussi. Le prix conseillé est directement indiqué sur le pack. Il s'agit du prix issu des votes du questionnaire : 2,20 euros, ce qui est un très bon prix pour un beurre bio issu de lait 100% français. Sur ces 2,20 euros, le producteur récupère 1,51 euros", détaille-t-il.

Une somme garantie pour le producteur. Mais derrière ces produits ne se cachent pas seulement de petits producteurs, mais aussi de grosses coopératives. Si le lait vendu par "C'est qui le patron" a permis de faire vivre au départ une cinquantaine d'éleveurs dans l'Ain, sauvant au passage les exploitations, pour le beurre c'est la coopérative géante Sodiaal, qui détient par exemple la marque Candia, qui se cache derrière la production. Idem, pour la compote de pommes, fabriquée par le fruitier St Mamet. Les équipes de "C'est qui le patron" assument : les entreprises choisies font vivre des producteurs, avec un prix garanti, arguent-elles. Et le modèle commence déjà à faire des petits, puisque la Fédération des producteurs de lait s'est justement inspirée de cette démarche pour faire ses propositions au gouvernement dans le cadre des Etats généraux de l'alimentation.