Areva et "l'escroquerie" UraMin

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Areva et "l'escroquerie" UraMin
L'auteur d'un audit avance qu'Areva a été victime d'une "escroquerie" lors de son rachat de la société UraMin.@ REUTERS
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Un export pointe du doigt le rachat à grands frais et sans précaution de trois mines en Afrique.

Evincée du groupe nucléaire Areva en 2011, l’ex-PDG Anne Lauvergeon avait pourtant de quoi revendiquer un bilan très honorable. Seule ombre au tableau, le rachat d’UraMin, une société qui exploite trois mines d’uranium en Afrique, s’est révélé être une catastrophe financière.

Il y aurait même eu "une escroquerie", pointe l'auteur d'un audit réalisé en 2010 sur ce rachat pour lequel Areva a été d’une naïveté confondante.

Areva en quête d’uranium

Erigé en champion national, Areva a pour atout de contrôler toute la chaîne du nucléaire : le groupe ne se contente pas de construire et de faire tourner des centrales nucléaires, il produit aussi le combustible puis recycle les déchets radioactifs.

Au tout début de la chaîne, Areva a donc une préoccupation : sécuriser ses approvisionnements en uranium. En 2007, les cours des matières premières sont au plus haut et la demande d’uranium explose. L’entreprise décide donc d’acheter de nouvelles mines et s’intéresse à la société UraMin, qu’elle acquiert pour 2,5 milliards de dollars, soit 1,95 milliard d’euros.

UraMin, mauvaise pioche

Mais cet investissement s’est révélé catastrophique : non seulement les gisements d’uranium se sont révélés bien inférieurs aux estimations, mais la société a également été surcotée dans un contexte où le cours de l’uranium était au plus haut.

Résultat, UraMin ne vaut en 2011 plus que 20% de sa valeur d'acquisition. Areva a donc dû mettre de côté 1,46 milliard d'euros fin décembre 2011, tant pour compenser les pertes que pour prévoir de nouveaux investissements dans d’autres mines.

En 2010, Areva avait néanmoins déjà quelques doutes et demandé un audit sur cette opération. Marc Eichinger, l’auteur de ce rapport longtemps resté confidentiel, a livré quelques détails vendredi dans les colonnes du quotidien Le Parisien. Son bilan est accablant. "Il y a un faisceau d'indices sérieux et concordants qui démontrent qu'Areva a été victime d'une escroquerie", estime Marc Eichinger.

Areva n’avait pas pris assez de précaution

Ce spécialiste avance au passage l’hypothèse d’un délit d’initié. Certaines personnes devaient être bien informées puisque le cours en Bourse d'UraMin a été multiplié par six dans les six mois avant le rachat, alors que ce genre d'opération est très encadrée et surtout confidentielle.

Pire, Areva n'a évalué les réserves minières d'Uramin qu'en utilisant des documents d'une société, SRK, "rémunérée par le vendeur", et n'a dépêché aucune équipe sur place ni demandé une étude des experts miniers de l'Etat. Un laxisme qui surprend pour un investissement de près de 2 milliards.

Areva a donc formé le mois dernier un comité interne chargé de répondre d'ici fin février à deux questions : qui était au courant de cette opération et pourquoi le groupe a-t-il été aussi laxiste ?