Airbus va produire aux États-Unis

Par Gaétan Supertino avec agences et Nicolas Coulaud

Publié le 2 juillet 2012 à 21h49 Mis à jour le 3 juillet 2012 à 09h09

Airbus a annoncé lundi l'installation de sa première usine d'assemblage d'avions aux Etats-Unis, effectuant une entrée fracassante dans la production sur le premier marché mondial de l'aviation et surtout sur les terres de son grand rival Boeing.

Airbus a annoncé lundi l'installation de sa première usine d'assemblage d'avions aux Etats-Unis, effectuant une entrée fracassante dans la production sur le premier marché mondial de l'aviation et surtout sur les terres de son grand rival Boeing.

L'avionneur européen annonce la construction d'une usine en Alabama. Boeing voit rouge.

Airbus pose ses ailes aux Etats-Unis. L'avionneur européen Airbus a en effet annoncé lundi la construction d'une chaîne d'assemblage en Alabama, espérant ainsi conquérir une plus large part de ce gigantesque marché. Un débarquement que Boeing voit déjà comme une déclaration de guerre.

"Nous sommes fortement enracinés en Europe mais nous avions besoin d'être plus visibles aux Etats-Unis. Il y a une vague de remplacements d'avions vieillissants aux Etats-Unis et nous avons le bon produit pour ça", a fait valoir Fabrice Brégier, PDG d'Airbus, lors d'une conférence de presse à Mobile sud, pour annoncer la construction d'une usine d'assemblage de monocouloirs A320.

"4.600 appareils doivent être fournis américains"

"Cela fait de nous des citoyens américains. Ces 30 dernières années nous avons vendu 17% des avions du marché outre-atlantique, cela veut dire que d'autres vendaient le reste", a renchéri John Leahy, directeur

commercial d'Airbus. Cette usine "va nous donner un autre coup de pouce pour obtenir une plus grosse part des marchés à venir", à savoir "4.600 appareils qui doivent être fournis aux compagnies américaines dans les 20 prochaines années", a poursuivi Fabrice Brégier.

La construction de la chaîne doit commencer à l'été 2013 dans cette ville côtière du golfe du Mexique. L'assemblage des avions devrait débuter en 2015, les premières livraisons en 2016. Airbus prévoit une production de 40 à 50 appareils par an d'ici 2018.

Ce projet va générer "1.000 emplois stables et bien rémunérés" et au total 5.000 pour la région, ont fait valoir les dirigeants de l'avionneur européen. Des emplois américains pris aux détriments des européens ? "Clairement pas, répond Fabrice Brégier, PDG d'Airbus, au micro d'Europe1. L'assemblage d'un avion, c'est 10% des emplois. Le reste des emplois viendra d'Europe. Or notre activité va se développer, nous allons élargir nos part de marchés aux États-Unis."

Françoise Valin, du syndicat CFE-CGC, prend la nouvelle avec optimisme. "Ca peut créer des emplois, c’est ça justement qui faisait partie des éléments positifs du dossier, essentiellement chez tous les fournisseurs d’Airbus", confie-t-elle au micro d'Europe 1.

Boeing voit rouge

Airbus a déjà des chaînes d'assemblage à Toulouse, à Hambourg et Tianjin, en Chine. Boeing ne construit ses avions qu'aux Etats-Unis, à Seattle (Etat de Washington) et depuis peu à Charleston, en Caroline du sud.

L'avionneur européen avait pris une longueur d'avance sur Boeing en décidant en décembre 2010 de remotoriser son best-seller A320 pour offrir aux clients des avions consommant 15% de kérosène en moins que les modèles actuels.

Les premiers A320 Neo doivent sortir en 2015, deux ans avant le modèle correspondant de Boeing, le 737 MAX.

Après l'annonce d'Airbus, Boeing voit rouge, et a accusé son concurrent, dès vendredi, de "déplacer des emplois d'Europe vers les Etats-Unis". Les aides "illégales" qu'Airbus a reçues des gouvernements européens ont détruit des "milliers d'emplois américains", renchéri le constructeur américain.

Réduction des couts

Les analystes soulignent que cette décision pourrait transformer le secteur américain de l'aéronautique et renforcer l'industrie dans la golfe du Mexique. Mais Boeing souligne que cette installation ne devrait pas détourner l'attention des subventions controversées perçues par Airbus en Europe. Les deux rivaux sont en effet engagés dans le plus important différend commercial de l'histoire de l'Organisation mondiale du commerce, s'accusant mutuellement d'avoir reçu des milliards de dollars d'aides illégales.

Boeing agite le spectre de rétorsions commerciales des Etats-Unis envers l'Europe, tandis qu'Airbus affirme que le conflit ne sera résolu que par la concertation.

Airbus cherche à réduire ses coûts en assemblant des appareils aux Etats-Unis. Il évitera ainsi le risque de change: les avions se vendent sur le marché mondial en dollars, alors qu'il produit essentiellement en Europe.

Le Pentagone dans le viseur

De son côté, le PDG d'Airbus Fabrice Brégier a fait remarqué que son groupe tentait par ailleurs d'obtenir un maximum de contrats de sous-traitance en dollars, pour bénéficier de la faiblesse relative du billet

Reuters

vert par rapport à l'euro. Les dirigeants de l'avionneur européen comptent aussi mettre en avant leur nouvelle "citoyenneté" américaine pour briguer plus de contrats militaires auprès du Pentagone et des compagnies aériennes outre-atlantique.

"Cela ne peut pas faire de mal", a ironisé l'un des dirigeants du groupe lors de la conférence de presse.

Outre les 600 millions investis par Airbus dan cette unité, les aides de l'Etat de l'Alabama dépassent 100 millions de dollars, ont fait valoir les dirigeants du groupe lors de leur conférence à Mobile. Autre bénéfice pour Airbus, l'Alabama est un des Etats où l'affiliation à un syndicat n'est pas obligatoire.

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