Avec le décès de Michèle Morgan, l’âge d’or du cinéma français perd l’une de ses dernières représentantes

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Avec le décès de Michèle Morgan, l’âge d’or du cinéma français perd l’une de ses dernières représentantes
L’actrice française est morte, à l’âge de 96 ans, mardi.@ AFP
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PORTRAIT - L’actrice française, visage de Nelly dans "Quai des brumes", est décédée mardi, à l’âge de 96 ans.

Michèle Morgan n’est plus. L’actrice française est morte mardi, à l’âge de 96 ans. Le visage de Nelly, dans Quai des brumes en 1938, aura marqué une génération de spectateurs. "T’as d’beaux yeux tu sais". Le succès débute tôt pour Simone Roussel, alias Michèle Morgan. À 17 ans, elle joue pour Marc Allégret dans le film Gribouille (1937). C’est la première fois qu’elle quitte la figuration pour le haut de l’affiche. Le film est un succès et Michèle Morgan peut enfin rêver d’une carrière d’actrice, deux ans après ses débuts au cinéma dans Mademoiselle Mozart (1935).

Nelly dans Quai des brumes.Mais le rôle qui l’a fait connaître internationalement reste bien sûr Quai des brumes. Elle joue le rôle de Nelly et côtoie Jean Gabin dans ce film de Marcel Carné. Le long-métrage raconte l’histoire d’un déserteur français, Jean, qui rencontre Nelly dans un bistrot. De cette rencontre va naître une histoire d’amour avec des conséquences dramatiques pour les deux protagonistes. Quai des brumes connaît un réel succès public, aussi bien en France qu’à l’étranger. La jeune Michèle Morgan devient une star internationale. Son regard clair, très profond et sa voix grave deviennent sa marque de fabrique et la célèbre réplique lancée par Jean Gabin "T’as d’beaux yeux tu sais", entre dans l’histoire.

L’exil manqué aux États-Unis. La Seconde Guerre mondiale force l’actrice à quitter la France. Sur place, elle signe un contrat avec la prestigieuse RKO. Michèle Morgan tourne plusieurs films aux Etats-Unis dont Amour et swing (1943), entourée de Frank Sinatra et Passage to Marseille (1944), avec Humphrey Bogart. Malheureusement pour l’actrice, sa carrière peine à décoller aux Etats-Unis. Elle décide donc de revenir en France en 1946. Une décision qui va à nouveau la placer sous le feu des projecteurs qu’elle avait quitté en se rendant outre-Atlantique.

La reconnaissance cannoise. Lorsqu’elle revient en France, Michèle Morgan fait une rencontre qui va changer sa carrière. Elle tourne ainsi pour Jean Delannoy dans La symphonie pastorale en 1946. Le film est sélectionné en compétition à Cannes et l’actrice reçoit le prix d’interprétation féminine. Michèle Morgan renoue ainsi avec le succès qu’elle avait connu avant-guerre. C’est aussi le début d’une longue collaboration avec le réalisateur français. Elle tournera à six reprises avec Jean Delannoy. 

Cette récompense annonce une période dorée pour la comédienne : les années 1950. C’est dans cette décennie que l’actrice joue ses meilleurs rôles et être dirigée par des réalisateurs de renoms : Yves Allégret, René Clair, Sacha Guitry, Claude Autant-Lara. C’est aussi là qu’elle tourne le plus. Vingt-quatre films entre 1950 et 1959. "Je ne choisis pas le rôle, je choisis d’abord une histoire", indique l’actrice dans une interview télé en 1956, elle qui peut se targuer de sélectionner le scénario qu’elle veut parmi les nombreux qu’on lui propose.

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Michèle Morgan, aux côtés de René Clair (au centre) et de Gérard Philippe, sur le tournage du film Les grandes manœuvres. (AFP)

Chabrol et Oury. Dans la décennie 1960, Michèle Morgan connaît encore de beaux rôles, notamment sous la caméra de Claude Chabrol dans Landru (1962) ou encore dans Le crime ne paie pas (1962) de Gérard Oury. Après Benjamin ou les Mémoires d'un puceau (1967) de Michel Deville, elle ne fait plus que quelques apparitions au cinéma, décidant de mettre le septième art de côté. En 1992, elle reçoit un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Avec son décès, l’âge d’or du cinéma français perd là l’une de ses dernières représentantes.