Elie Semoun : "Je reste un dépendant affectif"

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Derrière le rire, le grave. Et surtout l’introspection. Très connu comme humoriste, on connaît moins Elie Semon en tant qu'acteur et chanteur. On le découvre carrément botaniste et fan de Wagner.

A 52 ans, Elie Semoun n'a "ni le look, ni la voix, ni le physique" d’un homme de cet âge. Il le dit lui-même dans l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie, sur Europe 1. Peut-être parce, même père d'un jeune Antoine, il pense être resté "un enfant un peu triste". Ce sentiment l'a envahi à la mort de sa mère, quand il avait 11 ans. "C’est une blessure qu’on ne peut pas refermer. On avance tous dans la vie avec des fêlures, des valises qui pèsent des tonnes. Je ne suis vraiment pas le seul." Lui, s'est "réfugié dans l’humour. Paradoxalement, c’est ce malheur qui a fait que je suis devenu quelqu'un de drôle", analyse-t-il.

"Pas très amoureux" de lui-même. Jeune, il entre au conservatoire d’Anthony puis au théâtre de l’Atelier. Il persévère dans l'humour pour "plaire aux filles". Il y en avait une en particulier qu'il voulait séduire... "J’ai le même problème que tout le monde, je ne suis pas vraiment très amoureux de moi. Je me disais que je pouvais lui plaire en la faisant rire. Et je l’ai fait rire." Cousin de Patrick Bruel, il ne veut pas profiter de sa notoriété pour vraiment entrer dans le monde du spectacle. Sa vraie rencontre, celle qui le lance sur scène, c’est celle de Dieudonné. Ils s’entendent tout de suite. "On écrivait tout ensemble", avant l'indépendance et les dérapages de son ancien complice. Séparé, il fait ensuite appel à Franck Dubosc, un copain. 

Entendu sur Europe 1
"Ni particulièrement croyant, ni particulièrement catholique"

Avec le temps et des années de spectacles, il aborde "de moins en moins de sujets légers". "J’ai un djihadiste dans le spectacle, je me suis demandé si je le gardais ou si je le faisais sauter", lance-t-il au public dans son dernier show, A partager. Le rire se fait "libérateur" face à une société qu'il voit "anxiogène". Caustique, teigneux sur scène, il accorde une part prépondérante à la méditation dans sa vie privée. Il lit beaucoup, dont des romans d'amour comme La princesse de Clèves. Pour la deuxième année consécutive, il a fait une retraite à l'abbaye de Sénanque, dans le Vaucluse. "Pendant trois ou quatre jours, on laisse tomber ce maudit portable, on se retrouve soi-même. Ni particulièrement croyant ni particulièrement catholique", il s'avoue très ému par l'expérience. "On a besoin de sens, de savoir pourquoi on est là." 

"Quand on n'a pas de culture, on égorge des prêtres." Pour la connaissance de soi, encore une fois, Elie Semoun a aussi rencontré le curé de l’église de Sainte-Clotilde, à côté de l’Assemblée nationale. "On a parlé des failles que je peux avoir. C’est indispensable de se poser des questions." Il discute également avec un psychothérapeute. Fan de Wagner, il voit encore dans la musique une forme de méditation. "Il faut se nourrir, Il faut lire, réfléchir, résume-t-il. Quand on n'a pas de culture, on viole des gens, on égorge des prêtres", ajoute-t-il, grave. Lui comme s'il écoute Voltaire à la lettre, cultive enfin son jardin, entretien cinq ruches. Des activités qui comblent son "besoin de contrôler les choses" et lui donnent "l'impression de continuer son travail d'artiste".

"Je repousse la fin". On le connait sur scène dans des one man show, mais il aime aussi le cinéma. "J’ai plein d’amis qui font des films et qui ne pensent pas forcément à moi. C’est une période, c’est comme ça, ça va revenir, il suffira d’un film", philosophe-t-il. Chanteur aussi, il a deux albums à son actif, enregistrés sous l’impulsion notamment d’Henri Salvador. Un troisième opus est même en maturation. Toutes ces activités qui offrent des paillettes ne le trompent pourtant pas : "les applaudissements ne tiennent  pas les démons à distance. Je reste un dépendant affectif comme plein de gens dans notre métier." Lui qui a perdu une cassette sur laquelle était enregistrée la voix de sa mère a choisi un métier d’image, où tout reste. Je n’ai pas envie de mourir donc à fois que je crée, que ce soit dans mon jardin, devant mon ordinateur, lorsque que j’écris, que je chante, je repousse la fin."


>> Spectacle A partager, les 14 et 15 novembre et 6 et 7 décembre au Casino de Paris