Michel Blanc : "Comme je ne m’aimais pas, j’avais envie de jouer des personnages qui n’étaient pas moi"

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La page des Bronzés et de la caricature de son physique est depuis longtemps tournée pour l'acteur qui est à l'affiche du film Un petit boulot, avec Romain Duros.

INTERVIEW

Malingre, hypocondriaque… en un mot looser. Tel un Jean-Claude Dus sur son télésiège, Michel Blanc a longtemps été au cinéma un homme qu’il n’était pas dans la vie. "J’avais un physique quand j’étais adolescent et post-adolescent qui me bloquait dans certains rôles. Puis, à partir de la trentaine, ça a un peu évolué". Son physique de "pré-vieux" ne devient plus encombrant, comme il le confie dans l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie

De Neuilly au Splendid. Adolescent, Michel Blanc est "mal dans [s]a peau. Et quand on est mal dans sa peau, on n’est pas très séduisant, quel que soit son physique d’ailleurs", commente l'acteur. De manière assez paradoxale, c'est ce désamour qui est la raison de son exposition : "Comme je ne m’aimais pas, j’avais envie de jouer des personnages qui n’étaient pas moi, c’est à dire, d’être quelqu’un d’autre." Le comédien est aussi très timide, à l'époque. Pourtant, lorsqu’il faut jouer Les Précieuses ridicules en 3e, le bras de Michel Blanc se lève presque malgré lui. "J’ai fait rire, je me suis senti bien et je me suis dit : 'il n’y a que là que t’es bien dans la vie'." Alors qu"il grandit à Puteaux, il entre au lycée Pasteur à Neuilly grâce à ses bons résultats scolaires. Il y rencontre "des gens extraordinaires" . Dont Gérard Jugnot, qui était avec lui en classe. Les deux compères ont envie de monter quelque chose ensemble. Jugnot connait Lhermitte et Clavier qui jouent un spectacle à la maison des jeunes de Neuilly. Il faut une première partie. Clavier et Lhermitte  font alors passer une audition à leurs deux camarades !

Le piano 7 heures par jour. Mais à 20 ans, le futur comédien a une autre passion : le piano. Il s’enferme sept heures par jour pour travailler dans sa chambre, dont les murs sont recouverts de liège pour amortir le bruit. "Je voulais savoir si je pouvais rattraper le temps perdu. Après un an, les progrès n’étaient pas suffisants". Il ne regrette pas, même si au moment d'arrêter l"instrument, il a l'impression de vivre "une séparation sentimentale". Le comédien en herbe rejoint tout de suite ses camarades, qui avaient commencé les cours d’art dramatique avec une prof géniale, Tsilla Chelton, alias Tatie Danielle. "Elle ne nous a pas appris à être bons, elle nous a appris à travailler." Ce sont alors les débuts du Splendid même si, quand Les Bronzés sortent, Blanc a déjà une quinzaine de films à son actif dont La meilleure façon de marcher de Claude Miller.

"L'inhibition d'écrire une pièce". L'acteur est le premier à quitter la troupe, après avoir réalisé la comédie Marche à l’ombre, un succès à six millions d’entrées. Ce premier film, à la trentaine à peine dépassée, sonne comme une prise de conscience pour l'acteur : "Je me suis dit que c'était la fin de ma période café-théâtre." En plus de ses talents face caméra, Michel Blanc adapte des pièces, écrit des scénarii. Il a d'ailleurs côtoyé Françoise Sagan, avec qui il a préparé la mise en scène de L’effet contraire. "Elle était passionnante, fascinante de culture et de folie", dit-il d'elle. Lui ne veut pas se lancer dans la littérature, qui reste, et préfère l'éphémère. "Un scénario sera jeté à la poubelle quand le film sera fait. Adapter une pièce, ça me va parce que ce n’est pas moi qui ai imaginé." Pourtant, l'envie est là. "C’est mon rêve d’écrire une pièce. C’est terrible, j’ai une inhibition."

Caïd dans son dernier film. En attendant, il travaille à l'écriture d'un nouveau scénario, continue de voyager. Il est fan de l’Angleterre, un peu grâce à un "héros d’enfance, Sherlock Holmes, qui m’a donné le goût de l’Angleterre". Citadin pur jus et presque apeuré par la campagne, il a découvert New York, Hong Kong, puis Shangaï." En plus de parcourir le monde, il aime déménager mais dit avoir mis un frein à son errance nomade pour sa compagne. Sur les écrans, il est à l'affiche avec Romain Duris d'Un petit boulot. Dans ce film pour lequel il a signé le scénario, l'adaptation et les dialogues, il campe un caïd qui demande à un chômeur d'assassiner sa femme. Les rôles ont, comme il le disait, beaucoup changé. On est bien loin de Jean-Claude Dus.