Hollande, le cumulard des commissions

Par Fabienne Cosnay

Publié le 5 septembre 2012 à 19h58 Mis à jour le 7 septembre 2012 à 08h09

François Hollande

François Hollande © REUTERS

Depuis son élection, l'homme de la synthèse les multiplie. Au risque de passer pour indécis ?

Dans le jargon journalistique, on appelle ça la "commissionnite aiguë". François Hollande serait atteint de ce syndrome très courant chez les présidents de la République, particulièrement au début de leur mandat. Depuis son élection, le 6 mai, le chef de l'Etat, adepte de la concertation et de la synthèse "molle", multiplie les commissions, missions et concertations. Même les membres du gouvernement Ayrault semblent avoir été contaminés. Vincent Peillon vient d'ailleurs d'annoncer une "mission de réflexion sur l'enseignement à l'école de "la morale laïque".

Comme un air de déjà vu ...

Au total, une dizaine de commissions ou missions ont d'ores et déjà été créées. François Hollande en a lancé trois en personne. La première, la commission Guéhenno est chargée de rédiger, d’ici la fin de l’année, un nouveau livre blanc définissant les priorités stratégiques de la France. Il y a cinq ans, en août 2007, Nicolas Sarkozy lançait exactement la même commission sur la défense et la sécurité nationale.

La deuxième, la commission Jospin, a, elle, pour mission de "rénover et de moraliser la vie politique". En octobre 2007, l'ancien chef de l'Etat créait, lui aussi, sa commission "bonne conscience" sur la modernisation des institutions de la Ve République, présidée, elle aussi, par un ancien Premier ministre, en la personne d'Edouard Balladur. Enfin, François Hollande a demandé à son ministre de l'Education nationale de lancer "une grande concertation sur l'école", quand son prédécesseur installait une commission sur "l'évolution du métier d'enseignant", en septembre 2007. François Hollande et Nicolas Sarkozy ont donc au moins ce point commun : un goût certain pour les instances de concertation. Reste à savoir si le nouveau chef de l'Etat battra le record de l'ancien président, avec 30 commissions de réflexion totalisées en cinq ans !

"Un mauvais choix en terme d'image"

Certes, les commissions peuvent constituer une "bonne méthode sur le fond", souligne le politologue Laurent Dubois, mais pour François Hollande, l'éternel homme du compromis, elles seraient catastrophiques en termes de communication politique. Plus que le consensus, François Hollande entretiendrait, via ces consultations tous azimuts, une image d'homme flou et indécis. Cherchant même à "noyer le poisson" sur certains sujets.

"Si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission", aimait dire Georges Clemenceau. Pour Laurent Dubois, la fin du cumul des mandats, promise par le candidat Hollande pendant sa campagne, en serait une parfaite illustration. Alors que les barons locaux PS ne veulent pas en entendre parler, le chef de l'Etat chercherait à reporter sine die le sujet. Le 27 juin, une loi a été annoncée par le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Alain Vidalies, à l'échéance 2014. Mais entre temps, François Hollande a chargé la commission Jospin de réfléchir à la question… "On donne l'impression qu'on s'agite mais au final, la mesure risque d'être enterrée", prédit le spécialiste, interrogé par Europe1.fr.

"L'éloge de la lenteur"

Face à la profondeur de la crise et alors que le désenchantement gagne le pays, l'opposition moque "l'éloge de la lenteur" de François Hollande. "La crise est là. On est face à l'urgence. La crise, elle fait son oeuvre de destruction (...) Face à cela, François Hollande va de commissions en atermoiements (et) discours (...) et finalement (il y a) très peu de mesures", a dénoncé Nathalie Kosciusko-Morizet, dimanche, au Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro. "En créant des commissions, le chef de l'Etat institutionnalise cette indécision qui lui colle à la peau", estime Laurent Dubois. "François Hollande aurait dû prendre le contrepied de cette image", ajoute le politologue.

Au gouvernement et à l'Elysée, on répond en chœur que "le changement, ça se construit" (Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement) ou encore que "le changement, c'est une force qui sait où elle va" (François Hollande, vendredi, lors de son discours dans la Marne).

"Une durée de vie très courte"

A Matignon, on insiste encore sur la nécessaire distinction à opérer entre "le temps de l'urgence" et "le temps de prendre le temps d'installer les réformes de structure". Dans ce contexte, les commissions, missions et autres consultations seraient tout à fait adaptées. "Elles ont une durée de vie très courte et sont très encadrées", se défend le cabinet de Jean-Marc Ayrault, contacté par Europe1.fr. "Cela nous oblige à en faire quelque chose", assure t-on. Réponse dans quelques mois.

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