Jacques Audiard : "les acteurs américains ont un très grand savoir technique"

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Le réalisateur français s'apprête à sortir dans les salles hexagonales Les Frères Sisters, un western tourné aux Etats-Unis. Il a raconté à Patrick Cohen, dimanche sur Europe 1, les spécificités du travail d'acteur outre-Atlantique.

INTERVIEW

C'est la première fois qu'il franchit le pas. Jacques Audiard a tourné son dernier film, Les Frères Sisters, intégralement en langue anglaise avec quasiment que des acteurs américains. Alors que le long-métrage sort le 19 septembre dans les salles obscures françaises, le réalisateur est revenu, au micro de Patrick Cohen, dimanche, sur Europe 1, sur cette expérience pleine de surprises... et de satisfaction.

L'idée d'un autre. Jacques Audiard a d'autant plus étroitement travaillé avec ses acteurs que c'est l'un d'entre eux, John C. Reilly, qui lui a soufflé l'idée du film. "C'est lui qui est venu me trouver avec le roman" de Patrick DeWitt dont est tiré le film, raconte-t-il. "Pour moi, c'est assez original car c'est la première fois de ma vie que quelqu'un me propose une idée qui n'est pas de moi." Par la suite, Jacques Audiard reste en contact régulier avec son casting, mais sans voir personne, du fait de la distance géographique. Et c'est lorsqu'il retrouve les comédiens sur le plateau de tournage qu'il est le plus impressionné.

Les acteurs viennent "avec des propositions de personnage". "Les acteurs américains sont des gens qui travaillent beaucoup donc quand ils viennent sur votre film, c'est sur une durée limitée", explique-t-il. "Donc ils vont travailler avant, créer eux-mêmes des propositions de personnage. Quand ils arrivent ils sont opérationnels, tout à fait constitués. Comme s'ils étaient propriétaires du personnage pour une durée limitée. Cela agit comme une surprise. Le fait d'avoir des propositions qui ne sont pas de moi, je trouve ça original." Et le réalisateur constate également, visiblement ravi, que "ça ne veut pas dire que cela s'inscrit dans une rigidité, que [les comédiens] auront du mal à abandonner telle ou telle chose". Au contraire, "ils sont absolument plastiques. L'acteur de cinéma américain est une chose particulière, il a un très grand savoir technique."

Les westerns qui m'ont touché sont ceux des années 1970. Ils ne sont plus dans le mythe, mais dans l'actualité.

Le cinéaste a d'ailleurs un exemple en tête : celui de Jake Gyllenhaal, qui interprète l'un des deux frères du titre. "Il m'a posé des questions sur son personnage de dandy de la côte est, en me demandant comment on parlait à cette époque. J'étais un peu démuni donc il est allé voir un linguiste de Columbia et il est revenu avec tout son scénario en phonétique." 

Attiré par les westerns des années 70. Bien que Les Frères Sisters soit un western, Jacques Audiard admet ne pas être d'abord attiré par les grands classiques du genre. "Le western est un lieu cinématographique sensible", souligne-t-il. "Les westerns qui m'ont touché sont ceux des années 1970, qui ont pris en compte énormément de choses de la société américaine. Ils ne sont plus dans le mythe, mais dans l'actualité. Quand on regarde des films comme Jeremiah Johnson, Little Big Man ou Missouri Breaks, ce sont des westerns contemporains d'Apocalypse Now ou The Deer Hunter [Voyage au bout de l'enfer en français], très modernes. C'est ça qui m'intéresse." Et le cinéaste de confier que, selon lui, le "dernier grand western", véritable "chef-d'oeuvre", est le No country for old mendes frères Cohen.

La principale difficulté : les chevaux. Et c'est précisément l'un des deux frères, Ethan, qui a donné un conseil indispensable à Jacques Audiard avant que celui-ci se lance dans l'aventure d'un film aussi complexe que Les Frères Sisters. "J'avais dîné avec [lui], qui venait de faire True Grit. Je lui ai demandé quelles étaient les difficultés du tournage d'un western. Il a réfléchi cinq secondes et m'a dit : 'les chevaux'." Un conseil on ne peut plus utile. "C'est vrai que c'est beaucoup plus difficile de parler à un cheval qu'à un acteur et l'acteur vous donnera plus de satisfaction que le cheval", observe aujourd'hui le réalisateur français. "C'est un animal énorme et incontrôlable. La prochaine fois je prendrai des poneys."