Comment les médias digèrent le numérique

Par Gabriel Vedrenne

Publié le 26 juin 2012 à 19h59 Mis à jour le 18 septembre 2012 à 17h30

© REUTERS

Les patrons des principaux médias ont fait le bilan de la conquête du Net et des dernières tendances.

Tous ont compris l'importance du numérique et ont décidé de confronter leurs expériences journalistiques. Les patrons de plusieurs grandes rédactions étaient réunis mardi matin à Paris pour le 15e colloque NPA (Les nouveaux paysages audiovisuels), dédié aux médias et au numérique. Extraits.

INTERNET CONTINUE DE CHANGER LA DONNE

Balbutiants lors de l’élection présidentielle en 2007, Internet et les réseaux sociaux sont devenus incontournables en 2012. "Ce qui a changé, c’est le traitement de l’information. Depuis janvier, on constate que la campagne est suivie en direct et nous, France Télévision, risquons d'arriver en dernier avec des images qui sont déjà en ligne. Ce n’est plus possible, il existe un risque de redite", comme l’a confirmé Thierry Thullier, directeur de l’information de France Télévision.

Une telle contrainte a néanmoins un effet vertueux pour Thierry Thullier : "cela nous contraint à être encore plus journaliste, à faire un effort d’angle dans les journaux et un effort ‘d’évènementialisation’ dans des grands rendez-vous comme Des paroles et des actes". Même constat au Figaro, où "on est extrêmement métamorphosé par rapport à l’élection d’il y a cinq ans", précise Pierre Conte, président de la branche médias du quotidien. "Ce qui a changé, c’est les news sur le mobile et la convergence complète des équipes : nous avons fusionné les rédactions".

Du côté de France Télévision, les rédactions restent séparées mais "un journaliste télé est aujourd’hui habilité à diffuser une information en ligne avant son direct", précise Thierry Thullier, avant de mettre en avant une autre tendance : "le fact-checking sur [les] émissions en prime time", c’est-à-dire la vérification en direct des chiffres avancés par les invités politiques.

COMMENT LES RÉDACTIONS S'ADAPTENT

Bimédia. De facto, tous les médias doivent adapter leur pratique à cette nouvelle donne, ce qu’a fait la rédaction de L’Equipe. "Prenons l’exemple des Jeux olympiques. A Londres, nos (50, ndlr) journalistes seront acteurs sur tous les supports alors qu’à Pékin (en 2008, ndlr) il y avait des groupes séparés : là, ils seront tous ensemble", précise François Morinière, directeur général du quotidien sportif. Un rapprochement confirmé par l’existence d’un directeur de l’information unique pour les versions papier et Web.

La direction du gratuit Metro a, elle, fait un choix radical baptisé "reverse publishing". "Métro va être le premier quotidien à faire disparaitre sa rédaction papier. L’objectif est de transformer la version papier pour en faire le meilleur de ce qui a été fait sur le Web. L’essentiel des journalistes travailleront pour la version digitale puis la rédaction en chef choisira (ce qui est repris dans la version papier)", détaille Edouard Boccon-Gibod, président de Métro France.

LA MEFIANCE PERSISTE VIS-A-VIS DES RÉSEAUX SOCIAUX

Twitter. "Ce qui m’a frappé, c’est l’absolue prédominance de Twitter pour nos journalistes", poursuit le président de Métro. D’où cette décision : "nous avons désormais un journaliste qui suit constamment ce qui se dit sur Twitter".

Du côté de RTL, le président Christopher Baldelli est bien plus sceptique. "Des pronostics ont été déjoués et notamment celui selon lequel tout se passera sur le Net et les réseaux sociaux : ce n’était pas pertinent", estime-t-il, avant d’enfoncer le clou : "le Web a servi à faire circuler les rumeurs et les boules puantes, les réseaux sociaux ont permis ce type d’action".

UNE CHARTE POUR ÉVITER LES DÉRAPAGES ?

Dérives. Marie-Laure Sauty de Chalon, présidente du site spécialisé Auféminin.com, estime qu’est en train d’émerger "un nouveau métier de trieur : ce qui doit aller sur Facebook, sur Twitter, Youtube, etc. Quel type de contenu pour quel moyen de diffusion ? Il y a un nouveau métier à inventer". Mais cette dernière estime qu'il peut y avoir des dérives dans l'utilisation de Twitter par les journalistes, c'est pourquoi les dirigeants doivent, selon elle, "rétablir l'autorité".

A France Télévision, "nous avons écrit une charte pour l’usage des réseaux sociaux : nous ne pouvons pas relayer en direct des infos que nous ne pouvons vérifier", détaille de son côté Thierry Thullier, avant de glisser "qu’elle n’est pas respectée" mais l’important est "de provoquer le débat". La rédaction de L’Equipe a fait de même, tandis que Métro affirme être "très strict" avec Twitter et que RTL est en train d’élaborer ses règles de conduite.

MAIS UN MOYEN DE TOUCHER DE NOUVEAUX PUBLICS

Audiences. "Nous avons entrepris un virage numérique, nous avons lancé France TV Info grâce à laquelle nous pouvons toucher un public qui ne regardait plus nos chaînes", confirme ainsi Thierry Thullier. "Le numérique est une chance inouïe pour la radio car c’est un moyen de toucher un public plus large car on est limité en termes de fréquences", confirme Denis Olivennes, PDG d’Europe 1.

"On a enrichi l’offre de la radio : la radio se regarde de plus en plus, on a des caméras embarquées dans les studios, ce qui fidélise l’écoute et enrichit le produit. Internet permet à nos auditeurs fidèles de contaminer leurs amis via les réseaux sociaux", poursuit-il, avant d’ajouter : "si je fais la somme de tout cela, je suis ébahi de la chance que cela offre à notre radio".

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