Quand les actionnaires se rebellent

Par Gabriel Vedrenne

Publié le 18 avril 2012 à 14h55 Mis à jour le 18 avril 2012 à 15h08

Vikram Pandit (à gauche), PDG de la banque Citigroup, a eu la surprise de faire face à la fronde des actionnaires. © REUTERS

Ceux de la banque Citigroup ont retoqué le salaire du patron, qui devait passer à 15 millions.

Estimant la crise passée, les dirigeants de la banque américaine Citigroup ont proposé aux actionnaires de la société de revoir très à la hausse leurs rémunérations. Le PDG Vikram Pandit prévoyait ainsi de gagner 15 millions de dollars en 2012 mais, chose plutôt rare, les actionnaires ont refusé une telle augmentation.

Une décision qui ne passe pas

Mardi à Dallas, au Texas, les actionnaires de la banque Citigroup était réunis pour la grande assemblée générale. Après deux années de crise et un exercice 2011 mitigé, les actionnaires ne sont pas des plus sereins : les bénéfices sont de retour mais en baisse et la banque a passé de justesse les derniers tests de résistance en mars dernier.

Lorsque le conseil d'administration de Citigroup propose une hausse des salaires des quatre plus hauts dirigeants, c’est la surprise : 55% de l’assemblée vote contre ou s’abstient. Résultat, le PDG Vikram Pandit et sa garde rapprochée vont devoir à nouveau batailler pour convaincre les actionnaires du bien-fondé d’une telle augmentation.

La direction veut "comprendre leurs préoccupations"

Le PDG de Citigroup avait pourtant été exemplaire pendant la crise, acceptant une rémunération symbolique de 1 dollar en 2010. Mais les affaires ont depuis repris et il réclamait 15 millions de dollars pour 2012.

Prenant acte de cette inattendue rébellion, la banque a dit considérer avec "sérieux le vote des actionnaires (… ) et va tenir des consultations avec les représentants des actionnaires pour comprendre leurs préoccupations".

Ces craintes des actionnaires sont pourtant claires : la banque n’est pas assez solide en cas de nouvelle crise, sa valeur en bourse a chuté, elle n’a pas versé de dividendes et ses investissements, jugés risqués, ont été dévalorisés.

Et en France, que peuvent les actionnaires ?

Une telle fronde des actionnaires serait-elle possible en France ? Pas sûr, tout simplement parce qu’en France la rémunération, fixe ou variable, dépend du conseil d'administration. "Seuls les retraites chapeau et les parachutes dorés, c'est-à-dire les rémunérations différés, sont du ressort des assemblées générales d’actionnaires", rappelle Colette Neuville, présidente-fondatrice de l’Association de défense des actionnaires minoritaires (ADAM).

"Confier la rémunération à l'assemblée générale n'est pas un remède universel car tout dépend de sa composition : le problème est qu'il y a peu d'actionnaires individuels, environ 10%. Ceux-là n'accepteraient probablement pas de telles rémunérations", estime-t-elle.

Même si les actionnaires avaient le pouvoir de fixer la rémunération du PDG, il n’est d’ailleurs pas sûr que cela empêche les abus. "Ce n’est pas une solution infaillible, cela n'a pas empêché les abus, à l'image des 16 millions accordé à Maurice Lévy chez Publicis", rappelle la présidente de l’ADAM.

Ne pas se limiter aux seuls salaires

Pour Colette Neuville, le problème est plus une question d’objectifs que de rémunération : payer un PDG en millions n’est pas forcément un problème si son entreprise se développe. Mais "les actionnaires qui privilégient les performances à court terme n'hésitent pas à payer très cher les dirigeants pour les inciter à booster rapidement le cours des actions, quitte à prendre des risques inconsidérés". Dès lors, c’est la double peine, l’entreprise verse des millions à son patron tout en se mettant en péril, comme l’ont fait de nombreux établissements bancaires.

"Finalement, nous n'arriverons jamais à mettre tous les actionnaires d'accord car leurs profils sont différents, si bien que la seule solution est fiscale. Des rémunérations excessives, il n'y en a d’ailleurs pas que chez les grands patrons mais aussi chez les sportifs, les avocats, les artistes, etc. ", rappelle Colette Neuville, avant de conclure : "le vrai moyen de limiter cela, c'est la fiscalité".

  • a a
1

Et aussi

Ajouter un commentaire

Votre commnentaire a bien été envoyé, vous allez recevoir un email de confirmation

Message d'erreur

    En ce moment sur Europe 1

    Le flash économie
    1. 11h52

      Le laboratoire danois Lundbeck à l'amende

    2. 11h12

      FDJ : le Rapido totalement supprimé en 2014

    3. 11h00

      Un million d'annonceurs actifs sur Facebook

    4. 07h51

      GM n'investira pas davantage dans PSA

    5. Hier

      Soldes d'été : les Français moins motivés

    6. Hier

      Chrysler va rappeler 2,7 millions de Jeep

    7. Hier

      L'électricité au gaz de houille subventionnée

    8. Hier

      Huawei présente le smartphone le plus fin au monde

    9. Hier

      Fraude fiscale : "plusieurs noms intéressants"

    10. Hier

      Google sommé de s'expliquer sur ses lunettes

    1. Hier

      Française de mécanique supprime 830 postes

    2. Hier

      La Fnac ferme ses portes à Aubervilliers

    3. Hier

      Fraude fiscale : "Il y a un ancien ministre"

    4. Hier

      Fnac : l'entrée en bourse approuvée

    5. Hier

      Retraites: Olli Rehn a confiance en la France

    6. Hier

      Fraude fiscale : le G8 s'engage sur l'échange d'informations

    7. Hier

      Emprunts "toxiques" : l’État crée un fonds

    8. Hier

      Spanghero : un projet de reprise du fondateur

    9. Hier

      Fonctionnaires : le salaire gelé en 2014

    10. Hier

      Une commande de 135 Airbus pour easyJet

    1. Hier

      Moscovici défend le maintien de Richard

    2. Hier

      Les immatriculations de voitures en baisse

    3. Hier

      Ce patron qui veut engager des élus

    4. Hier

      Ils veulent un patron du Medef offensif

    5. Hier

      Un super-ordinateur chinois N°1 mondial

    6. Hier

      Le FMI débloque une aide à l'Irlande

    7. Hier

      Saur : les syndicats interpellent Hollande

    8. Hier

      La CMU sera revalorisée au 1er juillet

    9. Hier

      Retraites : journée d'action en septembre

    10. Hier

      B&You : de l'illimité gratuit à l’étranger

    1. Hier

      Virgin placé en liquidation judiciaire

    2. Hier

      Kem One : Sept repreneurs potentiels

    3. Hier

      Virgin: les salariés toujours mobilisés

    4. Hier

      Le titre France Télécom/Orange progresse

    5. Hier

      Michelin crée une coentreprise en Indonésie

    6. Hier

      Barroso qualifie la France de "réactionnaire"

    7. Hier

      Siemens stoppe son activité solaire

    8. Hier

      La FNAC pourrait supprimer 600 postes

    9. Hier

      Hollande/retraites: "La durée de cotisation doit suivre" l'espérance de vie

    10. Hier

      Les salaires des dirigeants soumis à un vote

    1. Hier

      5.000 évadés fiscaux contactent Bercy

    2. Hier

      Retraites : "taxer brutalement" les retraités modestes

    3. Hier

      Exception culturelle : la France gagne

    4. Hier

      Une aide pour les logements intermédiaires

    5. Hier

      Des trains allemands dans l'Eurotunnel

    6. Hier

      Déficit : le FMI fustige l'austérité des USA

    7. Hier

      Retraites/Hollande : "justice et efficacité"

    8. Hier

      Orange : un CA sur le sort de Richard lundi

    9. Hier

      The Economist épingle... l'Allemagne

    10. Hier

      A350 : le vol "s'est parfaitement passé"

    Europe 1 sur les réseaux sociaux
    L'édito économique
    Les automobiles ne se vendent plus

    Les automobiles ne se vendent plus

    Le marché de l'automobile a encore reculé de 6% en Europe. L'association européenne des constructeurs prévoit de mauvais chiffres jusqu'à la fin de la décennie.

    Europe 1 Vidéos

    Pour retrouver les vidéos d'Europe1, cliquez ici

    Humour, politique, culture, sport, économie, découvrez toutes les vidéos d'Europe1.

    Toutes les vidéosVidéos les plus vues