"Yves Saint-Laurent dessinait des robes à sa mère pour qu'elle le regarde"

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Marianne Vic, la nièce du célèbre couturier Yves Saint Laurent publie "Rien de ce qui est humain n’est honteux". Un récit troublant dans lequel elle raconte les secrets d’une famille devenue une dynastie. 

INTERVIEW

Un livre pour briser la malédiction. Celle d’une famille où aucun des enfants ne fut désiré, où le secret du viol et de l’inceste a pesé sur toutes les générations. Cette histoire, c’est celle d’Yves-Saint-Laurent et des siens. Marianne Vic, la nièce du grand couturier, en a fait un roman, Rien de ce qui est humain n’est honteux, publié aux éditions Fayard.

Récit ou roman ? Ce roman n’a pourtant rien de fictif, il raconte une tragédie bien réelle. Celle de la mère d’Yves Saint Laurent née d’un viol et qui fut, adolescente, elle-même, violée par son beau-père.

"Je me suis posé cette question d’appeler mon livre récit ou roman, explique Marianne Vic, invitée de l’émission d’Isabelle Morizet, Il n’y a pas qu’une vie dans la vie, dimanche sur Europe 1. Mais il y a également dans le terme de roman une mise à distance. Et je me suis dit qu’une personne de ma famille ou quelqu’un d’autre de très proche de mon oncle aurait écrit une toute histoire s’il avait eu connaissance de ces faits".

"Pourquoi moi ?" Ces faits, Lucienne Saint-Laurent, la mère d’Yves Saint-Laurent et la grand-mère de Marianne Vic, a choisi de les raconter à sa petite fille. Un certain 25 mars 2002, la grand-mère déjeune en tête à tête avec elle. Elle en fait la dépositaire de tous ses secrets.

"Devant la violence des faits qui m’ont été révélés, je me suis dit : 'pourquoi moi' ?", confie Marianne Vic. "J’en ai parlé à un ami psychanalyste qui m’a expliqué que souvent les secrets passaient au moins une génération".

Réhabiliter la mère d'Yves Saint Laurent. A la différence d'Yves Saint Laurent qui a toujours entretenu des rapports compliqués avec sa mère, Marianne Vic était, elle, très proche de sa grand-mère. "Cette mère, qui a été terrible pour ses enfants, a été une vraie grand-mère pour moi", confirme la nièce du couturier. "Ce livre, c’est aussi une façon de la réhabiliter, car elle avait une très mauvaise réputation. Cela permet aussi d'expliquer son comportement un peu hors norme".

Un comportement hors norme avec son fils, notamment. "Entre eux, il y avait un mélange de haine, d'amour et d'adoration", explique la nièce du couturier. "Yves Saint Laurent n'a jamais pu trouver la juste distance par rapport à cette mère toxique pour lui", analyse-t-elle.

"Il lui dessinait des robes". Le couturier n'a d'ailleurs eu de cesse de dessiner des robes à Lucienne. "Il savait qu'elle aimait ça", rappelle Marianne Vic. "En lui proposant toutes ces robes, sa mère le regarderait enfin. Et elle a commencé à le regarder à partir du moment où il est devenu célèbre, pas avant, contrairement à ce que voudrait la légende".

Reste, au terme de la lecture du roman de Marianne Vic, une question : Yves Saint Laurent serait-il devenu Yves Saint Laurent sans cette histoire familiale si singulière ?