Marc Simoncini, l'instinct des affaires : "le business, c'est du bluff"

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Guillaume Perrodeau , modifié à
Chez Christophe Hondelatte mercredi, le créateur de Meetic revient sur son parcours, qu'il a raconté dans un livre : "Une vie choisie".

Meetic, c'est lui. Marc Simoncini, 55 ans aujourd'hui, a débuté dans l'informatique à 20 ans, en 1983. Plus de 30 ans après, il est classé 220e fortune de France par le magazine Challenges. Entre temps, le chef d'entreprise a eu du flair, beaucoup, et a su se relever lorsqu'il a connu l'échec. Une trajectoire qu'il évoque chez Christophe Hondelatte mercredi, et qu'il a raconté dans un livre, Une vie choisie, sorti en mars dernier.

L'esprit start-up. Marc Simoncini n'était pas fait pour les études. Il ne s'en cache pas. Il obtient son baccalauréat au rattrapage, à 19 ans, après avoir redoublé deux fois. "L’école, c’était insupportable pour moi car j’étais dans des cases", explique aujourd'hui le chef d'entreprise. Après le lycée, Marc Simoncini n'a pas vraiment de projet et il décide de se lancer dans l'informatique pour être programmateur, presque par hasard. Et ça lui plaît. Il décroche un stage dans une start-up qui crée des programmes pour le Minitel. L'ambiance lui plaît. "Dans la start-up, il n'y avait pas de hiérarchie, on faisait ce qu’on voulait", décrit le chef d'entreprise. Marc Simoncini a trouvé sa voie.

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La découverte de l'échec. Avant Meetic, Marc Simoncini en a connu des échecs. D'abord avec sa première entreprise, CTB. En 1989, alors que l'entreprise marche bien, un gros client suisse ne peut pas payer une énorme facture. C'est le dépôt de bilan. Il crée alors une autre entreprise, Opsion Innovation, toujours centrée autour du Minitel. Mais en 1997, nouveau coup dur, un de ses clients lui intente un procès. Après négociation, il est obligé de lui céder Opsion Innovation pour un franc. Marc Simoncini se retrouve à nouveau sur la paille.

C'est à ce moment là qu'un investisseur se présente à lui, répondant à une de ses annonces. L'homme au bout du téléphone veut investir dans Internet. Marc Simoncini lui annonce qu'il a un plan, il demande 10 jours à l'investisseur pour le fignoler. En réalité, Marc Simoncini n'a aucun projet sous la main. Pire, il n'a jamais mis un clic sur Internet qui, en 1997, est très très loin de ce que l'on connaît aujourd'hui. "Le business, c’est du bluff, on est obligé, cela fait partie du jeu", explique le chef d'entreprise.

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Christophe Hondelatte et Marc Simoncini ©Europe 1

"J'étais le briquet des années 2000". Marc Simoncini a du flair. Il sent que la publicité va gagner Internet et mise là-dessus. Son projet ? IFrance, un site qui va héberger d'autres sites, à qui il fournira de la publicité. Et ça va marcher. Très bien même. En 1998, iFrance est dans le top 15 des sites les plus visités. En 2000, en pleine bulle Internet, Vivendi rachète iFrance pour 182 millions d'euros ! Marc Simoncini décroche le pactole.

Est-ce qu'iFrance valait autant à l'époque ? "Cela ne valait évidemment pas ce prix-là", ne cache pas le fondateur de Meetic, qui use de la métaphore pour expliquer la situation. "Je prends toujours l'exemple du briquet : un briquet ne vaut rien, mais si vous êtes dans la forêt, seul en pleine nuit avec des loups, vous allez payer une somme astronomique pour en acheter un", développe Marc Simoncini, "moi j'étais le briquet des années 2000 : je valais un euros mais les gens avaient besoin de ça pour valoriser Vivendi, pour s'implanter sur Internet."

La création de Meetic. Après l'épisode iFrance, Marc Simoncini va tomber en dépression. Plus d'entreprise à gérer, plus de projets : il déprime. Il va finalement trouver l'idée, avec un "i" majuscule. Autour de lui, les gens divorcent à tour de bras, mais ils sont trop vieux pour sortir en boîte de nuit et rencontrer d'autres personnes. Alors Marc Simoncini va leur créer un espace de rencontre sur Internet avec une entrée payante : Meetic. Le site de rencontres en ligne va devenir incontournable, au point de devenir le plus gros site en Europe. "Mon conseil aux jeunes est de maturer une idée, d'être sûr qu’elle est bonne et de partir sur cette route-là. Neuf sur dix échoueront. Neuf sur dix ne recommenceront pas. Mais de temps en temps, il y en a un qui réussira - c'est rare - ou bien qui se relèvera suffisamment de fois pour faire un succès", conclut Marc Simoncini.