Combien coûte la grève aux entreprises ?

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Combien coûte la grève aux entreprises ?
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La pénurie de carburants et la perturbation des transports leur fait craindre un retour de la crise.

L'impact de la pénurie de carburants liée aux grèves contre la réforme des retraites commence à se faire sentir sur les entreprises, alors qu'un tiers des stations-service en France est en rupture de stock. Compagnies aériennes, grande distribution, BTP, industrie, pharmacies, PME...tous redoutent un baisse de leur activité. Les mouvements sociaux pourraient coûter des centaines de millions d'euros aux entreprises françaises.

La présidente du Medef, Laurence Parisot, avait donné le ton mardi matin, se déclarant "très inquiète et sensible de ce qui peut se passer pour des petites entreprises qu'un rien peut fragiliser". Elle a notamment évoqué des difficultés dans le bâtiment, les travaux publics et la chimie. La Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) lui a rapidement emboîté le pas en lançant "un cri d'alarme".

Les transports tournent au ralenti

Faute de carburants, le secteur des transports est le plus impacté par la mobilisation. Air France estime ainsi que la grève lui coûte environ 5 millions d'euros par jour, ce qui porterait la facture totale des journées de grèves de septembre et octobre à 25 millions d'euros.

La Fédération nationale des transporteurs routiers s'attend à une fin de semaine "difficile" et ne voit pas d'amélioration de la situation. Les livraisons se font donc au ralenti, si bien que "de plus en plus de sociétés travaillent avec des stocks limités et ne se réapprovisionnent qu'au fur et à mesure", selon la CGPME. Le filière du frêt ferroviaire est aussi concernée, si le blocage persiste, l'équivalent de 10.000 camions par jours pourraient passer du rail à la route.

Le BTP et la chimie privés de livraisons

Le secteur des travaux publics est également inquiet, plusieurs chantiers ayant déjà des difficultés à se faire livrer du matériel de construction. Les entreprises qui utilisent du bitume sont les plus pénalisées, puisque celui-ci est fourni par les raffineries. Selon la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), environ 15.000 ouvriers, sur un total de 260.000 salariés pour le secteur, sont menacés de chômage technique dès la semaine prochaine.

Du côté du secteur chimique, la filière perd 100 millions d'euros par jour et les unités de production tournent actuellement au ralenti, selon Jean Pelin, directeur général de l'Union des industries chimiques.

La grande distribution ne connait pas la crise

Les manifestants ont bien tenté de perturber la grande distribution, très dépendante des livraisons. Près de Bordeaux, des manifestants ont bloqué une plate-forme logistique d'Auchan pour le sud-ouest, d'autres paralysaient une centrale d'achats qui alimente de grandes enseignes de la région Paca.

Selon un porte-parole d'Auchan, ces blocages ne perturbent pas l'approvisionnement des hypermarchés. "Nous avons mis au point des solutions alternatives, pour empêcher toute rupture dans la chaîne d'approvisionnement". Carrefour affirme avoir "anticipé la situation", en prenant "toutes les mesures" pour approvisionner ses enseignes en produits frais et denrées alimentaires.

Les PME au ralenti

S’il est "encore top tôt" pour établir un bilan chiffré des pertes pour les entreprises, la CGPME a déjà défini plusieurs types problèmes. "Le personnel commence à avoir du mal à arriver sur le lieu du travail, c'est un problème immédiat" surtout dans les zones rurales, a expliqué le secrétaire général de l'organisation, Jean-Eudes du Mesnil du Buisson.

"Si ça devait continuer, on risque assez vite, d'ici la semaine prochaine, d'avoir un ralentissement ou des arrêts de production à droite et à gauche", poursuit-il. Dans certains secteurs, comme la restauration et l'hôtellerie, le commerce de détail ou les loisirs, le chiffre d'affaires perdu le jour de grève n'est pas rattrapé le lendemain. "De plus en plus de sociétés travaillent avec des stocks limités et ne se réapprovisionnent qu'au fur et à mesure", poursuit la CGPME.