Chantal Ladesou : "Une femme très chic qui dit des horreurs, c’est beaucoup plus efficace"

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La comédienne joue Peau de vache au théâtre Antoine. Elle revient sur son parcours, le seule en scène qui l'a révélée et sa famille qui la soutient.

INTERVIEW

Dès les premiers mots de l'entretien, les notes de sa voix cassée de fumeuse de Gitanes donnent le sourire. Cette voix sans accent Ch'ti bien que née à Roubaix , Chantal Ladesou assure l'avoir depuis ses 4 ans. Petite fille à la tête blonde, on lui faisait d'ailleurs dire de sa grosse voix "Je veux une bière", pour le spectacle et le contraste. C'est toujours avec cette voix grave et cassée qu'elle joue Peau de vache sur la scène du théâtre Antoine. Pour l'occasion, la comédienne était l'invitée d'Il n'y a pas qu'une vie dans la vie.

Le rêve de sa mère comme le sien. Le théâtre, elle y arrive entre autres parce qu'elle rate son bac. Comble : c'était en mai 1968. Une donnée vite relativisée : "C’était un oral, je me suis plantée", et sans doute pour le mieux : "Sinon je serais rentrée en fac". Car le théâtre est sa passion. A 7 ans, seule, elle pousse d'ailleurs la porte d"un établissement, intriguée. Le théâtre était aussi le rêve de sa mère, disparue dans un accident de voiture quand Chantal n'a que 15 ans. Cette envie de théâtre, "je pense qu’elle me l’a insufflée très fortement."

Tant que je n’avais pas écrit ce one-man show, mon mari ne me parlait plus. C’est grâce à lui que je l’ai fait.

"Des concierges, des putes, des mégères". Arrivée à Paris contre l'avis de son père protecteur, elle entre au cours Simon après avoir pris trois mois pour rassembler son courage et en pousser la porte. Au début des années 70, elle refuse d'enlever son T-shirt lors du casting des Valseuses et en rit aujourd'hui avec Gérard Depardieu. Finalement, c'est à l'âge mûr que sa carrière décolle. "René Simon l’avait dit. A un moment, on ne peut pas jouer des jeunes femmes évanescentes, épurées, des petites jeunes filles. Je n’ai jamais pu faire ça. On m’a tout de suite donné des concierges, des putes, des mégères." En cours, quand elle jouait Phèdre, "même le prof riait. Après, on ne m’a fait travailler que des rôles comiques. Je n’ai pas travaillé de contre-emploi, parce que ça déstabilisait un peu l’école."

"Très couillu de faire de la scène".C'est le one man show qui la révèle. "Je me doutais qu’il fallait que j’ouvre ma gueule, que j’étais une bonne cliente. J’avais quelques pièces qui avaient marché : Les Amazones, Ma femme est folle. J’étais confortable mais il fallait que je fasse ce 'one man'. J’avais des petits carnets remplis partout. Mon mari me faisait la gueule. Tant que je n’avais pas écrit ce one-man show, il ne me parlait plus. Il m’a poussé, c’est grâce à lui que je l’ai fait."

Tenir sur scène ne s'improvise pas. C'est même "très couillu de faire de la scène toute seule", commente l'humoriste, qui raconte pour l'anecdote que lors de son premier spectacle, elle avait "1h20 de prêt" et qu'elle a finalement sorti "40 minutes tellement je suis allée vite." Mais elle a aussi sa botte secrète : la mode. "Si on dit des horreurs et qu’on est fringué comme un sac, c’est moche. Il faut se tenir. Une femme très chic qui dit des horreurs, c’est beaucoup plus efficace."

"Couple à l'italienne". Pour apprivoiser son nouveau rôle de "peau de vache", elle s'est exercée dans sa vie privée, s'amuse-t-elle. Mariée depuis plus de 40 ans à Michel, le père de ses enfants, elle forme avec lui un "couple à l’italienne. On s’envoie balader très souvent. Donc, on ne s’ennuie jamais. Je n'ai pas eu de mal à rentrer dans le personnage parce qu’on s’engueule." Mais surtout, son époux, qui est aussi son manager, la soutient. Il a d'ailleurs déjà commencé à lui faire la gueule pour qu'elle se mettre à écrire le film qu'elle envisage de réaliser depuis dix ans.