Zone euro : une reprise "lente et modeste"

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Zone euro : une reprise "lente et modeste"
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Barclays estime que l'instabilité fiscale complique la reprise de l'investissement en France...

"Modeste et lente"... La définition de la reprise dans la zone euro façon Barclays n'a pas grand-chose d'enthousiasmant, mais elle a le mérite de montrer que le point d'inflexion est passé. L'économie de la zone est finalement sortie de la récession au printemps 2013, après six mois de contraction, avec un PIB en hausse de 0,3%, au deuxième trimestre, un peu plus élevé donc que ce qu'anticipait Barclays. Pour l'ensemble de 2013, l'établissement table sur une contraction du PIB de 0,3%, contre un consensus positionné à -0,4%. Pour 2014, l'établissement table sur une progression de la croissance de la zone euro de 1,3%, et se montre donc plus optimiste que le consensus des analystes (+0,9%). Reprise modeste Philippe Gudin, chef économiste Europe chez Barclays, observe qu'après un "été 2012 au bord de l'explosion", le retour à la confiance a été rendu possible notamment par la décision de mettre en place une Union bancaire, et de permettre à la Grèce se conserver sa place au sein de la zone euro. Pourtant, "cette reprise reste modeste, en l'absence de moteurs et dans un environnement extérieur moyennement porteur, avec notamment des perspectives peu dynamiques pour la consommation des ménages", analyse-t-il. Point positif : "la marche vers le désendettement se poursuit, et il faut rendre hommage aux politiques européennes menées depuis trois ans", observe Fabrice Montagné, économiste senior chez Barclays. Mais les risques persistent, d'abord au niveau mondial, avec en première ligne les Etats-Unis. Si le fameux "shutdown", le blocage budgétaire, devrait avoir un "effet modeste" à ses yeux, "le plafond de la dette pourrait avoir des conséquences beaucoup plus graves, avec une contraction phénoménale du déficit budgétaire". Consommation en France En Europe, la situation politique compliquée en Italie, les élections européennes de 2014, les positions très diverses des dirigeants politiques sur l'Union bancaire, l'exercice de revue des actifs bancaires, les "stress-tests" à venir dans quelques mois, mais aussi la suite des programmes de soutien au Portugal et à la Grèce devraient être observés de très près, estiment les économistes de Barclays. Concernant la France, Barclays table pour 2014 sur une croissance du produit intérieur brut de 1,1% (consensus à +0,8%), après une progression limitée à +0,1% cette année (similaire au consensus). "Le risque principal était concentré il y a six mois sur la consommation des ménages", rappelle Fabrice Montagné. "Depuis fin 2012, ils cherchent à maintenir le niveau de leurs dépenses, quitte à toucher un peu à leur épargne, et à renflouer celle-ci quand c'est possible, pour que son niveau ne baisse pas". Réformes fiscales Les problèmes se concentrent aujourd'hui sur l'investissement, avec une impression de reprise qui ne se traduit pas au niveau des entreprises. "On attend plutôt une normalisation de la situation, avec des sociétés qui se ré-équipent, mais pas de sursaut des investissements", explique Fabrice Montagné. En cause, selon lui : une instabilité fiscale qui provoque de fortes incertitudes. "Le gouvernement a présenté des réformes étalées sur cinq ans, de la manière la mois ambitieuse possible, avec des retombées qui s'étaleront sur une période encore plus longue", estime Philippe Gudin. Si l'exécutif a réalisé "quelques efforts au début, avec le CICE (crédit d'impôt compétitivité emploi), ou la loi sur le marché du travail, tout ce travail est paralysé par les élections municipales à venir", selon lui. il estime par exemple que la réforme des retraites a été pensée "a minima, comme un simple bricolage". "Nous sommes liés au temps politique, nous verrons s'il y a une reprise plus ambitieuse après les élections", conclut l'économiste.