Isabelle Huppert : "J’aime penser que l’anonymat est une chose possible"

  • A
  • A
Partagez sur :

L'actrice revient dans le second film du réalisateur Bavo Defurn où elle joue une chanteuse retombée dans l'anonymat et devenue ouvrière.

INTERVIEW

Nommée aux Golden Globes pour Elle de Paul Verhoeven, Isabelle Huppert était l'invitée d'Un dimanche de cinéma pour évoquer son nouveau film, Souvenir. Dans ce long-métrage, en salles mercredi 21 décembre, Isabelle Huppert est Liliane, une anonyme qui travaille dans une usine. Un jeune homme joué par Kevin Azaïs croit alors reconnaître en elle une ancienne chanteuse de l'Eurovision.

"Pas de côté radical". Pour ce nouveau rôle, Isabelle Huppert a renoué avec la chanson dont elle avait déjà fait l'expérience dans 8 femmes de François Ozon. Cette fois-ci elle chante Je dis oui ! de Pink Martini. Le leader du groupe, Thomas Lauderdale, a beaucoup travaillé avec l'actrice, et a adapté les musiques du film à sa voix. Ce qui a attiré Isabelle Huppert dans le projet, "c’est cette femme qui était une chanteuse connue et qui a fait un pas de côté pour le moins radical puisqu’elle est devenue ouvrière. C’est quelque chose de très improbable qui devient vraisemblable par la mise en scène qui est à la frontière entre l’onirisme et la fable sociale. C’est un mélo assumé, avec le choix des costumes, des couleurs, des décors", avec un côté kitsch traduit par l'affiche du film aux tons roses shootée par Pierre & Gilles.

L'échec et le succès. L'actrice a été touchée par le fait que son personnage disparaisse et que cette femme devienne "aussi inatteignable que si elle avait atteint le firmament du succès. Dans le film, on ne sait pas quelle est la part volontaire et involontaire, entre ce qu’on subit et ce qu’on décide. Tout le film propose une partition un peu plus sinueuse, plus grave qu’il n’y paraît sur le parallèle inversé entre l’échec et le succès, la difficulté à avoir supporté un échec passé." Car le personnage principal du film doit supporter le fait d'avoir terminé deuxième du concours. "C’est un peu la Poulidor de la situation. Elle n’a pas eu le sentiment d’un accomplissement total mais quand il s’agit de revenir peu à peu dans la lumière, poussée par ce jeune homme dans un premier temps, puis par l’amour qu’il va lui porter, il y a autant de difficultés à supporter le poids de ce succès possible."

Le bien et le mal plus flous au cinéma. Mondialement reconnue, la comédienne ne "lutte pas" pour l'anonymat mais "aime bien penser que c'est une chose possible." Rien n'est moins sûr avec plus de cent films et peu de fausses notes. Au regard de sa filmographie, l’actrice refuse l'étiquette de celle qui n'interprète que des personnages extrêmes. "J’ai joué aussi des choses plus légères. Tout le monde est blanc et noir. Je pense que c’est plus facile de jouer cette mosaïque de sentiments contradictoires car le cinéma le permet de plus en plus. Avant, le bien et le mal étaient plus clairement identifiés, maintenant quelque chose circule de manière un peu plus floue. On a l’impression d’être plus proche d’une vérité. C’est plus facile d’être juste."