Ces entreprises qui ont réussi à rebondir

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Ces entreprises qui ont réussi à rebondir
Massés devant le tribunal de commerce de Quimper, les employés du volailler Doux s'inquiètent pour leur avenir. Certaines entreprises ont néanmoins réussi à poursuivre leur activité après avoir croisé les juges.@ MAXPPP
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Le passage devant un tribunal de commerce n’est pas toujours fatal aux entreprises en difficulté.

Petroplus en Seine-Maritime, Technicolor à Angers, Freescale à Toulouse, Honeywell dans le Calvados : les mauvaises nouvelles s’accumulent sur le front de l’emploi, de nombreuses entreprises se retrouvant devant les tribunaux de commerce. Pourtant, un passage devant les juges n’est pas forcément synonyme de disparition programmée. Un certain nombre d’entreprises réussissent à rebondir et constituent des exemples, certes rares, mais qui laissent un peu d’espoir.

Caddie, Péguignet et SeaFrance reprennent espoir

Ce passage devant le tribunal de commerce, les salariés du fabricant de chariots Caddie l’ont longtemps redouté. Finalement, le site de Drusenheim, dans le Bas-Rhin, s’en sort bien : non seulement le nouveau propriétaire, Altia, a conservé 400 des 500 employés, mais il va rapatrier en plus la production qui avait été délocalisée au Portugal. En apportant 15 millions d’euros et une nouvelle équipe de commerciaux, Altia a donc assuré l’avenir de l’entreprise.

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© MAXPPP

Sur la sellette, le fabriquant de montres Péquignet est également en train de renaître. Placé en redressement judiciaire le 26 avril 2012, la marque installée à Morteaux, dans le Doubs, est en train de renaître grâce à l’arrivé de deux riches investisseurs venus du groupe d’informatique LaCie. Ces derniers vont investir "plusieurs millions d’euros" pour relancer l’horloger, sauvant ainsi une marque de renom et ses 47 salariés.

SeaFrance a également frôlé le crash après avoir été placé en redressement fin 2011 puis liquidé début 2012. Suite à une forte mobilisation des élus locaux puis du gouvernement, la compagnie de ferries est devenue une coopérative ouvrière (Scop), renommée My Ferry Link. Avec l’appui d’Eurotunnel, la nouvelle compagnie a repris ses traversées le 20 août en conservant la moitié de ses effectifs.

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© MAXPPP

La renaissance d’une entreprise reste l’exception

Caddie, Péquignet, SeaFrance mais aussi Heuliez, Photowatt, Sernam etc. : les rendez-vous devant un tribunal de commerce ne sont donc pas toujours synonymes d'une triste fin. Mais combien d’entreprises arrivent-elles à se redresser ? "Si vous prenez 100 dépôts de bilan, toutes tailles d’entreprises confondues, vous en avez in fine six qui vont s’en sortir totalement", analyse pour Europe1.fr Thierry Million, directeur des études  chez Altarès, société d'informations sur les entreprises.

Et ce dernier d’évoquer le cas des PME/PMI : "nous avons en France 4.320 PME/PMI qui ont fait récemment l’objet d’une procédure. Le tribunal de commerce a prononcé un redressement judiciaire dans 55% des cas et, ensuite, une entreprise sur quatre s’en sort". Soit un ratio de 13% des entreprises qui ont droit à une seconde chance mais n’arrivent pas toujours à tenir sur la longueur.

La tendance ne porte d'ailleurs pas à l'optimisme : "sur l’ensemble de l’année 2012, l’Indice Global des Défaillances (IGD) d’Euler Hermes qui synthétise l’évolution des défaillances d’entreprises dans le monde devrait connaître un rebond de +4%", prévient cette société d'assurance-crédit.

Comment les entreprises y arrivent-elles ?

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© MAXPPP

 Des sociétés arrivent donc à survivre à un passage devant le tribunal de commerce, mais y être préparé est un atout indéniable. "Les entreprises y arriveront d’autant plus qu’elles auront anticipé", confirme Thierry Million, avant d’expliquer les réticences des chefs d’entreprises : "aller au tribunal de commerce fait peur, d’autant que cela peut effrayer les fournisseurs et que les clients risquent de se détourner par crainte que l’entreprise ne ferme sans les livrer".

Pourtant, "des cas d'étude montrent qu'il est possible pour un dirigeant de redresser son entreprise", renchérit pour Europe1.fr Marie-Christine Barbot-Grizzo, maître de conférences en sciences de gestion à l’IUT du Mans - Université du Maine. "Pour cela il est nécessaire de ne pas attendre le dernier moment pour déposer le bilan et de préparer une stratégie de redressement afin de convaincre les acteurs judiciaires", ajoute-t-elle.

A l'exception d'un représentant de l’Etat, les juges du tribunal de commerce sont en effet eux-mêmes des entrepreneurs. Mieux vaut donc préparer un dossier argumenté et fourni en chiffres pour les convaincre. "Une entreprise peut redémarrer après une reprise au tribunal si le secteur d'activité a encore de l'avenir, si on sait clairement définir les causes de défaillances et si le personnel est suffisamment motivé pour continuer", précise Bérangère Deschamps, maître de conférences à l’université de Grenoble.

Intervention des politiques et médiatisation ont un effet ambigu

Parmi les entreprises qui ont réussi à rebondir, SeaFrance, Heuliez (ci-dessous) et Photowatt ont bénéficié d’une forte mobilisation politique et médiatique. Mais ce "coup de pouce" est-il réellement un atout ? Pas toujours, à en croire Marie-Christine Barbot-Grizzo, qui estime que cela "met les différents acteurs sous pression".

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© MAXPPP

"Les pressions politiques et locales, en fonction du poids de l'entreprise dans l'économie locale, peuvent influencer les décisions du tribunal", souligne cette chercheuse spécialisée sur les reprise d'entreprises. Côté positif, "les repreneurs potentiels sont contraints de faire des offres plus élevées en maintenant davantage de salariés". En revanche, il  y a "le revers de la médaille : il peut être tentant pour quelques repreneurs potentiels de se faire de la publicité et d'être attiré par la lumière sans apporter de solution pérenne".

Le cas du spécialiste de la vente en ligne Camif est à ce titre emblématique. Placé en liquidation judicaire en 2008, l’entreprise a été reprise en 2009 par le groupe Matelsom. La bonne nouvelle a alors été annoncée partout sauf que… la Camif a depuis bien changé : l’offre commerciale n’est plus du tout la même, la majorité des salariés ont été remerciés et  les commandes effectuées auprès l’ancienne Camif n’ont jamais été honorées. Une "résurrection en trompe-l’œil", accuse donc aujourd'hui l’association UFC-Que Choisir.