Arthur Jugnot : "J'ai longtemps refusé de dire que j’avais envie d'être acteur"

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Les Jugnot, père et fils, étaient les invités d'Isabelle Morizet, samedi. Gérard et Arthur jouent chacun dans une pièce différente et ont raconté leurs débuts dans le métier.

INTERVIEW

Père et fils seront sur en même temps sur scène, mais pas ensemble. Gérard Jugnot au Théâtre des nouveautés dès jeudi dans la nouvelle pièce d’Isabelle Mergault, La raison d’Aymé. Et Arthur Jugnot au Splendid dès vendredi pour un spectacle entre théâtre et one man show baptisé Moi, papa ?. Les deux acteurs étaient invités ensemble dans l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie. Ils sont revenus sur leurs carrières, et notamment les débuts d'Arthur Jugnot, il y a plus de dix ans.

"Tu veux que je sois ridicule ?". Ils n'ont joué qu'une seule fois ensemble, par hasard. Arthur jouait alors en festival à Fréjus alors que son père était en vacances à Avignon. Un des acteurs n'a pas pu tenir son rôle, alors Arthur a appelé son père pour lui proposer de faire le remplacement. Gérard a d'abord fermement refusé : "Tu veux que je sois ridicule, tu veux ma mort ?", avait-il lancé à l'époque, avant de raccrocher. "Et puis j’ai senti une immense déception dans sa voix". Alors, il rappelle et propose : "'Ecoute, j’annule tout et je viens'. J’ai demandé un texte tapé un peu plus gros, j’ai mis des lunettes, je suis rentré dans le costume. On a fait une lecture et on s’est lancés." Gérard Jugnot joue texte en main, mais l'alchimie opère. "Il s’est passé un truc assez miraculeux. Il y a eu des impros, plein de choses qui tombaient bien. On a fait un triomphe, c’était formidable, un souvenir merveilleux." Depuis, les deux comédiens attendent le bon projet pour réitérer l'expérience, mais visent le registre comique. "On arrive à sortir vite de la peau de nos personnages mais on joue tous les soirs, donc jouer des situations dures ou pénibles ça plombe aussi dans la vie. Au cinéma, on peut jouer des choses graves, émouvantes, dramatiques. On a envie qu’au théâtre, ça rit", expliquent-ils.

Entendu sur Europe 1
Il y avait une image de facilité. J’ai fait de la mise en scène d’abord, pour mettre en avant les autres.

"Je ne l'ai pas vu venir". Que son fils devienne acteur, Gérard Jugnot ne l'a cependant "pas vu venir". Quand il a débuté en 2005, "je ne vivais plus avec sa maman (la costumière Cécile Magnant, ndlr.). Elle l’a vu venir, moi pas. Ce qui est formidable, c’est qu’il a fait tout ce que je n’ai pas fait dans un premier temps dans ce métier : de la magie, de la mise en scène de théâtre, être propriétaire de théâtre." Arthur débute par la magie aux Folies Bergère. Il amène la magie dans le réseau du théâtre. "L’envie est arrivée très doucement, inconsciemment, j'ai refusé pendant très longtemps de dire que j’avais envie de faire ça. Il y avait une image de facilité. A 18 ans, c’est compliqué d’assumer des choses. J’ai fait de la mise en scène d’abord, pour mettre en avant les autres", explique Arthur. Gérard abonde : "C’est le syndrome du 'fils de'. C’est plus facile de commencer mais plus difficile de durer parce que vous vous faites massacrer. Ça demande d’être encore plus balaise. Il y a des tas de 'fils de' qui ne devraient pas être dans ce métier, et pas que des 'fils de'", ajoute-t-il.

Entendu sur Europe 1
Mes parents avaient peur parce qu’ils ne connaissaient pas le métier, moi j’avais peur parce que je le connaissais.

"Plein de gens ont galéré". Gérard, lui, n’était pas dans le sérail. Sur ses parents, il avait déjà déclaré : "Ils m’ont apporté le cholestérol, un pessimisme de protection et le sens des réalités. Ils avaient les pieds sur terre, j’essayais d’avoir la tête dans le ciel." Il précise avoir eu "envie que ça brille un peu plus" même s'il confie ne pas avoir manqué d'amour. "Je trouvais ça un peu gris." Pourtant, quand il annonce son ambition, ses parents sont inquiets. "Mes parents avaient peur parce qu’ils ne connaissaient pas le métier, moi j’avais peur parce que je le connaissais", dit-il à l’égard de son fils. Il ne l'a donc ni encouragé ni empêché. "C'est un métier compliqué, dépendant du regard des gens, de la critique qui peut être injuste. Plein de gens ont galéré", rappelle l'acteur qui a fini par prendre la vocation de son fils "comme un cadeau. Je me suis dit qu'il m'avait vu un peu heureux dans ce métier", souligne Gérard Jugnot, qui se félicite aujourd'hui de voir Arthur s'être fait une belle place dans le milieu du théâtre.