Agnès Verdier-Molinié : le plan pour l'emploi "reste très à la surface"

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PEUT MIEUX FAIRE - La directrice du think tank iFrap estime que les mesures annoncées par François Hollande pour lutter contre le chômage sont insuffisantes.

INTERVIEW

"2016 va encore être une année assez difficile sur le front de l'emploi." Pour Agnès Verdier-Molinié, directrice du think tank libéral iFrap (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques), il ne faut pas s'attendre à des miracles après l'annonce, lundi par le gouvernement, d'une série de mesures en faveur de l'emploi.

Des "erreurs d'appréciation". "Ce sont des choses qui restent très à la surface", a regretté Agnès Verdier-Molinié au micro d'Europe 1 mardi. "Depuis le début du quinquennat, on a vu beaucoup d'allers-retours sur la stratégie du gouvernement. " Selon elle, l'exécutif a enchaîné les erreurs "d'appréciation, d'analyse et de stratégie".

Hollande "va dans le bon sens". Sur l'apprentissage, Agnès Verdier-Molinié concède néanmoins que l'effort du gouvernement "va dans le bon sens". François Hollande a annoncé lundi une montée en puissance des contrats de professionnalisation, qui devraient passer à 50.000 bénéficiaires, contre 8.000 actuellement. Les prérogatives des Régions, qui comptent l'apprentissage parmi leurs domaines de compétence, devraient également être étendues pour permettre d'expérimenter de nouveaux dispositifs.

L'apprentissage toujours déconsidéré. Mais pour Agnès Verdier-Molinié, un problème demeure : contrairement à ce qui se passe en Allemagne, l'apprentissage n'est pas considéré comme une filière d'excellence en France. "L'Education nationale est fautive", a estimé l'essayiste. "A aucun moment elle n'incite des jeunes moyens, voire brillants, à aller dans la filière d'apprentissage."

Outrepasser les syndicats. L'assouplissement des 35 heures esquissé par François Hollande n'a pas non plus convaincu Agnès Verdier-Molinié. Le chef de l'Etat a annoncé que le temps de travail pourrait être "modulé davantage" grâce à des accords d'entreprises, et c'est ce point qui fait douter la très libérale directrice de l'iFrap. "Si on pense qu'on va passer par des accords d'entreprises avec les syndicats pour assouplir le temps de travail, on se trompe", a-t-elle mis en garde. La majorité d'entre eux y sont en effet farouchement opposé. "Il faudra passer par des référendums" au sein des sociétés.

Des aides trop restrictives. Enfin, les aides à l'embauche, promises pendant deux ans aux PME de moins de 250 salariés qui recruteraient en contrat long (CDD d'au moins 6 mois et CDI), sont beaucoup trop soumises à conditions, pour Agnès Verdier-Molinié. Elles ne s'appliqueront donc qu'à "une toute petite partie" des contrats signés.