Bertrand Bonello : "L'histoire que je raconte est différente des attentats de 2015"

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Sur Europe 1, le réalisateur français évoque "Nocturama", son dernier film, en salles mercredi.

INTERVIEW

Après L'Apollonide : Souvenirs de la maison close et Saint Laurent, Bertrand Bonello est de retour au cinéma avec Nocturama, en salles mercredi. Un film où un groupe de jeunes issus de milieux différents organisent des attentats dans Paris. Quelques mois après la tragédie du 13 novembre 2015, la corrélation du film avec la réalité suscite la curiosité. Dans Europe 1 social club, le réalisateur revient sur sa démarche.

Un titre modifié suite aux attentats de novembre 2015. Nocturama aurait dû s’appeler Paris est une fête. Le titre a été modifié suite aux attentats de novembre 2015, événement à partir duquel le titre du livre d'Ernest Hemingway est devenu un slogan de résistance.

Nocturama met en scène un groupe de jeunes qui organisent une série d'attentats dans la capitale française. Pour autant, Bertrand Bonello distingue très clairement les actes de ses personnages et les attentats perpétrés par Daech sur le sol français. "L'histoire que je raconte est différente des attentats de 2015", affirme le réalisateur.

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"Ils essayent de se faire entendre". "Aujourd'hui, le mot terrorisme est totalement phagocyté par Daech. Mon film n'est pas vraiment à cet endroit-là", indique le réalisateur. "Le terme d'insurrection me semble beaucoup plus proche du désir des jeunes du film, que le mot terrorisme", explique Bertrand Bonello. En effet dans Nocturama, il n'est pas question de massacre de masse ou de tuer volontairement des personnes. "Ils essayent de se faire entendre dans l'idée que ce cri puisse vaguement changer quelque chose", estime le cinéaste.

"Le cinéma n'est pas là pour reproduire la réalité". Pas nihilistes ni terroristes, Nocturama dresse le portrait d'une jeunesse désabusée, lasse. "Ces gamins, nés entre 1995 et 1998, depuis leurs naissances, on leur dit qu'on va leur laisser un monde de plus en plus difficile. À un moment, vers 18-20 ans, ils disent : 'non'", raconte Bertrand Bonello. Un constat qu'il est allé chercher dans son ressenti, datant de l'écriture du film, dès 2010. "À partir d'un sentiment qui, selon moi, existe et qui est celui de l'étouffement, d'une tension extrêmement palpable, (...) j'écris un film de fiction", confie le cinéaste. "Le cinéma n'est pas là pour reproduire la réalité, il est aussi là pour l'inventer".