Kathryn Bigelow : "Quand il y a des réactions et des critiques, je les entends"

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Dans son dernier film, la réalisatrice traite des émeutes raciales de Detroit, en juillet 1967. Aux Etats-Unis, le film a provoqué l'ire de certains critiques pour qui une femme blanche ne peut pas raconter une telle histoire.

Après la traque de Ben Laden dans Zero Dark Thirty (2012), Kathryn Bigelow s'attaque aux émeutes raciales de Detroit de juillet 1967. Son film, du même nom que la ville, en salles le 11 octobre prochain. La réalisatrice s'est attachée particulièrement à un événement au cœur de ces jours tragiques. Dans la nuit du 26 au 27 juillet, une poignée de policiers racistes soumettent des clients noirs d'un hôtel à un interrogatoire sadique pour leur extorquer des aveux. Lors de la sortie du film aux Etats-Unis, en août dernier, l’appropriation de ces événements par la réalisatrice a suscité la polémique dans certains médias. Au cœur du problème, la question raciale.

"Les cinéastes blancs peuvent-ils raconter l'histoire de 'Détroit' ?". C'est Variety qui, avant même la sortie du film, avait allumé la mèche dans une tribune où le critique Owen Gleiberman s'interrogeait : "les cinéastes blancs peuvent-ils raconter l'histoire de 'Détroit' ?". "Owen se pose la question de savoir si Kathryn Bigelow est la meilleure personne pour raconter cette histoire dans la mesure où elle est blanche, où elle a été élevée dans un milieu très bourgeois et qu'elle a fait ses études à Columbia", explique Elsa Keslassy, correspondante en France pour Variety, dans Melting Pop sur Europe 1.

"La polémique est née du fait que c'est un film qui a été écrit, réalisé, monté et produit par des blancs. (...) Owen s'est demandé si des réalisateurs noirs de talent avaient eu la même opportunité pour réaliser cette histoire", précise la journaliste. D'autres médias ont également mis en cause Kathryn Bigelow. Richard Brody, du New Yorker, a ainsi jugé le long-métrage de la cinéaste "immoral".

"Réceptif à ces inégalités raciales". Agacée par cette polémique, Kathryn Bigelow a tout de même répondu sur la question au micro d'Europe 1. "Quand il y a des réactions et des critiques, je les entends. (...) Il y a certainement des privilèges dans la communauté blanche qu'il faudrait remettre en question", confie-t-elle. "Il faut être réceptif à ces inégalités raciales qui font que l'on puisse être critiqué."

"Vous êtes tout à coup un noir américain". François Durpaire, université et historien spécialiste des États-Unis, a vu le film de Kathryn Bigelow. Dans Melting Pop, il donne son avis. "Elle a été chercher l'histoire pour dire : 'voilà la situation aujourd'hui aux États-Unis. Il y a une minorité de blancs racistes, (...) mais la majorité des blancs en 2017 sont plus attachés à l'ordre qu'à la justice, donc on va les mettre dans la peau des noirs américains'", analyse François Durpaire, séduit par le film Detroit.

"Quand vous assistez à ce film en tant que blanc américain, vous êtes tout à coup - dans ce huis-clos - un noir américain", poursuit le spécialiste. (...) "L'Américain blanc comprend ce que sont trois siècles de domination, d'esclavage, de ségrégation et que ce pays-là ne peut pas avoir tourné la page avec l'élection d'un président noir."