Airbus : les enjeux d’une commande historique

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Airbus : les enjeux d’une commande historique
L'A320neo dope les ventes d'Airbus depuis 2010.@ A. PECCHI / AIRBUS
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Airbus a décroché mercredi la plus grosse commande de l’histoire de l’aéronautique avec 430 avions vendus à un fonds d’investissement. Un contrat record qui réjouit le constructeur européen.

Ça plane pour Airbus ! Le champion européen de l’aviation, a annoncé mercredi matin, au salon de l’aéronautique de Dubaï, la signature d’un contrat record avec Indigo Partners, portant sur la livraison de 430 avions. Dans le détail, la commande comprend 273 A320neo et 157 A321neo, pour un montant total de 49,5 milliards de dollars (42 milliards d’euros). C’est tout simplement la plus grosse commande jamais passée par Airbus et la plus importante, en nombre, de l’histoire de l’aéronautique. Avec derrière, des retombées forcément conséquentes.

Parachever le succès de l’A320/321

Ce contrat record permet à Airbus de dépasser les 13.700 commandes pour sa famille d’A320, en service depuis 1988, confirmant ainsi son statut de deuxième avion de ligne le plus vendu de l’histoire, derrière le Boeing 737 et ses plus de 14.300 appareils écoulés (voir plus bas). D’autant plus que la gamme s’est modernisée. Peu gourmand en kérosène, l’A320neo permet d’économiser 30% de carburant. Depuis son lancement en 2010, cet appareil de nouvelle génération a accumulé plus de 5.500 exemplaires commandés, contre plus de 4.000 pour son concurrent, le Boeing 737 MAX. Grâce au dynamisme de son A320, Airbus dépasse son rival Boeing en commandes cette année, avec 718 commandes contre 605 pour le groupe américain à ce jour.

Le succès non démenti de l’A320 contrebalance aussi le manque d’attractivité de l’A380. Le gros porteur d’Airbus peine à trouver preneur : en 14 ans, seuls 317 appareils ont été commandés. Surtout, Airbus n’a plus enregistré le moindre contrat depuis 2015. La dernière grosse commande date de 2013, quand Emirates avait acheté 50 A380. Au Dubaï Airshow, Airbus tablait sur une autre méga-commande de 36 appareils, encore par Emirates. Mais celle-ci ne s'est pas concrétisée et les discussions se poursuivent.

Indigo Partners, client discret mais fidèle

Contrairement aux commandes classiques, Indigo Partners n’est pas une compagnie aérienne. Il s’agit d’un fonds de capital-investissement américain spécialisé dans le transport aérien, autrement dit un loueur qui prête ses avions à plusieurs compagnies. Dans le cas présent, les appareils commandés seront répartis entre quatre compagnies low-cost : 146 pour Frontier Airlines (États-Unis), 70 pour JetSMART (Chili), 80 pour Volaris (Mexique) et 134 pour Wizz (Hongrie). Une répartition qui ne doit rien au hasard : les deux premières compagnies sont contrôlées par Indigo Partners et le fonds possède des parts dans les deux autres.

Entendu sur Europe 1
Les compagnies se regroupent désormais pour acheter ensemble
Xavier Tytelman, spécialiste de l’aéronautique

Cette vente groupée témoigne de l’évolution du marché de l’aviation. "Les compagnies, notamment les low-cost, se regroupent pour acheter ensemble et bénéficier de tarifs plus faibles, qu’elles répercutent sur le prix des billets", explique pour Europe 1 Xavier Tytelman, spécialiste de l’aéronautique.

Cette commande monstre fait d’Indigo Partners l’un des clients les plus importants d’Airbus pour sa gamme d’avions monocouloir. Avec ces 430 nouveaux appareils, le fonds d’investissement double sa flotte d’A320, constituée jusqu’à présent de 427 avions. "Indigo Partners est un énorme client et un soutien de poids de la gamme monocouloir d’Airbus depuis de nombreuses années", a souligné John Leahy, directeur adjoint clients d’Airbus. "Une commande de 430 appareils, c’est remarquable et particulièrement gratifiant pour tout le monde chez Airbus", a ajouté l’Américain qui s’apprête à quitter le constructeur européen après avoir vendu plus de 15.000 avions dans sa carrière.

Des créations d’emploi "probables"

Chaque commande passée à Airbus est l’assurance de maintenir l’emploi pour plusieurs années sur les sites de production du groupe, notamment en France à Toulouse, Nantes et Saint-Nazaire. Mais cette fois, il ne s’agit pas d’une commande lambda. "C’est la plus grosse commande qu’on ait eu à Airbus, la production va être étalée sur neuf ans", se réjouit Jean-Marc Escourrou, secrétaire FO d’Airbus à Toulouse, interrogé par Europe 1.

Entendu sur Europe 1
Qui dit augmentation des cadences, dit créations d’emplois en France
Jean-Marc Escourrou, secrétaire FO d’Airbus

"C’est magnifique pour les salariés, c’est inespéré. Il n’y avait pas eu de grosses annonces depuis le début de l’année et même si il n’y avait pas d’inquiétude, c’est toujours un soulagement de voir les commandes rentrer", souligne le syndicaliste. Pour lui, c’est mathématique : 430 avions à construire, cela va forcément créer de l’emploi. "On a déjà dix ans de carnet de commandes à remplir et ces nouveaux avions viennent se rajouter par-dessus. Ça implique d’augmenter les cadences de production. Aujourd’hui, on est à 53 monocouloirs par mois. On va probablement passer à 60, c’était déjà à l’étude mais ça va se concrétiser. Et qui dit augmentation des cadences, dit créations d’emplois en Europe et en France", assure Jean-Marc Escourrou. Airbus n’a pas communiqué à ce sujet.

La réponse de Boeing

Le match qui oppose Airbus à Boeing ne s’arrête jamais et la réponse du constructeur américain ne s’est pas fait attendre. Quelques heures après son concurrent européen, Boeing a annoncé une commande "historique" de la compagnie du Golfe flydubai pour 225 avions moyen-courrier remotorisés, des 737 MAX, dont 175 ferme, pour une valeur totale de 27 milliards de dollars (22,8 milliards d'euros). La commande porte notamment sur plus de 50 737 MAX 10, la dernière version du best-seller de Boeing. Les autres versions concernées sont des 737 MAX 8 et 9, a indiqué la compagnie américaine.

Dans un communiqué, Boeing précise qu’il s’agit de "la plus grosse commande d’avion monocouloir jamais passée par une compagnie du Golfe" et qu’une fois finalisée, "elle permettra d’assurer des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects dans les usines Boeing aux États-Unis et dans son réseau de sous-traitants". Avec cette commande, le 737 MAX dépasse les 4.000 exemplaires vendus et confirme son statut de nouvelle star du catalogue Boeing, alors que les premières commandes, passées en 2011, ont été honorées cette année.