Policiers tués : un "homicide volontaire"

Par Marc-Antoine Bindler et Marie-Laure Combes avec Alain Acco et Guillaume Biet

Publié le 21 février 2013 à 07h57 Mis à jour le 21 février 2013 à 22h27

Sur ces images, la violence apparaît clairement. L'arrière de la voiture de police a été littérallement pulvérisé.

Sur ces images, la violence apparaît clairement. L'arrière de la voiture de police a été littérallement pulvérisé. © Capture d'écran - BFMTV

L'ESSENTIEL - Le chauffard qui a percuté leur véhicule avait déjà été condamné à six reprises.

L'INFO. Deux policiers de la BAC NUIT de la préfecture de police de Paris ont été tués et un troisième gravement blessé jeudi matin dans un accident survenu dans le nord de Paris. Le choc s'est produit sur le périphérique intérieur entre la porte de Clignancourt et la porte de la Chapelle, selon le ministère. Le véhicule des policiers en mission a été percuté par l'arrière par une autre voiture au cours d'une course-poursuite. Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, s'est rendu dans la matinée dans les locaux de la BAC.

>> A LIRE AUSSI - Profil : le chauffard, un récidiviste

De porte Maillot à porte de la Chapelle. Tout commence au niveau de la porte Maillot, vers 5h30 jeudi matin, lorsqu'un premier véhicule de la BAC repère un 4x4 luxueux de la marque Range Rover. La voiture est alors signalée pour plusieurs infractions au code de la route, notamment des feux rouges grillés. Les policiers prennent le 4x4 en chasse mais la voiture roule tellement vite sur le périphérique que les policiers sont distancés.

Silence, on dort !

© MAXPPP

Selon les informations recueillies par Europe 1, le signalement du véhicule en fuite est dès lors diffusé aux autres véhicules de patrouille. Deux voitures de la BAC entrent alors sur le périphérique au niveau de la porte de la Chapelle et circulent à allure modérée afin de juguler le trafic et ralentir la progression du 4x4. Le bolide, qui roule à près de 150 km/h, vient alors percuter par l'arrière l'une des voitures de la BAC qui elle roulait à une vingtaine de km/h. Une allure telle que les policiers n'ont pas eu le temps de voir arriver le 4x4 dans leur rétroviseur.

Tout est allé très vite. "La chasse a commencé à 5h38 et à 5h45, les gens sont arrêtés. Cela veut dire que l'accident a déjà eu lieu", a indiqué jeudi soir François Molins, le procureur de Paris. "Il semble, selon les premières déclarations du conducteur, qu'il roulait à 150 km/h. Tout laisse donc à penser que le Range Rover a percuté volontairement" le véhicule des policiers, "vraisemblablement pour forcer le passage et parvenir à prendre la fuite", a encore dit le procureur.

Les enquêteurs n'ont d'ailleurs relevé aucune trace de freinage sur les lieux de l'accident. Le conducteur "a délibérément refusé d'obtempérer aux sommations des policiers lui ordonnant de s'arrêter, puis qu'il a délibérément percuté le véhicule de la BAC qui le précédait", a détaillé François Molins. L'arrière de la voiture est pulvérisé.

Un choc très violent. Deux policiers, âgés de 32 et 40 ans, meurent sur le coup et un autre, le conducteur, âgé de 54 ans, est très grièvement blessé et transporté dans un état critique à l’hôpital Beaujon, à Clichy, dans les Hauts-de-Seine. Les policiers étaient tous les trois pères de deux enfants.

Le conducteur du 4x4 arrêté.Le chauffard, âgé de 22 ans, et son passager, âgé de 20 ans, ont été interpellés et ne sont que très légèrement blessés. Le premier roulait sans permis et sous l'emprise de l'alcool, avec 1,40 gramme d'alcool par litre de sang, soit près de trois fois la limite autorisée. Les deux hommes avaient "passé une soirée et une nuit arrosées dans un établissement de nuit", consommant "pas mal de vodka", a indiqué le procureur François Molins.

Le conducteur était déjà connu des services de police et avait été condamné à six reprises pour des délits routiers, dont cinq fois pour conduite sans permis y compris quand il était encore mineur. Sa dernière condamnation remonte à janvier 2011. Jugé en comparution immédiate, il avait écopé d'un mois de prison ferme avec mandat de dépôt à l'issue de l'audience.

>> A lire aussi : Qui est le chauffard ?

Les deux hommes, dont la garde à vue devrait être prolongée, sont soupçonnés d'"homicide volontaire sur personne dépositaire de l'autorité publique" pour le conducteur, et de complicité pour le passager. L'enquête a été confiée à la brigade criminelle de la police judiciaire.


Une voiture surveillée. La voiture à bord de laquelle circulaient les deux chauffards faisait partie de la flotte d'une société de location par ailleurs surveillée depuis un an, a détaillé le directeur de la PJ, Christian Flaesch. "Nous avons une enquête en cours, même si nous aurions préféré qu'elle soit discrète, sur la société de location puisque effectivement nous avons des doutes. Tous les véhicules loués par cette société faisaient l'objet d'une fiche d'attention", a-t-il expliqué. Le numéro d'immatriculation du 4x4 impliqué dans la mort des deux policiers était ainsi surveillé.

Depuis plusieurs mois, la BAC relevait "un certain nombre (...) d'identité de conducteurs de véhicules de luxe qui circulent notamment sur les Champs-Elysées". "Et lorsque nous avons une inadéquation entre le profil du conducteur et le montant de la location de ces véhicules, nous ouvrons une enquête", a précisé Christian Flaesch. "Dans le cadre de la lutte contre la criminalité organisée, cela fait quelques années que l'on s'intéresse fortement aux gens qui affichent un train de vie (...) alors qu'ils n'ont pas véritablement de ressources affichées pouvant l'expliquer", a ajouté François Molins.

La colère des policiers. "Évidemment, c'est un sentiment de colère et de souffrance pour l'ensemble des policiers qui se sentent atteints par ces décès", a réagi le secrétaire général d'Alliance, Jean-Claude Delage. "C'est à la fois un sentiment de tristesse et de révolte devant le comportement du chauffeur de ce véhicule. Mais ce qui domine c'est une grande tristesse pour ces collègues décédés avec, évidemment, une pensée pour leurs proches", a confirmé le porte-parole d'Unité-Sgp, Nicolas Comte. Pour Patrice Ribeiro, le secrétaire général de Synergie-Officiers (2e syndicat d'officiers), "ce genre de drame rappelle la dangerosité chaque jour du métier de policier". "C'est une journée de deuil pour la police nationale", a-t-il ajouté.

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