Comment les grands patrons justifient leur rémunération

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Comment les grands patrons justifient leur rémunération
Ils sont quelques grands patrons à toucher des salaires qui se comptent en millions d’euros.@ AFP
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"Comme un joueur de foot", "Je ne demande rien".... Les grands patrons français ont chacun leur explication pour justifier leurs rémunérations toujours plus élevées.

Carlos Tavares, Maurice Levy, Franck Riboud… Ils sont quelques grands patrons à toucher des salaires qui se comptent en millions d’euros. De quoi faire tousser les salariés et parfois même les actionnaires. Dernier exemple en date, le salaire de Carlos Ghosn, le PDG de Renault contesté jusque au sommet de l’Etat. Avant lui, une longue série de dirigeants parmi lesquels ceux de PSA, de Danone ou de Publicis avaient été amenés à s’expliquer sur leur pactole annuel.


Joue la comme Tavares

La phrase. "J'ai pris un risque personnel que j'assume. Comme je l'ai dit, je me considère comme un joueur de football ou comme un pilote de Formule 1, il y a un marché." Le 4 mai 2016, à l'Assemblée nationale.

Le contexte.  L'assemblée générale des actionnaires du groupe a validé il y a une semaine à 76,53% la rémunération de Carlos Tavares malgré un vote négatif de l'Etat, actionnaire minoritaire du constructeur automobile.  

En pleine polémique sur la rémunération des grand patrons, le dirigeant de PSA s’est comparé mercredi à un joueur de football. "Quand j'ai pris mes fonctions à la tête de PSA, personne ne m'a dit 'Attention, il y a une part très importante de votre salaire qui est variable, en fonction des résultats de l'entreprise'", a-t-il ajouté alors qu’il était auditionné à l'Assemblée nationale. "Par rapport à mes pairs, je suis payé le tiers ou la moitié, tout cela ce sont des faits qui ne sont pas audibles, et j'en ai pleine conscience, mais c'est la réalité de notre monde", a-t-il précisé, ajoutant que la dimension sociétale de cette question le "dépassait".

"Le talent" de Ghosn

La phrase. "Le conseil d’administration juge si la façon dont le PDG est payé est conforme à ses efforts, à son talent, à la situation". Le 29 avril 2016, lors de l’assemblée générale du groupe Renault.

Le contexte. Carlos Ghosn touchera bien un salaire en hausse, à 7,251 millions d’euros pour l’année 2015. Le conseil d'administration de Renault en a décidé ainsi vendredi, malgré l’opposition de l’assemblée générale des actionnaires qui avait rejeté cette hausse. Selon le patron de Renault, ce n'est "pas lui", mais "le conseil d'administration, qui fixe la rémunération, elle-même préparée par le comité des rémunérations". "En tant qu'actionnaire, vous donnez délégation (...) au conseil d'administration, c'est lui qui juge non pas sur la base d'un caprice, mais il juge si la façon dont le PDG est payé est conforme à ses efforts, à son talent, à la situation (...). Nous avons un processus très clair, transparent".

Mardi, le ministre de l'Economie a menacé de "légiférer" si le conseil d'administration de Renault, ne "tirait pas les conséquences" du vote des actionnaires.


Maurice Levy, le buteur

La phrase. "Marque des buts et tu recevras ta prime à la fin".  Le 14 avril 2012, sur RTL.

Le contexte. En 2012, Maurice Levy, le patron de Publicis filait aussi la métaphore sportive. Cette année-là, il touche 16 millions d’euros en rémunération différée, une partie de salaire variable qui s’ajoute à sa rémunération régulière. Les 16 millions d'euros versés par Publicis sont une "rémunération différée cumulée à la fin de neuf années et versée en une seule fois" justifie alors ce grand patron. "C'est vrai, c'est beaucoup d'argent. Mais c'est de l'argent gagné par du travail. Cela représente un peu moins d'un demi-centime par euro gagné."


Franck Riboud n’a rien demandé

La phrase. "Je me dis attends : est-ce mérité ? Est-ce que c'est pas mérité ? Mais à un moment donné vous devez aussi comprendre une chose : moi je ne demande jamais rien". Le 2 avril 2009, lors d’une conférence de presse pour les 90 ans de Danone.

Le contexte. En 2009, Franck Riboud le PDG de Danone s’exprime alors au sujet d’une rémunération de plus de 4 millions d'euros qu’il vient d’empocher pour l’année 2008.  "Je sais que le fixe représente chez moi environ 25%, pas plus. Donc s'il n'y a pas de résultats, je ne serai plus dans le classement (des patrons les mieux payés de France). Voilà c'est simple", a-t-il précisé. "Après est-ce choquant ou pas ? Vous savez, moi, c'est toujours relatif".


De Margerie, le transparent

La phrase. "Je ne sais pas toujours expliquer pourquoi j’ai besoin d’un salaire de 3 millions d’euros ou pas." Dans l’émission Face aux Français, sur France 2, le 27 avril 2011.

Le contexte. Interrogé sur les salaires des grands patrons, Christophe de Margerie, ancien PDG de Total, décédé en octobre 2014 dans le crash de son avion, cherche à se montrer transparent sur la question : "Mes trois millions, je trouve que c’est un vrai sujet. Je ne sais pas toujours expliquer pourquoi j’ai besoin d’un salaire de 3 millions d’euros ou pas. Ce n’est pas la partie où je me sens le plus à l’aise parce que je ne travaille pas pour l’argent."

En 2008 aussi, il s’était déjà exprimé sur ce sujet  "quand vous faites des résultats, quand votre bonus est lié à ces résultats, que les règles sont connues par tout le monde après on peut s'amuser à dire 'ils sont gros, ils sont pas gros'. Même si je le divise par deux, il sera toujours trop gros".