Cinq chiffres pour comprendre le rapprochement entre BeIN Sports et Canal +

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Cinq chiffres pour comprendre le rapprochement entre BeIN Sports et Canal +
@ FRANCK FIFE / AFP
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MEDIAS - Le groupe de télévision à péage et le bouquet de chaînes sportives ont entamé des discussions pour se rapprocher.

C’était dans les tuyaux, c’est désormais officiel : rivaux depuis 2012, Canal + et BeIN Sports, les deux leaders de la retransmission d’évènements sportifs à la télévision française sont prêt à enterrer la hache de guerre. Canal+ souhaiterait même s’associer à BeIN Sports le plus étroitement possible. La direction de la chaîne cryptée l’a officialisé jeudi dans un communiqué : "Le Groupe Canal+ et beIN Sports ont entamé des discussions (pour) conclure un accord de distribution exclusive de BeIN Sports. Cet accord permettrait à BeIN Sports de bénéficier de la force de la distribution de Canal+ et à l’ensemble des clients des deux sociétés de disposer d’une offre complète". Mais pourquoi les ennemis d’hier sont-ils prêts à s’unir aujourd’hui ? Cinq chiffres permettent de comprendre les raisons de ce rapprochement.

1ere motivation. Il n’y a pas que le sport dans la vie, mais pour les chaînes de télévision payantes, il n’y a point de salut sans sport, fournisseur régulier de records d'audience. Canal +, puis TPS ou encore Orange : les entreprises qui se sont lancés dans le secteur de la télévision à péage ont toujours réservé une chaîne au sport.

Les chaînes payantes n’ont pas le choix : "Le sport représente la première motivation d’abonnement pour près de la moitié des 5,9 millions de clients de Canal+ en France", souligne Le Monde en citant une étude du Centre de droit et d’économie du sport. Ce que confirmait Maxime Saada, directeur général adjoint du groupe Canal+, en septembre 2013 : "aujourd'hui, la série est la troisième motivation d'abonnement à Canal+ derrière le sport et le cinéma". Bien qu’il n’ait représenté que 14% de sa programmation en 2014, le sport est donc incontournable pour un groupe comme Canal+.

- 200.000 à 300.000. C’est le nombre d’abonnés que le groupe Canal+ aurait perdu en 2015, sachant qu'il a annoncé une perte de 218.000 abonnés au cours des seuls six derniers mois. Chaque année, le groupe voyait environ 10% de ses abonnés partir mais il en récupèrait à peu près autant. Ce n'est plus le cas depuis 2012, date à laquelle BeIN Sports est arrivé en France et a commencé à acheter la plupart des droits sportifs mis en vente. L’hémorragie n’a cessé de prendre de l’ampleur et elle risque encore de s’accélérer au cours des prochaines années : Canal+ a perdu en novembre dernier les droits du championnat anglais de football pour la période 2016-2019, seul atout stratégiques qu’il lui restait avec l’affiche de Ligue 1 du dimanche soir. Ajoutez-y l’arrivée controversée à la tête du groupe de Vincent Bolloré, qui n’a jamais caché qu’il appréciait modérément l’esprit Canal +, et vous comprendrez que les abonnés y réfléchissent à deux fois avant de renouveler leur abonnement.

250 à 300 millions d’euros. En face, BeIN Sports ne cesse de conquérir de nouveaux abonnés. Ils sont aujourd’hui environ 2,5 millions, mais leur nombre progresse moins vite que les dépenses du groupe. Résultat, le groupe audiovisuel qatarien devrait perdre entre 250 et 300 millions d’euros en 2016, d’après une estimation de Natixis. S’il est tout à fait normal qu’un média qui se lance perde de l’argent les premières années, cela suppose néanmoins d’avoir de sérieuses réserves financières. Le Qatar en dispose bien, mais il doit être plus vigilant qu’auparavant en raison de la chute des prix des hydrocarbures – sa principale source de revenus – et de l’instabilité des marchés boursiers, sur lesquels il a investi une bonne partie de ses économies. Si le propriétaire qatarien estime que BeIN Sports n’arrivera pas rapidement à séduire plus de 4 millions d’abonnés, il ne s’interdira pas de changer son fusil d’épaule. Ce qu’il s’apprête d’ailleurs à faire outre-Atlantique, puisqu’il fermera au printemps la chaîne Al Jazeera America, qui n’a pas rencontré le succès escompté.

8% du capital. En s’associant avec la chaîne cryptée, BeIN Sports pourrait donc limiter ses pertes et profiter des équipes commerciales de Canal+ pour séduire de nouveaux clients. Mais il pourrait aller encore plus loin en se "vendant" au groupe Canal + : s’il refuse d’être payé en cash, il peut espérer récupérer 8% du capital de Canal+. Cette possibilité est plutôt tentante puisque Canal + est un poids lourd de la télévision payante en Europe et en Afrique et que la tendance est à la concentration dans le secteur des médias.

+25 à 40 euros. Si un rapprochement, voire un mariage, servirait les intérêts de Canal+ et de BeIN Sports, il en irait peut-être autrement pour le consommateur. L’amateur de sport séduit par l’offre de BeIN Sports n’aurait alors pas d’autre choix que de s’abonner à Canal+ pour continuer à suivre les évènements diffusés par BeIN Sports. Ce qui change radicalement la donne : alors que BeIN ne coûte que 13 euros par mois sans engagement, un accès à Canal+ coûte au minimum 40 euros et il faut s’engager pour une année. Avec l'abonnement à BeIN Sports en plus, , soit 53 euros au total, la facture serait alors multipliée par presque quatre. Conscient de ce problème, Canal+ réfléchirait à un redécoupage de son offre pour proposer un pack sport moins cher qui n’inclurait aucune chaîne cinéma. Encore faut-il que les deux groupes arrivent à s’entendre et que l’Autorité de la concurrence valide ce rapprochement, ce qu’elle ne fera que si l’opération ne nuit pas trop au consommateur...