Jean-Pierre Jeunet : le cinéma qu'il aime et… celui qu'il aime moins

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Invité d'Isabelle Morizet, le réalisateur français a livré sa vision du cinéma, de ses coups de foudre à ses rejets profonds.

INTERVIEW

Il a connu un succès planétaire avec Le fabuleux destin d'Amélie Poulain. Le cinéaste français Jean-Pierre Jeunet était l'invité de l’émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie alors qu'une exposition lui est consacrée à la Halle Saint-Pierre à paris.

Ce qu'il aime

>> Les films qui l'ont ébloui ado. Deux films ont eu pour Jean-Pierre Jeunet un impact particulier, notamment au niveau de la "forme" des films. Il cite d'abord Orange mécanique, de Stanley Kubrick (1971), vu quatorze fois en salles à sa sortie ! "Aujourd’hui, quand je le revois, je me dis 'mais comment pouvait-on faire un film aussi violent, aussi malsain, à l’époque ?'." Mais plus que la violence à la sortie du film, c'est l'utilisation de la musique et des ralentis qui scotchent le cinéaste en devenir.

Il était une fois dans l'ouest de Sergio Leone (1968) fut la seconde claque du jeune cinéphile. "J’avais 17 ans, j’étais aux Sables-d’Olonne et des vieilles copies passaient dans les cinémas. Je n’ai pas pu parler pendant trois jours, j’étais en état de choc", dit-il avant de citer "les gros plans dans les yeux de Charles Bronson, l’utilisation de la musique, des effets sonores, la caméra qui s’envole sur la musique quand Claudia Cardinale arrive à la gare".

>> L'animation. Jean-Pierre Jeunet garde une tendresse particulière pour l'animation. C'est par ce biais qu'il s'était fait connaître et qu'il avait remporté un premier César en 1981 pour Le Manège. Il s'était lancé dans l'aventure avec son acolyte Marc Caro, auteur de BD au départ, et avec lequel il a réalisé par la suite Delicatessen (1991) ou La Cité des enfants perdus (1993). "Quand on n’est pas du sérail, qu’on habite en province, c’est compliqué de pénétrer le milieu du cinéma. L’animation est plus accessible, vous faites ça tout seul dans votre cuisine." Le réalisateur se déclare aussi un grand fan de Pixar (la série des Toy Story, des Cars, etc.).

>> Ses derniers coups de cœur. Tombé dans la magie du cinéma dès l'enfance en voyant une caméra Super 8, Jean-Pierre Jeunet n'a jamais perdu le plaisir de "fabriquer, bricoler" ses films. Il reconnaît en revanche moins fréquenter les salles obscures. "Au bout d’un moment, on voit les références, on sait d’où ça vient. On est moins surpris." Il dénombre néanmoins trois films récents qui l'ont transporté. "Le dernier grand flash que j’ai eu, c’était Whiplash de Damien Chazelle (2014), peut-être aussi le dernier Mad Max (Mad Max : Fury Road, 2015) je connais bien George Miller et il m’a épaté à 72 ans. Et puis aussi Carol (Todd Haynes, 2015), un très beau film avec Cate Blanchett."

Ce qu'il n'aime pas

>> Le cinéma des frères Dardenne. Il l'avoue sans détour : le cinéma des frères Dardenne n'est pas sa "tasse de thé du tout". "Je ne saurais pas faire ça, je n’aurais pas envie de faire ça. J’ai l’impression que pour reproduire la réalité, c’est plus intéressant de faire des documentaires."

>> Les comédies musicales  : une réaction épidermique. Entendre parler du cinéma de Jacques Demy, par exemple, fait frémir Jean-Pierre Jeunet. Pourtant, il a autorisé une comédie musicaleAmélie Poulain à Broadway, mais en prenant bien soin de ne pas s'occuper de l'évolution du projet. Toujours avec franchise, il explique avoir accepté le projet pour raison pécuniaire. "J’ai utilisé l’argent pour une association que je défends, Mécénat chirurgie cardiaque." Mais au-delà de cet aspect caritatif, point de salut pour le genre. "Je ne peux pas, c’est physique, j'ai la chair de poule. Je ne comprends pas qu’on chante pour demander 'passe-moi le sel'", tacle le cinéaste. Pas sûr, donc, qu'après avoir aimé Whisplash, il se soit rué dans les salles pour voir La La Land, du même Damien Chazelle…

>> Chaque samedi et chaque dimanche, retrouvez l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie, de 16h à 17h sur Europe 1.