Yom Kippour, kippa, circoncision… Les réponses de Delphine Horvilleur aux questions sur le judaïsme

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Pendant 25 heures, les juifs qui le souhaitent pourront faire Yom Kippour, mardi et mercredi. 1:25
Pendant 25 heures, les juifs qui le souhaitent pourront faire Yom Kippour, mardi et mercredi. © Thomas SAMSON / AFP
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Dans Le Tour de la question sur Europe 1, lundi, Delphine Horvilleur a répondu aux questions pas si bêtes sur le judaïsme, à la veille de l'édition 2018 de Yom Kippour.
LE TOUR DE LA QUESTION

C'est un "grand rendez-vous pour la communauté juive", selon Delphine Horvilleur. De mardi soir à mercredi soir, les juifs de France vont fêter Yom Kippour, un événement qui permet de "s'inscrire dans une responsabilité collective", explique la rabbin du Mouvement juif libéral de France, invitée lundi de Wendy Bouchard sur Europe 1. L'occasion de se pencher avec elle sur plusieurs éléments centraux, mais parfois méconnus, du judaïsme.

Yom Kippour, c'est quoi ?

"On traduit toujours Yom Kippour par 'jour du grand pardon'. C'est un peu plus compliqué que ça : Kippour c'est une couverture, un couvercle. On entend en français ce double sens quand on parle d'un recouvrement de dettes par exemple. C'est ce qui est en jeu pour Yom Kippour : on doit se poser la question de la manière dont on va recouvrir nos dettes, effectuer un retour sur ce qui s'est passé pour, peut-être, changer l'avenir."

Quel est le but de Yom Kippour ?

"C'est l'idée de faire du vide en soi. Quand il y a du vide en soi, il y a quelque chose de différent qui résonne. C'est vrai que pendant 25 heures, on se prive de nourriture et de boissons mais on fait également attention à ses conversations, on est dans un temps de retenue. Il y a quelque chose de presque morbide : on explore la mortalité et la finitude en soi. Ce qui est bizarre, c'est que toute l'année, dans le judaïsme, on n'est pas du tout dans l'ascèse. Au contraire, on consomme, on mange et on est plutôt dans la joie. Mais une fois par an, à Yom Kippour, on fait exactement l'inverse."

Avec qui célèbre-t-on cette fête ?

"On se réunit, souvent en famille, parfois dans des synagogues. Peu de gens la vivent seuls. Il y a d'ailleurs un paradoxe : on est ensemble mais en même temps on est 'en soi'. Dans les prières récitées ce jour-là, il y a un certain nombre de confessions au pluriel, en ne disant pas 'j'ai fait ceci ou cela'. On s'inscrit dans une responsabilité collective."

Quels sont les interdits à Yom Kippour ?

Il y a cinq interdictions pour se détacher du monde matériel à Yom Kippour : interdiction de boire et manger, interdiction d'avoir des relations conjugales, interdiction de se laver, interdiction de s'oindre le corps avec des huiles et des lotions et interdiction de porter des chaussures en cuir, le tout pendant 25 heures "On se comporte ce jour-là comme si on n'était pas vraiment en vie, comme si on s'était retiré du vivant. Ça nous permet, à l'issue de Yom Kippour, de nous y réinscrire pleinement", explique Delphine Horvilleur.

Les enfants vont-ils à l'école laïque et municipale le jour de Kippour ?

"Beaucoup d'enfants ne vont pas à l'école ce jour-là, car il y a une tolérance particulière en raison du caractère central de cette fête dans le judaïsme. Mais je connais aussi des enfants qui vont à l'école ce jour-là. Ça relève d'un choix parental et bien sûr d'un dialogue avec l'éducation nationale et les professeurs."

>> De 9h à 11h, c’est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici

Pourquoi les hommes sont-ils les seuls obligés à porter la kippa en entrant dans la synagogue ?

"Ce n'est pas tout à fait ça. La kippa est une tradition qui date, semble-t-il, du Moyen-Âge. Ce n'est pas quelque chose qu'on trouve dans les textes. On ne sait pas exactement d'où ça vient mais c'est devenu une tradition juive très commune. Il y a aujourd'hui dans le monde juif des femmes qui portent la kippa, mais plutôt dans des mouvances plus libérales ou progressistes, par exemple aux États-Unis."

Et quel est le symbole dans le fait de porter une kippa ?

"Porter quelque chose sur sa tête, c'est la conscience humble qu'il existe quelque chose de plus grand que soi, qu'il existe quelque chose ou quelqu'un au-delà de soi. C'est une conscience du transcendant du plus grand que soi. C'est un rappel d'humilité. Il faut toujours avoir conscience que notre monde ne s'arrête pas à nous mais que y a quelque chose de plus grand que soi et la kippa est comme un symbole textile qui vient le rappeler."

Tout le monde peut-il rentrer dans une synagogue et doit-on se déchausser avant d'entrer ?

"On ne se déchausse pas mais on se couvre la tête quand on entre dans une synagogue. En principe, tout le monde peut y entrer, mais ça dépend quand. Pendant un office, par exemple, les gens qui arrivent à la porte d'une synagogue peuvent être interrogés sur la raison de leur présence. Il ne faut pas oublier qu'on connaît aussi des problèmes de sécurité, donc les synagogues se doivent d'être aujourd'hui protégées."

Que veut dire le mot "goy" ?

"Les gens pensent qu'il y a quelque chose d'insultant dans le mot "goy". "Goy", ça veut dire en hébreu quelqu'un qui est "membre des Nations", c'est comme ça qu'on appelle dans le langage biblique ou rabbinique quelqu'un qui n'est pas juif."

La circoncision est-elle obligatoire pour les juifs ?

"La circoncision est une tradition très ancienne. On ne sait absolument pas quelle est son origine mais c'est un signe extrêmement fort, comme un passage de relais ou une transmission entre les générations. Attention, quelqu'un qui n'est pas circoncis reste juif."

Que veut dire "cachère" ?

"Dans la Bible, il se trouve qu'il y a un certain nombre de lois qui sont énoncées qui concernent des espèces qu'on a le droit de consommer et d'autres qu'on a pas le droit de consommer. Par exemple, on consomme de la viande et des animaux qui ruminent, qui ont le sabot fendu, abattus d'une certaine manière. On doit en fait s'assurer que dans sa consommation, il y a un acte de réflexion, un acte rituel. On doit d'abord avoir réfléchi : est-ce que ce que je suis en train de manger est conforme ?"

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec