Claude Brasseur : "C'est tout juste si on ne m’accusait pas d’inceste" après la sortie de Descente aux enfers

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A la veille d'une nouvelle expérience de scène, le comédien est revenu sur sa carrière, ses grandes réussites et ses moments chocs.

INTERVIEW

A 80 ans, Claude Brasseur se plie à un nouveau défi, celui d'être seul sur scène pour une lecture de L’indigent philosophe de Marivaux, dès le 1er mars au Théâtre de l’atelier. L'enfant du cinéma à la riche carrière n'en éprouve pas moins un certain trac, comme il l'a confié samedi dans l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie.

Sept générations de comédiens. Enfant unique, Claude Brasseur est aussi un enfant de la balle. Avant même d'être son père et sa mère, Pierre Brasseur et Odette Joyeux sont des acteurs qui "n’ont jamais envisagé une vie familiale." Jeune garçon, Claude Brasseur vit au milieu des personnalité de l'époque : Louis Jouvet, Jean-Paul Sartre, Jean Anouilh, Jean Villard, Yves Montant ou Simone Signoret. Il a même Ernest Hemingway pour parrain. Dans une dynastie de comédiens de père en fils sur sept générations, il n'échappe pas à la vocation, mais ne veut pas dire pour autant à ses parents qu'il souhaite devenir comédien. Il pense même garder le nom d'Espinasse et abandonner le pseudonyme Brasseur choisi par un aïeul 160 ans auparavant. 

"C'est tout juste si on ne m’accusait pas d’inceste". C'est d'ailleurs le nom qui est inscrit sur sa première fiche de paye, puis il se ravise. C'est bien en tant que "Claude Brasseur" qu'il joue Le Souper avec Claude Rich, qu'il donne la réplique à Jean Gabin ou qu'il joue le père de Sophie Marceau dans La Boum... puis son amant dans Descente aux enfers quatre ans plus tard. Un choix qui "a coûté très cher, avoue-t-il. Ça n’a pas surpris, ça a choqué. Quand Descente aux enfers est sorti, il y a eu une profusion de courriers adressés à Gaumont, à Sophie et moi. C'est tout juste si on ne m’accusait pas d’inceste", se souvient-il. Ce qui lui vaut une réflexion acide : "Si on regarde les carrières des grandes stars, c’est un emprisonnement". 

"La sensation que j’avais quand j’ai débuté". Pour autant, le comédien n'a pas hésité à prendre des risques, dans sa carrière mais aussi dans la vie. Il a participé aux Mondiaux de bobsleigh dans les années 60 avant de briller dans le rallye du Paris-Dakar dans les années 80. C'est sur scène qu'il remet tout en jeu, seul pour la première fois devant le public à 80 ans. Habitué au dialogue, il reprend volontiers à son compte une phrase de Sarah Bernhardt : "Le théâtre, c’est 'tu me parles, je te réponds'."

La donne change avec cette lecture de Marivaux. "C’est bien pour ça que j’ai le trac aujourd’hui, parce que je ne sais pas ce que c’est qu’une lecture. Et j’ai toujours été attiré par ce que je ne savais pas faire. C’est une expérience inconnue pour moi. Je retrouve la sensation que j’avais quand j’ai débuté." Il a usé d'un petit subterfuge en demandant à une violoncelliste de partager la scène avec lui. "C’est de la triche de ma part. Je m’en sers un peu comme si je dialoguais avec de la musique. On a tous envie de faire des choses qu’on ne connait pas."