Grand favori du Giro 2026, Jonas Vingegaard peut devenir le huitième coureur à remporter les trois Grands Tours. Sur un parcours moins corsé que d’habitude, Giulio Pellizzari, Egan Bernal, Felix Gall et les Français tenteront d’exister.
Jonas Vingegaard ne vient pas simplement découvrir le Giro. Il vient y ajouter une ligne qui manque encore à son palmarès et qui le ferait entrer dans un club minuscule. Déjà vainqueur du Tour de France, en 2022 et 2023, puis du Tour d’Espagne en 2025, le Danois peut devenir, dans trois semaines à Rome, le huitième coureur de l’histoire à remporter les trois Grands Tours. Avant lui, seuls Jacques Anquetil, Felice Gimondi, Eddy Merckx, Bernard Hinault, Alberto Contador, Vincenzo Nibali et Chris Froome ont réussi cette trilogie.
Harder. Better. Faster. Stronger. 🔥
No one like them, no one faster.
For the sprinters, the Maglia Ciclamino is up for grabs. 💜
Nessuno come loro, nessuno più veloce: per gli sprinter in palio c’è la Maglia Ciclamino. 💜#GirodItalia | @ITAtradeagencypic.twitter.com/kyEmVaBtPw— Giro d'Italia (@giroditalia) May 7, 2026
Un plateau allégé par les absences
La 109e édition du Tour d’Italie, qui s’élance vendredi de Nessebar, en Bulgarie, lui offre une occasion presque idéale. Le parcours est moins corsé que d’habitude, le plateau apparaît dépeuplé, et plusieurs des grands noms attendus sur les courses de trois semaines manquent à l’appel. Tadej Pogacar, Remco Evenepoel, Primoz Roglic, Isaac del Toro, Juan Ayuso, Joao Almeida, Paul Seixas, Mathieu van der Poel, Wout van Aert, Tom Pidcock, Mads Pedersen ou encore Richard Carapaz figurent parmi les principaux absents. Dans un tel contexte, Vingegaard avancera avec une pancarte immense sur le dos.
Le Giro avant le Tour, un pari assumé
Le leader de Visma-Lease a bike a pourtant de quoi assumer ce statut. Son début de saison a été parfait, avec deux victoires écrasantes sur Paris-Nice et le Tour de Catalogne. Sa présence sur le Giro s’inscrit aussi dans une stratégie plus large : courir en Italie sans trop entamer ses réserves avant le Tour de France, son grand objectif de l’été, qu’il voudra reconquérir en juillet.
Le Danois estime même que l’enchaînement peut lui être favorable, fort de son expérience victorieuse sur la Vuelta après le Tour l’an dernier. À ses yeux, le Giro n’est donc pas une parenthèse. C’est une étape dans sa saison, mais une étape qui peut peser lourd dans l’histoire.
🇳🇱 The final team to take center stage, and what a team. Last year, Simon Yates shocked the world.
In 2026, the Bees are putting the Trofeo Senza Fine back on the line.
But now, the leader is Danish, he's discovering il #GirodItalia, and his name is Jonas Vingegaard 🫡 pic.twitter.com/6JpXDh7H44— Giro d'Italia (@giroditalia) May 6, 2026
Son équipe a d’ailleurs été construite pour ramener le maillot rose à Rome. Sepp Kuss, vainqueur de la Vuelta 2023, tiendra son rôle habituel de capitaine de route en montagne. Wilco Kelderman, troisième du Giro en 2020, apportera son expérience, comme Victor Campenaerts. Le jeune Italien Davide Piganzoli, quatorzième l’an dernier, offrira une carte supplémentaire dans les ascensions. Avec Timo Kielich, Bart Lemmen et Tim Rex, les "frelons" disposent d’un groupe solide autour d’un leader qui n’a pas vraiment le droit de se cacher.
— Giro d'Italia (@giroditalia) May 6, 2026
Pellizzari, le rêve italien
Face à lui, la concurrence existe, mais elle paraît moins intimidante que sur d’autres Grands Tours. Giulio Pellizzari incarne peut-être l’opposition la plus séduisante. À 22 ans, le grimpeur italien porte une attente nationale immense. Le pays attend un successeur à Vincenzo Nibali, dernier vainqueur italien du Giro en 2016.
Le "Duc de Camerino" s’était révélé en 2024, en terminant deuxième d’une étape derrière Tadej Pogacar, son idole, qui lui avait offert son maillot rose et ses lunettes. Depuis, il a confirmé : vainqueur récent du Tour des Alpes, sixième du Giro et de la Vuelta en 2025, il arrive cette fois avec un vrai rôle de leader chez Red Bull-Bora-Hansgrohe, aux côtés de Jai Hindley, lauréat de l’épreuve en 2022.
Pellizzari aura pour lui l’enthousiasme populaire et l’envie de réveiller les tifosi dès que la course retrouvera l’Italie, mardi, en Calabre. Mais il n’est pas le seul ancien ou possible vainqueur à regarder vers le podium. Egan Bernal, sacré sur le Giro en 2021, cherche toujours à retrouver la lumière des très grands rendez-vous après son terrible accident de la route en 2022. Le Colombien n’est plus monté sur le podium d’un Grand Tour depuis son triomphe italien, mais sa septième place l’an dernier et sa récente cinquième place à Liège montrent qu’il revient à un niveau sérieux.
Les chiffres d’un parcours moins corsé
Le tracé peut entretenir cette incertitude. Le Giro 2026 propose 3 468 kilomètres répartis en 21 étapes, pour 48 700 mètres de dénivelé cumulé. Vingt-trois équipes de huit coureurs, soit 184 coureurs, prendront le départ. Comme l’an passé, la course débutera à l’étranger. Après l’Albanie, place à la Bulgarie, pour le seizième Grand Départ hors d’Italie. Les trois premières journées, entre Nessebar, Bourgas, Veliko Tarnovo, Plovdiv et Sofia, permettront notamment aux sprinteurs de s’exprimer avant le retour sur le sol italien.
La première grande secousse devrait arriver lors de la 7e étape, dans les Abruzzes, avec la terrible ascension du Blockhaus. Puis le contre-la-montre individuel de 42 kilomètres, lors de la 10e étape, jouera un rôle essentiel. Totalement plat, ce chrono peut redistribuer les écarts entre les grimpeurs et les coureurs les plus complets.
La troisième semaine emmènera ensuite le peloton dans les Alpes pour l’explication finale, avec une étape-reine dans les Dolomites et une dernière occasion de bouleverser le classement général avant Rome.
Des sprinteurs pour le rose
Dès la Bulgarie, ce Giro sera aussi un terrain important pour les sprinteurs. Jonathan Milan, Dylan Groenewegen, Tobias Lund Andresen, Kaden Groves, Pascal Ackermann, Casper Van Uden, Arnaud De Lie et Paul Magnier devraient se disputer les arrivées massives. Milan, Ganna, Ciccone et Pellizzari porteront une partie des ambitions italiennes sur leur sol, chacun dans son registre. Filippo Ganna aura notamment le chrono comme rendez-vous naturel, tandis que Milan cherchera à faire parler sa puissance dans les sprints.
Magnier et Rondel, les deux Français à suivre
Côté français, les espoirs de classement général ne reposent pas sur les mêmes certitudes qu’autrefois, mais plusieurs coureurs auront de vraies cartes à jouer. Paul Magnier sera l'un des plus attendus. À 22 ans, le sprinteur de Soudal Quick-Step arrive avec un esprit de revanche après un premier Giro décevant en 2025 et une campagne de classiques moins fructueuse que prévu, malgré un début de saison lancé par deux victoires d'étape au Tour de l'Algarve.
Il se dit motivé, avec de bonnes jambes, et pourrait même rêver du maillot rose dès vendredi, lors d’une première étape promise aux sprinteurs. Mathys Rondel représente l'autre visage de cette nouvelle génération française. Le grimpeur de Tudor répète qu'il n’est "pas Paul Seixas", mais sa progression devient difficile à ignorer.
À 22 ans, le Manceau, installé dans les Pyrénées, s'est classé huitième de Paris-Nice et cinquième du Tour des Alpes cette année. Il attend la montagne avec impatience et peut viser un Top 10, voire mieux si la course lui sourit. Chez Tudor, il partagera les ambitions du général avec l’Australien Michael Storer.