Vol AF-8969, trois jours d'angoisse

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Vol AF-8969, trois jours d'angoisse
@ CAPTURE D'ECRAN INA
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Retour sur la prise d'otage du vol Alger-Paris en 1994 par quatre islamistes.

Samedi 24 décembre 1994. 11h15. Aéroport Boumedienne d'Alger. Le vol AF-8969 à destination de Paris s'apprête à partir quand quatre hommes, qui se présentent comme des policiers, montent dans l'avion. A bord 271 passagers.

Les quatre hommes procèdent à un contrôle d'identité des voyageurs. Et lorsque les autorités algériennes, s'inquiétant de l'immobilisation de l'avion, envoient la police, ils révèlent qu'ils sont membres du Groupe islamiste armée (GIA), un groupe terroriste algérien, et demandent la libération de deux islamistes.

Une cellule de crise est immédiatement mise en place au Quai d'Orsay et 40 hommes du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) se préparent à partir sur place.

Deux otages abattus

Devant le refus des autorités algériennes de négocier, un premier otage, un policier algérien, est abattu. Mais les autorités algériennes refusent toujours d'enlever la passerelle qui empêche l'avion de bouger. Un second otage est tué. Le commando menace d'abattre un otage toute les demi-heures si l'avion ne décolle pas.

Le gouvernement français décide alors d'envoyer 45 hommes du GIGN à Alger mais l'Algérie refuse de les laisser atterrir sur son sol. Ils sont détournés vers Palma de Majorque tandis que les otages passent leur première nuit à bord de l'avion.

Dimanche 25 décembre. Les gendarmes d'élite s'entraînent à Majorque et répètent l'assaut dans une carlingue identique à celle de l'avion d'Alger. A Paris, le Premier ministre Edouard Balladur négocie le décollage de l'avion contre la libération des femmes et des enfants. Le commando accepte et laisse partir 63 passagers.

Un Français tué

Après cinq d'attente, l’avion n’a toujours pas décollé. Les terroristes menacent alors d'exécuter un Français. Deux heures après, le cuisinier de l'ambassade de France est abattu d'une balle dans la tête et son corps est jeté sur le tarmac.

Edouard Balladur menace alors son homologue algérien de rendre l'Algérie responsable de la mort des otages aux yeux de la communauté internationale et obtient le décollage de l'avion. Mais la réserve de kérosène a été largement entamée par les 24 heures passées sur le tarmac de l'aéroport et l'avion doit se poser à Marseille au milieu de la nuit. Fatigué, le commando ne répond plus à la radio et en profite pour dormir un peu.

Bombe volante

Lundi 26 décembre. A Paris, l'objectif des preneurs d'otages devient clair : ils veulent faire exploser l'avion au-dessus de la capitale ou faire s'écraser l'appareil sur la Tour Eiffel. Lorsque les kamikazes reprennent contact avec la tour de contrôle, ils exigent 28 tonnes de carburant. Plus de doute, ils veulent bien transformer l'avion en bombe volante car il suffit de 8 tonnes de kérosène pour rallier Paris.

Dès lors, il est hors de question de laisser l'appareil redécoller. Le GIGN met en place son plan d'urgence : 3 équipes de 10 hommes sur des passerelles qui prendront l'avion d'assaut, neuf tireurs d'élite et une équipe pour évacuer les passagers.

Toute la journée, les négociateurs du GIGN parviennent à repousser tous les ultimatums des terroristes. Ils font même libérer un couple de personnes âgées.

La prière des morts

En milieu d'après-midi, la tension monte d'un cran. L'avion vient se positionner au pied de la tour de contrôle. Le commando récite la prière des morts et menace de faire sauter l'avion.

Peu après 17h, les terroristes mitraillent la tour de contrôle. Pour le GIGN, les conditions de l'assaut sont réunies.

17h15. Le capitaine Favier donne le signal. Deux passerelles abordent l'appareil par l'arrière et une par la porte avant. Pendant que les passagers sont évacués par les portes arrières, une partie des hommes du GIGN lutte contre les terroristes retranchés dans le cockpit.

20 minutes de fusillade

Pendant la fusillade, le co-pilote réussit à ouvrir la fenêtre du cockpit et se jette sur le tarmac. Il s'en sort avec un bras et le fémur cassés. Après 20 minutes d'assaut, le dernier terroriste est tué d'une balle dans le cœur.

Regardez les images de l'assaut filmé par les télévisions en 1994 :


Alors que les autorités françaises avaient prévu plusieurs dizaines de cercueils, l'opération est un succès total. Malgré la violence de la fusillade, on compte moins de trente blessés, dont un grièvement parmi les membres du GIGN.

Dans la nuit, le GIGN et les ex-otages décollent de l'aéroport de Marseille-Marignane. Ils atterrissent à Orly à 2h15 du matin.

Le film L'Assaut, sur les écrans le 9 mars, retrace fidèlement cette prise d'otage restée gravée dans les esprits.