Canal + est-il au bord de la faillite ?

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Canal + est-il au bord de la faillite ?
@ AFP
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MEDIA - Le patron du groupe, Vincent Bolloré, a justifié les nombreux changements imposés à la chaine cryptée : Canal + serait proche d’une sortie de route.

L’époque où le champagne coulait à flot chez Canal + est visiblement révolue : le groupe est désormais plus proche de la "faillite" que du zénith, a déclaré jeudi Vincent Bolloré. Le président du conseil de surveillance de Vivendi, maison-mère du groupe Canal +, a souligné que les mauvais chiffres s’accumulaient et que des réformes difficiles s’imposaient. Pourquoi avoir tenu des propos aussi alarmistes ? Et, surtout, Canal + va-t-il vraiment si mal ?

Le discours alarmiste de Vincent Bolloré. "Si les pertes continuent, il y a un moment où il faudra arrêter le robinet, parce que Vivendi ne pourra pas apporter de l'argent indéfiniment à Canal+", a prévenu jeudi Vincent Bolloré, allant jusqu’à parler de "sauver" la chaîne cryptée. Et ce dernier d’invoquer des chiffres éloquents : les chaînes cryptées auraient perdu 188 millions d’euros en 2014, 264 millions en 2015 et l’addition pourrait même atteindre "peut-être de plus de 400 millions d'euros en 2016 si on ne réagit pas", a assuré Stéphane Roussel, le directeur général en charge des opérations de Vivendi.

Sans attendre ce coup de semonce, le rapport financier 2015 du groupe Vivendi annonçait déjà la couleur le 19 février dernier : "Les six chaînes Canal+ perdent de l’argent en France depuis 4 ans. (…) Cette situation menace l’ensemble de Groupe Canal+. (…) Vivendi n’a pas les moyens de supporter indéfiniment les pertes des chaînes Canal+ en France", soulignait le document.

Des chiffres inquiétants. L’étude des rapports financiers du groupe Vivendi confirment que la maison Canal + est en pleine zone de turbulence. Le nombre d’abonnés en France ne cesse de reculer depuis 2011 et la tendance ne devrait pas s’inverser à court terme : la proportion d’abonnés résiliant leur contrat frôle les 15%, du jamais vu. Résultat, le chiffre d’affaires réalisé en France par les chaînes cryptées ne cesse de reculer depuis 2011.

Les raisons d’un tel décrochage sont connues : Canal + perd du terrain dans les domaines qui ont fait sa renommée, le cinéma et le sport. Le groupe a perdu la plupart des droits sportifs qu’il détenait, récupérés par BeIN Sports, et vient même de se faire chiper sa dernière pépite : les droits du championnat anglais de football, ravis par le groupe Altice/SFR. Du côté de la création, c’est à peine mieux : Canal + résiste encore mais voit de nouveaux concurrents venus d’Internet grappiller du terrain, à l’image de Netflix.

Vincent Bolloré ne noircit-il pas le tableau ? Si le groupe Canal + connait de réelles difficultés, peut-on pour autant dire qu’il est menacé de "faillite", comme l’a déclaré Vincent Bolloré jeudi ? La réalité est un peu plus contrastée : si les chaines payantes perdent de l’argent en France, elles en gagnent à l’étranger et les chaines gratuites du groupe (D8, D17) sont rentables, tout comme CanalSat. Dans son ensemble, le groupe Canal + reste encore rentable.

En interne, certains doutent donc du décompte de Vincent Bolloré. "Nous ne comprenons pas d'où sortent ces pertes. Dans la comptabilité analytique interne, les chaînes Canal+ ont toujours été bénéficiaires de plusieurs dizaines de millions d'euros par an", a déclaré un salarié du groupe sur BFM Business. Et ce dernier de supposer que la direction ait pu jouer avec les chiffres pour faire supporter l’ensemble des charges de Canal+ sur les seules chaines cryptées afin de les présenter comme déficitaires.

Cette présentation permet en tout cas de fixer le cap en interne : l’heure est aux économies et les salariés longtemps récalcitrants ne peuvent plus l’ignorer. Ce qu’a d’ailleurs montré la décision de réduire le nombre de personnes envoyées au festival de Cannes – elles ne seront qu’une cinquantaine cette année contre 469 en 2015. Mais dresser un aussi sombre tableau présente un autre intérêt : envoyer un signal subliminal à l’autorité de la concurrence.

C’est en effet cette dernière qui doit autoriser ou non le rapprochement entre Canal + et BeIN Sports, qu’elle pourrait retoquer en arguant de la création d’un monopole néfaste aux téléspectateurs et au monde du sport. Une menace qui parait bien moins élevée avec un groupe Canal+ présenté comme étant au bord de la faillite.