Manuel Valls attendu au tournant

Manuel Valls fera son discours de politique générale mardi, devant l'Assemblée nationale.
Manuel Valls fera son discours de politique générale mardi, devant l'Assemblée nationale. © REUTERS/Charles Platiau
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ENJEUX - De gauche à droite, électeurs et élus scruteront le discours de politique générale du Premier ministre avec vigilance.

Une semaine jour pour jour après sa prise de fonction à Matignon, Manuel Valls va prononcer mardi son discours de politique générale. "C'est un discours important, il faut que je me l'approprie", confiait le Premier ministre, dimanche dans le JDD. "Il faudra apporter des précisions (...) les grands axes du pacte de responsabilité et les grandes orientations budgétaires seront présentés", expliquait-il. Le chef du gouvernement va devoir imprimer sa marque et trouver les mots justes pour séduire l'opinion publique, mais aussi les députés de son propre camp.

978x489 LeLab - Manuel Valls a reçu cinq députés socialistes frondeurs pour parler du pacte de responsabilité

À gauche, une majorité serrée. "Les socialistes ont la majorité absolue. Le Premier ministre pourra compter sur le soutien des radicaux de gauche et, j'en suis sûr, des Verts", assurait le Président de l'Assemblée, Claude Bartolone, mercredi dernier sur Europe1. Pourtant, rien n'est moins sûr. Pour le vote de confiance mardi, Manuel Valls devra en effet composer avec l'opposition du Front de gauche et l'abstention possible des écologistes (ils se prononceront le matin même), qui attendent de savoir quelle ligne politique prendra le gouvernement avant de lui accorder sa confiance.

Manuel Valls comptera donc avant tout sur le vote des députés socialistes (291 dans l'hémicycle) et radicaux de gauche (17) pour réunir la majorité (289). Mais le Premier ministre risque aussi de devoir faire face à une fronde dans son propre camp. Entre 65 et 100 députés de la gauche du PS ont en effet co-signé ce weekend un "contrat de majorité", un courrier à l'adresse de Manuel Valls, réclamant des engagements en faveur de l'investissement ou du pouvoir d'achat des bas revenus ainsi que la remise à plat du pacte de responsabilité.

Les signataires devraient, certes, voter la confiance au gouvernement, lui permettant d'avoir une majorité. "La confiance, ça ne se décrète pas, ça se construit. Donc on va la construire avec le Premier ministre", déclarait samedi sur France Info Jean-Marc Germain, député participant à cette initiative parlementaire. Mais pour l'avenir, si le discours de Manuel Valls ne fédère pas son camp, un "bras de fer" s'annonce, comme le soulignait vendredi Caroline Roux.

>> Sur ce sujet, le patron des députés PS demandent de se rassembler "autour de Manuel Valls", tout en demandant un "nouvel équilibre" à l'exécutif :

publié par Redaction_Europe1

À droite, il n'y a (presque) personne à séduire. A droite, les 199 députés de l'UMP et les 29 de l'UDI refuseront la confiance en Manuel Valls comme un seul homme… ou presque. L’ancien secrétaire d’Etat sarkozyste, Frédéric Lefebvre, n’exclut pas lundi d’accorder sa confiance au nouveau Premier ministre. "Je connais Manuel Valls depuis 21 ans. Nous avons eu l’occasion de travailler de près, ensemble, en confiance sur des réformes (...). L’ayant vu, comme l’ensemble des Français, agir comme ministre de l’Intérieur, j’ai pris sa défense à plusieurs reprises", écrit le député des Français de l’étranger dans un communiqué. "J’ai moins apprécié certaines prises de position, certaines décisions. Donnons-lui néanmoins crédit de sa constance dans une ligne politique plus courageuse que celle de la majorité à laquelle il appartient", poursuit-il, déclarant vouloir "attendre le discours de politique générale du Premier ministre et n’écarter aucune éventualité."

Dans l'opinion, une popularité fragile. L'enjeu le plus important, pour Manuel Valls et François Hollande, sera sans conteste de récupérer le cœur des Français, après la déroute des municipales. Rappelons-le, dimanche 31 mars au soir, la gauche a perdu 155 villes de plus de 9.000 habitants un chiffre historique. Une claque qui a poussé François Hollande a changé de Premier ministre, dès le lendemain. Aujourd'hui, Manuel Valls continue de bénéficier d'une certaine popularité auprès de l'opinion. Une majorité (56%) de Français déclare avoir en une opinion positive, selon un sondage LH2 pour Le Nouvel observateur diffusé lundi. Mais cela pourrait ne pas durer. Son prédécesseur, Jean-Marc Ayrault, avait lui aussi débuté en 2012 avec 56%. Il a quitté ses fonctions à peine au dessus de la barre des 20%.

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