"Comment devenir aussi sage qu’un Chinois" : ce que la pensée chinoise peut nous apporter

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"Comment devenir aussi sage qu’un Chinois" : ce que la pensée chinoise peut nous apporter
Le livre propose de nous introduire à 12 penseurs chinois qui, selon l'auteur, continuent d'influencer la société. @ FREDERIC J. BROWN / AFP
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Diplômé de la prestigieuse école normale de Shandong, Sébastien Roussillat publie un ouvrage présentant 12 figures de sagesse chinoise, et nous explique avec pédagogie comment nous en inspirer aujourd’hui.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Sébastien Roussillat a le profil pour publier un pareil livre, au titre évocateur : Comment devenir aussi sage qu’un Chinois, aux éditions l’Iconoclaste. Natif de Bretagne, il rejoint la Chine à l’âge de 18 ans. Il en a aujourd’hui 28, et a passé les dix dernières années de sa vie à s’imprégner de la culture de l’Empire du milieu. Celle du passé comme celle d’aujourd’hui. Diplômé de l’école normale de Shandong, premier européen à avoir gagné le "Pont vers le chinois", un célèbre jeu télévisé de culture générale du pays, ancien journaliste et chroniqueur télé désormais attaché culturel à Pékin, le jeune Français vient de publier un ouvrage qui ambitionne de transmettre les leçons de 12 figures de la pensée chinoise, en les adaptant à nos problématiques contemporaines.

CE QUE L’ON Y TROUVE

12 lettres, 12 maîtres à penser. Dans le livre, le lecteur trouvera "des leçons simples sur la vie, l’humain, l’amitié, sur ce qui peut être le bonheur et la voie qui y mène", nous dit l’auteur. Concrètement, cela prend la forme de 12 lettres, que Sébastien Roussillat a fictivement adressées à 12 figures de la pensée chinoise. À chaque fois, l’auteur y présente l’essentiel de la pensée du sage, philosophe ou poète destinataire de la missive. Il y explique aussi les résonances que cette pensée a eu dans sa propre vie. Il nous montre également ce qu’en retiennent les Chinois d’aujourd’hui (d'où la généralité criante, presque provocatrice, du titre du livre). Et il livre, enfin, des pistes sur la manière dont nos sociétés occidentales contemporaines pourraient s’en inspirer.

Quelles sont ces 12 figures ? Il y a d’abord et bien sûr, Lao Tseu, qui lui a transmis "la philosophie du non-agir et la vertu du vide" et dont la pensée structure encore une large part de la culture chinoise. Ensuite Confucius, avec qui il a découvert "l’humilité et la joie de la culture". Le bouddhiste Su Dongpo, auprès de qui il apprend les bienfaits de la méditation et avec qui il partage ses distances avec les religions trop "ritualisées". Le poète Tao Yuanming, "qui par ses poèmes sur le retour à la Nature m’a montré la nécessité de trouver un équilibre dans la vie", écrit Sébastien Roussillat. Ou encore des auteurs comme Lin Yutang, Lu Xun, Lao She, Li Qinqzhao, Li Bai ou Bai Juyi, peu connus en occident, et qui lui ont enseigné "la douceur de la nostalgie, la valeur de l’amitié et l’esprit chevaleresque" tout en lui ouvrant les yeux sur le "côté parfois sombre de la vie" et la nécessité de "rester lucide pour accepter de prendre parfois le tragique avec humour afin de demeurer digne".

Sans oublier Sun Tzu (auteur du très célèbre Art de la guerre) et Tchouang-tse (l’autre grand patriarche du taoïsme avec Lao-Tseu), qui lui ont appris à mieux organiser sa vie et à ne pas se laisser "prendre au piège des faux-semblants et des préjugés".

CE QUE NOUS AVONS AIME

Un tout cohérent et facile d'accès. Ces lettres, ni trop longues ni trop courtes, faciles à lire, offrent une bonne introduction pour le lecteur qui n’aura jamais lu un texte des auteurs pré-cités. Sébastien Roussillat n’a gardé que ce qui l’a inspiré lui. En clair, il nous livre une présentation subjective des 12 sages chinois, ce qui a fait sens pour lui. Les désaccords que peuvent avoir entre-eux les 12 destinataires des lettres sont donc rapidement balayées et cela fait de l'ouvrage un tout cohérent et inspirant.

Chaque lettre peut aussi se lire et se méditer en elle-même, ce qui fait du livre un compagnon adapté à de multiples circonstances : vous pouvez piocher dans une lettre pendant un trajet en bus ou le lire d’un seul trait. L'auteur le signale dès le début de l'ouvrage : ce livre ne doit "en aucun cas" être "considéré comme un essai ni un traité de philosophie" mais doit servir au lecteur qui veut "butiner sans autre but que de chercher des enseignements par-ci par-là" pour aborder "une autre façon de voir les choses".

Les Chinois ne s’embrouillent pas dans des raisonnements métaphysiques

Un voyage en Chine et dans sa langue. Le livre nous propose également de voyager à travers une multitude de chemins. Un voyage dans l’histoire de la pensée chinoise, évidemment. Mais aussi dans la Chine contemporaine, à travers les pérégrinations de l’auteur, qui nous invite à contempler avec lui les paysages qu’il traverse, ne serait-ce qu’en imagination. Un voyage dans la langue chinoise, enfin, source infinie d’inspiration en elle-même, comme en témoigne ce passage : "Le verbe être n’existe pas. Les Chinois ne semblent pas en avoir l’utilité. Ils ne s’embrouillent pas dans des raisonnements métaphysiques pour tenter d’expliquer quelque chose (l’être) perçu dès le début comme inexplicable".

Une plongée dans la vie de l'auteur. Tout au long de l’ouvrage, l’auteur partage également avec nous ses rencontres, ses doutes et ses prises de conscience. Il mêle son érudition au récit de sa vie, fait le lien entre ce qu’il a appris et ce qu’il a vécu. Chaque lecteur trouvera facilement un ou plusieurs passages pour s’identifier à lui. Sébastien Roussillat nous raconte ses expériences, et ce que cela a changé en lui : "J’ai commencé à méditer sans me demander pourquoi ni chercher à atteindre quelque chose.  Puis j’ai été surpris, parfois, à plusieurs reprises, de voir que mon corps se remettait d’aplomb inconsciemment, et que mes pensées couraient un peu moins vite dans ma tête et que j’arrivais à me calmer".

CE QUE NOUS AVONS MOINS AIME

Des lourdeurs et des généralités. Sébastien Roussillat est meilleur pédagogue qu’écrivain. Le livre contient, donc, quelques lourdeurs qui, si elles n’enlèvent rien à la clarté du message, diminuent parfois le plaisir de lecture. On aurait aimé, par exemple, peut-être un peu moins de détails sur sa vie et ses états d’âme, et davantage d’explication de la pensée des auteurs.

Cette remarque ne vaut pas pour toutes les lettres. Mais la lecture de certaines d’entre elles peut parfois s’avérer décevante. Après une introduction intéressante aux pensées de Lao Tseu et Confucius, par exemple, le lecteur peut être déçu par la troisième lettre sur Su Dongpo : le chapitre donne davantage de détails sur le contexte dans lequel Sébastien Roussillat a "vécu" et "dialogué" avec le penseur bouddhiste que d’explications sur sa pensée ou de conseils pour apprendre ses techniques de méditation. En outre, s'il semble connaître la société chinoise sur le bout des doigts, Sébastien Roussillat n'évite pas quelques fois de tomber dans des généralités, à commencer par le titre lui-même (tous les Chinois sont-ils vraiment "sages" ?).

Une subjectivité assumée, mais un peu frustrante. Enfin, l’auteur prend le parti de ne retenir que ce qui, pour chacune des 12 figures, l’a inspiré dans sa propre vie. Comme nous l'avons dit plus haut, cela est totalement assumé et ce livre n'a pas pour objectif d'être étudié à l'université. Mais le lecteur un minimum soucieux de connaître la pensée des 12 penseurs présentés dans l'ouvrage peut tout de même rester sur sa faim, voire même passer à côté de notions clés qui ne sont pas abordées (la place de la volonté personnelle chez Lao-Tseu et Confucius, par exemple). En d’autres termes, le regard subjectif, qui fait la force de l’ouvrage (la simplicité, l’incarnation des idées des 12 sages dans la vie de l’auteur, les récits de ses voyages), en constitue aussi, en quelque sorte, le principal défaut (lourdeurs, parti pris, introduction incomplète etc.).