David Hamilton, d’icône à paria

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David Hamilton, d’icône à paria
David Hamilton est décédé à l'âge de 83 ans, vendredi soir. @ Bernd WEISSBROD / dpa / AFP
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Le photographe britannique, décédé vendredi soir, est passé du statut d’idole des années 70 à paria, critiqué pour ses clichés de jeunes filles qui ont forgés sa légende. 

L’étoile du photographe David Hamilton aura scintillé très haut avant de s’éteindre entouré d’obscurité. Le Britannique, qui s’est suicidé vendredi soir à l’âge de 83 ans, a connu la gloire dans les années 1970, vendant des millions d’exemplaires de ses livres, puis la controverse au tournant des années 1990-2000.

Car au fil des décennies, ses clichés de jeunes filles en fleurs, d’abord acclamés pour leur style caractéristique, ont progressivement été la cible de vives critiques. Comme une métaphore de la vie d’un des photographes les plus connus du 20e siècle, star planétaire retrouvée morte dans son domicile parisien après avoir été accusée de viols par plusieurs de ses modèles.

Star des années 70. Né en 1933, David Hamilton ne se prédestinait pourtant pas à une carrière de photographe érotico-romantique. Après avoir suivi des études d’architecture, il devient rapidement directeur artistique dans la presse puis pour le magasin Le Printemps à Paris, où il s’est installé à l’âge de 20 ans. Ce n’est qu’en 1966, à 33 ans, qu’il se met à la photographie.

Son premier album, publié en 1971, fait sensation. Le Britannique met en scène des jeunes filles dans des décors fleuris et floutés, des couleurs bleutées et des lumières tamisées. Les critiques, dithyrambiques, parlent même de "flou hamiltonien" pour définir son style, comme le relève Le Figaro. Le succès est immédiat et colossal : ses dix premiers livres se vendent alors à des dizaines de milliers d’exemplaires chacun, sans compter les posters et cartes postales tirées de son œuvre. David Hamilton s’essaye ensuite au cinéma, avec une série de films érotiques dont le premier, "Bilitis", est sorti en 1977.

Une œuvre devenue sulfureuse avec le temps. Le photographe britannique est alors une icône pour toute une génération d’artistes. Lui-même confiera s’être inspiré de la peinture impressionniste et de l’œuvre controversée de Vladimir Nabokov, Lolita, l’histoire d’amour entre un homme d’âge mûr et une très jeune fille. Mais la mise en scène de nymphettes, parfois très dénudées, passe de plus en plus mal.

A partir des années 1990, son œuvre est vivement critiqué. Les affaires de pédophilie ont marqué l’opinion publique et les médias, qui y voient désormais des clichés sulfureux voire carrément pervers. "C’est la chasse aux sorcières depuis l’affaire Dutroux. Ce mec a tout foutu en l’air", lâchera David Hamilton dans un long portrait du Monde en janvier 2007.

Plusieurs accusations de viols. Les années s’écoulent et son œuvre est progressivement passé de mode, mais les questions demeurent : le Britannique a-t-il été attiré par ces jeunes modèles ? "Il y a du désir dans mes photos, bien sûr. L’art sans sexe n’existe pas. Mais demandez à Mona ou Gerturd (ses ex-femmes, ndlr), je suis un homme très sage. C’est tout dans la tête, ces fantasmes", répondait-il dans une interview au Parisien en avril 2015 en marge d’une exposition à Paris. Mais désormais, David Hamilton a remisé ses photos controversées de "femmes-fleurs" pour des clichés de "fleurs tout court", comme l’écrit joliment le quotidien.

Pourtant, son passé finit par le rattraper. Ces dernières semaines, le nom du Britannique réapparaît dans la rubrique faits divers. Plusieurs de ses anciens modèles, dont l’animatrice Flavie Flament, l’accusent de viol durant leur adolescence. Des accusations niées par David Hamilton, quelques jours avant son suicide. Le flou hamiltonien ne sera, peut-être, jamais dissipé.