La méthode Depardon en 5 photos

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La méthode Depardon en 5 photos
Autoportrait au Rolleiflex (posé sur un mur)-1er scooter de marque Italienne "Rumi", avec étiquette de presse sur le garde-boue. Île Saint-Louis. Paris, 1959 - 25 x 25 cm.@ Raymond Depardon / Magnum Photos
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Le Grand Palais choisit la couleur pour entrer dans l’œuvre du photographe. Le commissaire de l’exposition, Hervé Chandès, commente cinq clichés pour Europe1.fr. 

La couleur comme fil conducteur.  Chez Depardon, la couleur est intimement liée à l’enfance. Jeune homme, il photographie sa mère, des animaux de la ferme de ses parents, le tracteur rouge et même, la toile cirée de la cuisine.  150 photographies en couleur, la plupart inédites : c’est ce qui attend le visiteur au Grand Palais, à partir du 14 novembre. L’exposition Raymond Depardon : Un moment si doux s’intéresse essentiellement au coloriste, des années 50 à aujourd’hui.

Du choc des images à la douceur. Raymond Depardon, 71 ans, à qui l’on doit le portrait officiel de Président de la république, a commencé sa carrière comme photoreporter. La couleur est alors liée au reportage, au choc de l’événement. Les années 2000 marquent un changement d’approche : la couleur s’impose désormais avec plus de douceur dans son œuvre. Ce nouveau regard, plus intériorisé, plus silencieux, se manifeste notamment lors de ses voyages en Ethiopie, en Amérique du Sud ou dans les palmeraies tchadiennes.

>>> Le commissaire de l’exposition, Hervé Chandès, commente cinq clichés qu’il a sélectionné pour Europe1.fr : 

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Van-Tao, Vietnam. 1972 -170 x 247 cm - Raymond Depardon / Magnum Photos

" Il s’agit d’une image ancienne. Elle se trouvait dans une boîte, bien rangée avec d’autres clichés qui datent aussi des années 70. Raymond Depardon est très jeune à ce moment là. Il a une vingtaine d’années et commence à voyager loin. Il se trouve alors au Vietnam. L’homme qu’il prend en photo ici est un journaliste, comme lui, qu’il saisit dans un moment d’intimité. Il y a donc quelque chose d’autobiographique dans ce cliché. C’est une sorte d’autoportrait. L’image est également très intéressante pour sa dramaturgie. Il y a quelque chose de "lynchéen" dans cette photo ! On perçoit immédiatement le grand coloriste que Depardon est déjà. "

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Raymond Depardon - Autoportrait au Rolleiflex (posé sur un mur)-1er scooter de marque Italienne "Rumi", avec étiquette de presse sur le garde-boue. Île Saint-Louis. Paris, 1959 - 25 x 25 cm
© Raymond Depardon / Magnum Photos

"C’est le tout jeune homme qui est sidérant dans cette image. Depardon a 16 ou 17 ans. C’est un autoportrait d’un tout jeune homme qui se questionne déjà sur lui-même. Il vient d’arriver à Paris. Jeune photographe, il apprend son métier. Il découvre Paris, une manière de s’habiller, de se déplacer. Ce qui frappe dans cette photo, c’est l’élégance. La sienne, celle de son costume et même, celle de son scooter, considéré comme très chic à l’époque ! Il y a presque tout Depardon dans cette image. Cette photo, c’est quelqu’un qui commence. Quelqu’un qui est déjà à la fois dans l’introspection et tourné vers l’extérieur. "

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Raymond Depardon Campamiento "Che Guevara", Faubourg sud de Santiago, Chili, 1971 51 x 34 cm © Raymond Depardon / Magnum Photos 

 " On est au Chili chez les Indiens Mapuches. Raymond Depardon a 28 ans au moment où il prend cette photo. Il est parti au Chili parce que c’est l’élection du président Allende. Les Indiens se battent pour une réforme agraire, qui leur donnerait le droit de travailler sur leurs terres ancestrales. Cette photo correspond à une rencontre, celle avec l’Amérique latine, et avec les Indiens. Ces gens qui travaillent la terre lui rappellent la ferme où il a grandi. Il y a toujours chez Depardon, " par la grâce de la lumière ou de la couleur " dit-il lui-même, un rapport aux origines. Il retournera souvent filmer les Indiens, qui le fascinent. " 

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Raymond Depardon Harar, Éthiopie, 2013 170 x 203 cm © Raymond Depardon / Magnum Photos 

" Cette image est très récente puisque Depardon a pris cette photo en 2013. Il se trouve à Harar, en Ethiopie. Depardon se sent bien en Ethiopie. Il s’y rend régulièrement. Il a tenu à faire des photos dans des endroits qui lui sont chers, à Los Angeles, en Ethiopie, en Amérique Latine ou au Tchad notamment. Lorsqu’il prend cette photo, il vient de passer dix jours à Harar. Il est dans l’attente, et puis cette photo survient, avec l’apparition de cet homme. Il y a quelque chose qui frappe dans ce cliché et en général chez Depardon : il a toujours un regard très classe. Il donne de l’élégance à ceux qu’il photographie. C’est le cas de ce monsieur, habillé en blanc.  Cette photo, c’est l’apparition d’une élégance, un mot qui va comme un gant à Depardon. " 

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Raymond Depardon Puerto Eden, Chili, 2007 45 x 34 cm © Raymond Depardon / Magnum Photos 

"Ce cliché est lié à un voyage. On est au Chili, chez les Indiens Kaweskars, derniers amérindiens chiliens. Depardon se trouve à cet instant sur une toute petite île, chez une dame qui s’appelle Gabriella, et qui est la dernière femme à parler le Kaweskar. Cette femme, il l’a filmée dans son documentaire Donner la parole. Elle dit quelque chose de très beau : "Une fois que je serai morte, qui pourra nommer les choses ?"

Là encore, ce cliché emblématique de son travail, manifeste le coloriste, dans une photo très silencieuse, très introvertie. Depardon est quelqu’un qui s’intéresse au réel, avec toujours, ce regard en retour sur lui-même. 

Raymond Depardon : Un moment si doux, exposition au Grand Palais, du 14 novembre 2013 au 10 février 2014.