Chypre, un cas particulier en Europe ?

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Chypre, un cas particulier en Europe ?
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La taxe sur les dépôts bancaires doit être votée mardi. Les Chypriotes craignent pour leur épargne.

Le contexte. Ce week-end, le président chypriote a cédé aux sirènes européennes. Pour redresser ses finances, il a accepté, en échange d'une aide internationale de dix milliards d'euros, de taxer toutes les sommes déposées sur les comptes bancaires de l'île. Les comptes seront prélevés à hauteur de 6,7 % jusqu'à 100.000 euros déposés, et à 9,9 % au-delà. Avec cette taxe, l'exécutif vise en priorité les oligarques russes, dont les avoirs déposés à Chypre atteignent, selon certaines sources, plus de 20 milliards d'euros.

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Les petits épargnants, premières victimes. Mais pour les petits épargnants, c'est un coup dur. Sur Europe 1, Anna, 60 ans, habitante de Nicosie, s'inquiète de son avenir : "On me prend l'argent que j'avais mis de côté pour mes vieux jours. Si je n'avais pas 60 ans, je prendrais mes cliques et mes claques et je quitterais ce pays".
A chypre, des habitants font la queue devant un distributeur automatique, 930*620

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Pour la plupart des économistes, ce plan se justifie, mais la décision de taxer tous les comptes bancaires est à ce titre un non-sens. "L'erreur commise, c'est de ne pas (…) protéger les petites épargnes", estime ainsi Jacques Attali, interrogé sur Europe 1. Un avis partagé par Elie Cohen, qui craint "un vent de panique partout ailleurs". "Pour la première fois , on impose une taxe même sur tous les petits dépôts ! C'est clairement inacceptable et potentiellement très inquiétant pour l'ensemble des Européens."

president chypre
Des amendements envisagés. Le président chypriote, Nicos Anastasiades, a d'ailleurs affirmé dimanche soir, lors d'une intervention télévisée, être "directement opposé à certaines dispositions", et a promis de "continuer de se battre (…) pour limiter l'impact sur les petits déposants." Selon une source proche du dossier, Nicosie étudierait la possibilité d'un seuil au-dessous duquel les dépôts ne seraient pas taxés.

La Banque Centrale Européenne n'y est d'ailleurs pas opposée. Jörg Asmussen, membre du directoire de la BCE, a estimé lundi que "si le président chypriote veut changer quelque chose à la taxe sur les dépôts, c'est entre ses mains". A condition que le financement du plan de sauvetage reste intact, c'est-à-dire que Chypre apporte les six milliards d'euros promis.

Un pays qui "n'a pas de sens économique". Jacques Attali estime pourtant qu'il n'y a pas d'autre alternative. "Nous en sommes là parce qu'on n'a pas voulu régler le problème chypriote plus tôt. On le connait depuis longtemps : l'île reste un paradis fiscal, avec un impôt quasiment nul et des banques qui font n'importe quoi dans la façon dont elles accueillent les dépôts. (…) Les encours des banques (les sommes gérées, ndlr) représentent 70 milliards d'euros, pour un PIB de 18 milliards. C'est un pays qui n'a pas de sens économique", explique le président de PlaNet Finance.

Mais un plan incontournable. Beaucoup d'observateurs craignent que la décision du gouvernement chypriote crée un précédent dangereux. Lundi matin, toutes les Bourses étaient orientées à la baisse, alimentées par ces nouvelles inquiétudes quant à la stabilité de la monnaie unique.
Jacques Attali, économiste 930x620

Jacques Attali estime d'ailleurs que Chypre n'est qu'un élément précurseur des problèmes qui attendent la zone euro : "La leçon à tirer de Chypre, c'est qu'il faut (…) se poser la question des autres. Londres, qui est la principale place de blanchiment financier de la planète, le Luxembourg, qui est un paradis fiscal, l'Italie, qui commence à demander ce genre de réformes, etc. Chypre est un petit laboratoire des problèmes qui sont devant nous".