Boris Bergman : "Dalida avait compris que 'Darla dirladada' parlait de suicide"

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Il a écrit pour Bashung, Christophe, Dalida, Johnny Hallyday et même... Kanye West. Boris Bergman fait partie des plus grands paroliers français. Ses textes cachent souvent différents niveaux de lecture. 

INTERVIEW

Il écrit des chansons comme "un fakir en transe". Boris Bergman corrige : "Ça été déformé", assure-t-il ce dimanche, invité d'Il n'y a pas qu'une vie dans la vie sur Europe 1. "J'écris comme un fakir en tranches", sourit-il. 

"Une armoire de linges qui vous tombe dessus". Des images, encore des images. Le parolier a passé sa carrière à en créer pour d'autres. Il a écrit des tubes pour les plus grands : Bashung, Christophe, Dalida, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Jean-Louis Aubert, Nicoletta et même... Kanye West.

"J’ai crevé l’oreiller, j’ai dû rêver trop fort", c'est lui. "Le cœur transi reste sourd aux cris du marchand de glaces", encore lui. "Je m'écris des cartes postales pour ne jamais rien oublier", toujours lui. Des mots qui naissent dans sa tête sans qu'il n'y prenne garde. "Je laisse parler mon deuxième cerveau", confie-t-il. "Je ne réfléchis pas, c'est comme une armoire pleine de linge qu’on ouvre et tout vous tombe dessus".

Darla dirladada et le suicide. Boris Bergman n'a plus qu'a laissé glisser son stylo. Et hop, un nouvel univers naît. "Parolier, c’est un métier pour cinéaste paresseux et fauché", plaisante-t-il. "Ça me permet de faire un petit film de 2 ou 3 minutes avec un stylo et une feuille de papier".

Pourtant, cette apparente simplicité cache souvent des chansons complexes, dont le sens véritable ne se livre qu'aux oreilles attentives. Un exemple ? La chanson Darla dirladada, écrite pour Dalida. Une mélodie légère et entraînante qui parle de... suicide. 

"Dalida avait compris". "Au départ c’est une chanson qui s’appelait Miranda", explique Boris Bergman. "C'est la sirène protectrice des pécheurs d'éponges. A l'époque, les femmes criaient son nom sur la plage pour encourager les pêcheurs, qui pêchaient en apnée". "Dirladada, c’est mon invention, je trouvais que ça sonnait mieux", poursuit le parolier.

Quand il présente la chanson à Dalida, personne dans son entourage ne fait attention au refrain... sauf Dalida. "J’ai vu son regard", se souvient Boris Bergman. "Elle a très bien compris ce dont je voulais parler. Quand j’ai appris qu’elle était passée de l'autre côté du miroir, j’ai frémi..." 

"Gaby signifie homosexuel". Autre chanson au sens caché : Gaby oh Gaby, le tube d'Alain Bashung. Une "Gaby" n'a en fait rien à voir avec le prénom féminin. Explications du compositeur : "Ça vient du mot des Apaches, une gaboune, qui a donné gaby, qui signifie homosexuel".

Une révélation que Boris Bergman a mis du temps à faire... et pour cause ! "Je ne l'ai pas dit pendant longtemps", confesse-t-il. "J’ai une de mes tantes qui s’appelle Gabrielle qui a pensé toute sa vie que c’était pour elle !"

"Des auteurs composites". Des textes riches qui contrastent, selon son auteur, avec ceux de la variété française actuelle. "Il y a une forme d’appauvrissement", estime Boris Bergman. "Je sens que les nouveaux textes de la variété française sont faits directement à l’ordinateur. On prend deux phrases par-ci, on fait deux phrases par-là, et on fait un genre de copier-coller. C’est pour ça que je les appelle les auteurs-composites". Pas de doute, Boris Bergman est aussi un fakir... qui tranche.