Irradiés d’Epinal : le procès, six ans après

Par Frédéric Michel et Anne-Julie Contenay avec AFP

Publié le 23 septembre 2012 à 22h03 Mis à jour le 24 septembre 2012 à 06h49

Entre 2001 et 2006, des centaines de patients ont été surirradiés au centre hospitalier Jean-Monnet d'Epinal.

Entre 2001 et 2006, des centaines de patients ont été surirradiés au centre hospitalier Jean-Monnet d'Epinal. © MAXPPP

Sept prévenus comparaissent à partir de lundi, dont deux médecins et un radiophysicien.

Le tribunal devra déterminer les responsabilités de chacun. Le procès des irradiés d’Epinal, le plus grave accident de radiothérapie jamais survenu en France, s’ouvre lundi à Paris. Sept prévenus, dont deux médecins, un radiophysicien et des cadres de santé publiques, vont être jugés après la surirradiation de centaines de patients entre 2001 et 2006 au centre hospitalier Jean-Monnet d’Epinal.

Il aura fallu six ans après les premières plaintes, déposées en 2006, pour que s’ouvre ce procès très attendu. Le drame a fait sept morts, tous décédés des suites de surdoses de rayon, selon l’accusation. La vie de centaines d’autres, soignés à Epinal pour des cancers, surtout de la prostate, a été bouleversée par les conséquences de surirradiations. Lundi, ils seront 120 à faire le déplacement depuis Epinal pour assister au procès.

Les victimes déjà indemnisées

La question de l'indemnisation des victimes ne sera pas un enjeu au procès : environ 500 personnes ont déjà été indemnisées par l'assurance de l'hôpital pour le préjudice corporel subi. Le directeur de l'assureur indique à La Croix avoir versé "un total de 14 millions d'euros".

Quant aux causes de l’accident, elles sont connues. Des erreurs de paramétrages d’un logiciel auraient été commises au moment du passage à une nouvelle génération d’appareils, en 2004. Ce premier dysfonctionnement a entraîné les surexpositions les plus graves, d’environ 20%, sur 24 patients, entre mai 2004 et août 2005.

Par ailleurs, les doses délivrées à l’occasion des contrôles radiologiques précédant le traitement lui-même n’auraient pas été prises en compte. Cette seconde erreur a cause des surdoses entre 8 et 10% entre 2001 et 2006, sur 424 patients.

Ces chiffres, et l’enquête des juges, ne tiennent pas compte d’une troisième erreur de moindre ampleur révélée en 2008. D’après la ministre de la Santé d’alors, Roselyne Bachelot, ce dysfonctionnement porte le bilan des victimes à au moins 5.500 sur des patients traités entre 1989 et 2000.

Imprudences des praticiens

D’après le pôle santé de Paris, ces erreurs sont dues à des imprudences des deux médecins radiothérapeutes et du radiophysicien de l’hôpital. En cause : un manque de préparation et de réflexion sur le protocole de sécurité au moment du renouvellement des équipements, et une évaluation négligente du surplus de radiations lors des contrôles.

C’est pourquoi les médecins Jean-François Sztermer, 64 ans, Michel Aubertel, 62 ans, et Jushua Anah, 54 ans, sont renvoyés en correctionnelle pour homicides et blessures involontaires.

Une affaire longtemps cachée

Mais l’affaire comporte un autre volet : les familles des victimes cherchent en effet à savoir comme cette affaire a pu rester cachée aussi longtemps. De nombreux patients n’ont pas été informés par l’hôpital de l’accident et des risques encourus. En 2006, les médecins se sont rendu compte de leur mauvaise évaluation des surdoses liées aux contrôles. Ils ont toutefois tu ce problème jusqu’à ce qu’une inspection le découvre, en 2007.

En plus des praticiens, la directrice de l’hôpital, l’hôpital lui-même comme personne morale, la directrice de la Ddass et le directeur de l’Agence régionale d’hospitalisation sont donc également poursuivis, pour non-assistance à personne en danger.

"Il faut des procédures"

Pour l’avocat Gérard Welzer, qui assiste une grande partie des 200 parties civiles attendues, "ce dossier nous apprend qu’il faut des procédures, des contrôles partout". Les prévenus, eux, ont des arguments à faire valoir."Il faut des explications et il faut comprendre, pour les victimes et pour les autres centres de radiothérapie en France, pour les autres malades qui se font soigner", ajoute-t-il au micro d'Europe 1.

L’avocat du radiophysicien Joshua Anah entend notamment s’appuyer sur le fait que le statut de son client est "hybride", mal défini, à la croisée du médical et du technique.

Les audiences doivent se dérouler jusqu’au 31 octobre.

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