Philippe Sollers : "Y a t-il du vin ailleurs qu'à Bordeaux ? J'en doute"

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Impliqué dans l'exposition "Bistrot ! de Baudelaire à Picasso", le romancier raconte l'art de se trouver au café. Et disserte sur le vin, de manière à dresser contre lui tous les amateurs de Bourgogne.

INTERVIEW

Zinc, comptoirs, apéros... jusqu'au 21, juin la Cité du vin de Bordeaux marie l'art et les bistrots en montrant comment les cafés ont influencé les artistes. L'écrivain Phiippe Sollers, en tant que membre du comité scientifique de l'exposition "Bistrot ! de Baudelaire à Picasso", était l'invité de l'émission C'est arrivé cette semaine.

"Je suis un fanatique". S'il a accepté cette mission, c'est que Philippe Sollers vient de Bordeaux. "J'ai compris tout de suite l'importance du vin. Je regardais les vignes avec beaucoup de curiosité. Y a t-il du vin ailleurs qu'à Bordeaux ? J'en doute. Je ne crois pas. Il paraît qu'il y en aurait en Bourgogne, mais c'est de la propagande et de la publicité", s'exclame l'écrivain, fier, voire avide de se faire des ennemis. "Je suis un fanatique, pour moi, c'est le centre du monde", avance-t-il.

L'absinthe de Verlaine. Outre l'outrecuidance de cette déclaration, le romancier en revient à l'exposition. Et s'éloigne un peu du vin. Car au café se réunissaient les artistes aussi bien pour bavarder que trouver l'inspiration avec divers liquides dans les veines. Car il n'y a pas que le vin. Les images sont innombrables. "La photo la plus célèbre d'un poète au café, c'est celle de Verlaine devant son absinthe. On a l'impression qu'il est là depuis des siècles et qu'il ne va pas bouger, alors que Rimbaud est parti très loin". 

Entendu sur Europe 1
Y a t-il du vin ailleurs qu'à Bordeaux ? J'en doute. Je ne crois pas. Il paraît qu'il y en aurait en Bourgogne, mais c'est de la propagande et de la publicité.

Des lieux d'observation. L'auteur évoque aussi Picasso, Sartre et Beauvoir et une autre vertu du café, celle d'être un lieu chauffé. Les bars sont aussi de tous temps d'excellents postes d’observation, souligne-t-il. "Je regarde les gens qui sont là. La moindre des attitudes me renseigne sur leur vulgarité ou leur élégance. Il faut regarder les femmes, elles animent ou pas le lieu où l'on se trouve. Sinon, il y a des hommes d'affaires, de tout, des gens préoccupés par des conversations et des gens de plus en plus plongés dans leur portable, en train d'essayer d'entrer en communication, de passer au digital, de ne plus lever le nez de ce petit écran qui les mobilise intégralement (...) S'ils lèvent la tête, voient-ils encore qu'il y des arbres ?", s'interroge-t-il, poète mélancolique. Une mélancolie qui n'a d'égal que son énervement face aux diktats de modération.